27.02.2009

Quand va-t-on enfin aller de l'avant?

M.Hurtis.jpgraquil.jpgCes dernières heures il y a eu deux nouvelles importantes pour l’athlétisme français, avec tout d'abord la médaille d’argent obtenue par Marc Raquil sur 400m aux championnats du monde…2003. Bientôt notre coureur aux cheveux blonds peroxydés va avoir un magnifique palmarès. Qu’on en juge : il aura été champion du monde du relais 4X4OOm en 2003, puis médaille d’argent du 400m toujours en 2003, mais aussi champion d’Europe du 400m en 2006, champion d’Europe du 4X400m en 2006 et même champion d’Europe en salle du 4X400m en 2005. Il faut dire que la disqualification pour dopage de Young l’a bien aidé, ce qui au demeurant est tout à fait normal, car ce dernier l’avait devancé sur la piste tant sur 400m qu’au 4X400m. Cela dit le résultat est là, même si récupérer une médaille quelques années plus tard ne doit pas avoir la même saveur que le jour de la course sur le podium.

Il reste à souhaiter à Raquil de retrouver son niveau d’antan, pour que de nouveau il nous fasse vibrer avec ses lignes droites extraordinaires qui lui permettent de venir coiffer tout le monde (ou presque) sur la ligne d’arrivée. Peut-être s’essaiera-t-il en grande compétition sur le 400m haies où sa vitesse de base serait un atout, même si la discipline dispose déjà de quelques coureurs valant 45 s et moins sur le plat. C’était d’ailleurs le cas de Stéphane Diagana à sa grande époque. Cependant pour arriver au niveau de Diagana, toujours recordman d’Europe en 47s37 depuis 1995, il va lui falloir beaucoup travailler car Diagana a fait du 400m haies toute sa carrière, ne faisant du 400m qu’à l’occasion en guise de préparation.

Une autre athlète de grand talent, Muriel Hurtis, elle aussi multi médaillée dans les compétitions continentales et planétaires, fait parler d’elle aujourd’hui mais pas pour les mêmes raisons. Elle aussi a bénéficié de la lutte contre le dopage, puisque grâce à la disqualification de quelques concurrentes, elle a récupéré plusieurs médailles. En effet outre son titre européen en salle sur 200m en 2002, confirmé aux championnats d’Europe en plein air avec en plus la victoire au 4X100m, elle s'est octroyée après coup une médaille d’or mondiale en salle sur 200m en 2003, puis la médaille de bronze en plein air aux championnats du monde 2003, où elle remportera également, sur la piste cette fois, le relais 4X100m avec Christine Arron, Patricia Girard et Sylviane Félix. Enfin pour compléter le tableau, elle sera aussi médaillée olympique en relais. Bref, entre le relais et le 200m, Murielle Hurtis figure parmi les plus beaux palmarès de l’athlétisme français.

Cela dit depuis sa grossesse en 2005, elle n’a plus réalisé de performances notables pour une sprinteuse de son talent et ses meilleurs chronos datent d’une dizaine d’années (22s31 sur 200m et 10s96 sur 100m). Toutefois l’an dernier elle semblait avoir retrouvé une partie de sa splendeur passée, même si elle n’est pas allée en finale du 200m aux Jeux de Pékin comme on pouvait l’espérer. Mais on se disait qu’avec le travail effectué avec son entraîneur Piasenta, reconnu dans le monde entier pour avoir entraîné pendant quelques années notamment Marie-Jo Pérec et Christine Arron, elle finirait par retrouver son meilleur niveau ou presque, d’autant qu’elle n’a que 30 ans.

Hélas, si Piasenta est un excellent entraîneur c’est aussi apparemment quelqu’un qui a du mal à supporter l’autorité des autres et notamment de la FFA…comme en témoigne sa séparation brutale avec sa protégée. Celle-ci en effet, contre l’avis de Piasenta, ne voulait pas entrer en conflit avec la FFA (Fédération Française d’Athlétisme), qui exige à présent que les athlètes membres d’un relais qui veulent concourir dans les grands championnats, y compris en individuel,  participent à tous les stages fédéraux. Il faut dire que la FFA a ses bonnes raisons sur cette affaire, car les relais français ont été ridicules à Pékin alors qu’autrefois ils assuraient l’essentiel de nos médailles dans les grands championnats et ce, depuis des décennies.

Problème pour Muriel Hurtis et la FFA, Jacques Piasenta est un caractériel qui exigeait que son athlète reste avec lui pour continuer son travail foncier hivernal à La Seyne, son lieu habituel d’entraînement, lui conseillant de refuser de se rendre au stage de la fédération et lui demandant de porter l’affaire devant les tribunaux. Exigences ridicules car si la FFA ne sélectionne pas Murielle Hurtis, elle ne risque pas d’avoir de médailles et sa participation aux grands meetings sera aléatoire. Ayant refusé de suivre son coach sur ce terrain, celle-ci se trouve sans entraîneur en pleine préparation hivernale. Tout cela est nullissime !

Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de cette affaire, mais je suis choqué par l’attitude de Piasenta. Il aurait voulu cesser sa collaboration avec sa sprinteuse qu’il ne s’y serait pas mieux pris. Espérons que la FFA fera preuve de réactivité pour trouver à son athlète un nouveau coach, d’autant que c’est elle qui a déclenché d’une certaine manière cette rupture entre Muriel Hurtis et Piasenta. En tout cas, c’est quand même terrible que le premier des sports olympiques en France soit à la merci de pareils problèmes. Comment dans ces conditions espérer avoir beaucoup de médailles dans les grands championnats ? Il est vrai que sur ce plan nous sommes  habitués,  car à part à l’époque de Robert  Bobin avec en point d’orgue les championnats d’Europe de 1966 où nous avions eu 14 médailles dont 4 en or pour Jazy, Bambuck, Madubost et le 4X100m, et aux championnats du monde 2003 à Paris (8 médailles dont 3 en or pour E. Barber, le 4X400mH et le 4X100mF), nous nous contentons de statistiques faméliques, par exemple à Pékin l’an passé avec une seule médaille d’argent (Mekhissi au 3000m steeple).

Michel Escatafal

25.02.2009

Quel gâchis !

Parker.jpgJe ne suis pas un connaisseur du basket, mais il faudra qu’on m’explique comment un pays qui compte une dizaine de joueurs en NBA n’arrive même pas à se qualifier, après repêchage, pour les championnats d’Europe. Certes tous ne jouent pas un rôle majeur, mais il y a quand même une authentique star (Parker), un titulaire indiscutable dans une franchise (Diaw), plus 5 ou 6 joueurs qui ont un rôle assez important à jouer, comme Noah, Pietrus, Batum, voire même Petro, Diawara ou Turiaf. Au total cela fait 8 joueurs qui, théoriquement, devraient porter l’Equipe de France vers des sommets qu’elle n’a plus atteint depuis sa médaille de bronze aux championnats d’Europe en 2005.

 

Si je dis tout cela, c’est parce que je viens de découvrir que cette nuit plusieurs joueurs français se sont particulièrement distingués en terme de statistiques. Parker bien sûr, avec 37 points et 12 passes décisives, qui a permis à San Antonio de gagner contre les Mavericks, sans les 2 autres joueurs majeurs des Spurs que sont Duncan et Ginobili. Au passage le meneur français a totalement éclipsé une autre star NBA au même poste, Jason Kidd, qu’on a failli lui mettre dans les pattes il y a quelques années. Le coach Popovich a su faire le bon choix…ce qui est la moindre des choses quand on gagne des millions de dollars chaque année.

 

Boris Diaw pour sa part apparaît comme libéré depuis son départ de Phoenix, au point d’être devenu un joueur majeur des Charlotte Bobcats. Hier soir il a encore marqué 27 points et pris 10 rebonds. Quant à Joakim Noah et Nicolas Batum, ils ont marqué 14 points chacun et continuent de se faire une place de plus en plus grande dans leur équipe, les Chicago Bulls pour Noah qui a joué hier soir 25 minutes, et les Trail Blazers de Portland pour Batum qui, lui aussi, voit son temps de jeu augmenter. Quant aux autres, malgré des hauts et des bas, malgré des temps de jeu plus ou moins importants, ils font ce qu’on leur demande de faire…ce qui est déjà beaucoup dans le meilleur championnat de la planète.

 

Alors pourquoi les « Frenchies » ne réussissent pas en Equipe de France ? Pourquoi avec un ensemble de joueurs de valeur à peu près égale individuellement, la sélection espagnole est championne du monde et médaille d’argent aux Jeux Olympiques? Pourquoi avec le seul Nowitzki, l’Allemagne est régulièrement devant nous dans les compétitions internationales ? Ce n’est évidemment pas moi qui vais apporter une réponse car je ne suis pas un technicien. Cependant rien ne m’empêche de dire que c’est une impression de gâchis qui domine dans le club France, en voyant les misérables performances de notre sélection nationale. Et pour couronner le tout, il semble que le lien entre les meilleurs joueurs et la Fédération ne fonctionne pas très bien.

 

Certains disent que jouer en NBA et en championnat d’Europe ou du Monde est très différent. Je veux bien le croire, mais alors comment font les Américains pour être champions olympiques ? On va me répondre que la France, à part Parker, n’a pas 5 ou 6 joueurs de ce niveau pour effacer les différence entre le jeu NBA et le jeu du championnat d’Europe, proche de celui pratiqué en Euroligue. Soit, mais à part Noah, les autres joueurs ont tous démarré leur carrière en France et ont joué l’Euroligue. Donc l’argument ne tient pas. Alors c’est sans doute une question de compétences…de la part de ceux qui dirigent le basket à la FFBB (Fédération française de basketball).

 

Il suffit d’ailleurs de voir les atermoiements de la dite fédération pour désigner un entraîneur pour l’Equipe de France, à quelques mois de la dernière phase de repêchage pour la participation au championnat d’Europe en septembre, pour s’apercevoir que tout fait problème. Et pourtant, même pour un simple supporteur comme moi, la solution paraît très simple : soit on fait appel à une pointure qui connaît le basket européen et français…et on y met le prix, soit on choisit un homme qui a d’abord la confiance totale de Parker et Diaw, l’un et l’autre par ailleurs très motivés pour porter le maillot national.

 

Bien entendu la deuxième solution est de loin la meilleure car, outre le fait qu’elle soit moins onéreuse pour une fédération peu argentée, elle aurait le mérite de souder l’équipe derrière ses leaders. Il ne resterait plus qu’à organiser un cycle de préparation pour habituer ou réhabituer les joueurs au jeu européen. Tout ceci apparaît tellement évident aux yeux des profanes, qu’on en arrive à se dire qu’il doit y avoir des tas de choses qui nous échappent. En tout cas la France a obtenu une médaille d’argent en 2000 aux J.O. de Sydney avec une équipe qui, certes, comptait quelques grands joueurs (Sciarra, Rigaudeau, ou encore Weis, Foirest, Palmer etc.), mais qui n’était pas meilleure sur le papier que celle qui pourrait être alignée aujourd’hui.

 

Michel Escatafal

24.02.2009

On les appelait les B.B.

barbotin.jpgbobet.jpgLe monde du cyclisme les appelait les B.B., tellement leur carrière les a unis, sauf sur un point, le palmarès. En effet si l’un, Louison Bobet, est considéré comme un des plus grands coureurs de tous les temps, l’autre n’a été qu’un gregario…de talent. Cela étant des équipiers comme Barbotin on n’en a pas trouvé énormément dans le monde du vélo, surtout avec l’efficacité qui était la sienne.

  

Parfois l'équipier est aussi celui qui est chargé de lancer le sprint afin de placer le sprinter de l’équipe dans les meilleures conditions, ce qui lui interdit presque toujours de revendiquer la victoire à titre individuel. Voilà pourquoi un équipier gagne généralement peu de courses, même si certains coureurs ont pu se confectionner, malgré ou à cause de leur condition, un joli palmarès. En tout cas l’équipier modèle reste un élément très recherché du peloton.

 

Tous les grands champions du passé et du présent ont eu à leur coté un coureur qui assumait ce rôle très difficile d'équipier dévoué. Celui-ci aide son champion non seulement à lutter contre les adversaires, mais aussi le protège contre lui-même quand la nécessité s'en fait sentir. Je ne veux pas les citer tous, mais ceux qui ont connu le vélo dans les années 50 et 60 savent le rôle qu’ont pu avoir des coureurs comme André Darrigade et Jean Stablinski auprès de Jacques Anquetil. Cela ne les a pas empêché de remporter quelques grandes courses comme le championnat du monde, ce que leur maître et leader n’a jamais pu faire.

 

Plus tard dans la décennie 80, un autre immense champion français,  Bernard Hinault, aura avec Le Guilloux un modèle d’équipier un peu différent parce que celui-ci avait fait abstraction quasi totale de ses chances, ce qui lui vaudra de terminer sa carrière professionnelle avec seulement 8 victoires dans des courses sans prestige, sauf peut-être l’Etoile de Bessèges qui marquait à l’époque l’ouverture de la saison.  Un peu avant, au début des années 70, un autre coureur très méconnu, De Schoenmaecker, aura un rôle très important auprès du grand Eddy Merckx, notamment en montagne, et lui aussi finira sa carrière avec un palmarès famélique (4 victoires), malgré une victoire d’étape dans le Tour de France. Mais au fond le vrai équipier, dans l’imaginaire public, n’est-ce pas quelqu’un comme Le Guilloux et De Schoenmaecker ?

 

Pierre Barbotin faisait partie de cette catégorie de coureurs prêts à se dévouer corps et âme pour son leader. Il ne remportera au total que 13 courses, dont un Critérium National, mais il forma aux dires de tous les suiveurs un tandem très redoutable avec Louison Bobet, au point que certains ont regretté qu’il n’ai jamais réellement voulu défendre ses chances. Il ne faut pas oublier qu’il a terminé  2è de Milan-San Remo en 1951, derrière son leader, mais aussi  6è du Tour de France cette même année. A cela s’ajoute une 2è place à Manche-Océan (épreuve contre la montre) en 1949, mais aussi au Grand Prix de Suisse en 1950, et enfin à Paris-Nice en 1956. Barbotin était donc un coureur complet, à la fois bon rouleur et honnête grimpeur.

 

Depuis la semaine dernière Pierre Barbotin a rejoint Louison Bobet ( décédé en 1983) au paradis des champions cyclistes. Il y retrouvera aussi d’autres grands leaders comme Bartali, Coppi, Koblet, Rivière, Anquetil, Ocana ou Charly Gaul pour ne citer qu’eux. Mais il y aura aussi nombre d’équipiers tout aussi méritants que la postérité n’aura pas retenus, par exemple Marcel Ernzer le fidèle lieutenant de Charly Gaul, et Fabio Casartelli décédé en 1995, à l’époque équipier de Lance Armstrong. Eux aussi auront contribué à leur façon à faire du cyclisme ce merveilleux sport populaire, qui intéresse chaque année des millions de spectateurs sur les routes des cinq continents.

 

Michel Escatafal

21.02.2009

Un retour aux sources s'impose

bernard.jpgpopov.jpgIl y a moins d’un an, sur ce site, je me posais des questions sur la natation, notamment à propos des combinaisons. Je me disais que ce sport, qui souffre déjà de la multiplication de ses épreuves, était en train de perdre sa crédibilité avec ses trop fameuses combinaisons, celles-ci donnant l’impression que les nageurs ont un moteur pour les aider à aller plus vite. Que peut-on penser en effet d’un sport chronométrique qui voit ses meilleurs représentants, sans compter les autres, améliorer 105 records du monde en moins d'un an? Rien de très favorable et ce n'est pas moi qui le dis, mais Popov un des plus grands champions de l'histoire, ce dernier affirmant qu'un nageur ordinaire a beaucoup à gagner avec "ces combis".

 

Cela dit, après de multiples atermoiements il semble que les dirigeants de la FINA (fédération internationale) veuillent enfin se pencher sérieusement sur le sujet. Ouf, il était temps ! Cependant le profane que je suis est quand même déçu parce que, selon moi, il est exclu qu’on aille aussi loin qu’on pourrait le faire car, si nous voulons de nouveau que seule la qualité du nageur soit prise en compte, il fallait tout simplement que l’on fasse un retour en arrière en supprimant toutes formes de combinaisons. Après tout le vélo a bien fait ce genre de révolution pour le record du monde de l’heure, le plus prestigieux des records, en considérant que ce record ne peut être battu que sur un vélo traditionnel. Et au passage on notera que ce record qui, avec des vélos de plus en plus aérodynamiques, était battu dans les années 90 à intervalles très rapprochés (7 fois entre 1993 et 1996), ne l’a plus été que 2 fois depuis l’an 2000.

 

Ce qui est surtout incroyable, c’est qu’on se retrouve avec des combinaisons de plus en plus sophistiquées, puisque j’ai appris que non seulement les nageurs sont couverts de la tête aux pieds, mais qu’ils portent parfois plusieurs combinaisons sur leur corps (jusqu’à 3 !), que le matériau a plusieurs millimètres d’épaisseur, et qu’il peut y avoir de l’air à l’intérieur. Mais ce n’est pas tout, car en plus il y aurait des systèmes intégrés permettant une stimulation externe du type électro-stimulation ou système anti-douleur. Bref, pour moi, le nageur n’affronte pas ses adversaires et le chronomètre à la force de ses bras et ses jambes. D’ailleurs certains assimilent tout cela à une aide externe légalisée. C’est peut-être simpliste comme remarque, mais il y a de quoi se poser des questions.

 

Alors que va décider la FINA dans quelques jours, lors d’une réunion organisée à Dubaï et consacré à ces problèmes ? Sans doute pas ce que nous sommes nombreux à espérer, à savoir le retour au bon vieux maillot de bain…car c’est évidemment un retour en arrière qui ne sied pas aux grandes marques fabriquant ces combinaisons. Toujours le sport au service de l’argent ! Non, on va se contenter de limiter l’épaisseur du matériau à 1 mm et la combinaison devra épouser la forme du corps. Quant aux systèmes intégrés ils seront bannis…mais est-on certain qu’on ne trouvera pas, comme en Formule1, les moyens de contourner le règlement en utilisant une technologie que l’on ne connaît pas encore, donc conforme au dit règlement jusqu’à une nouvelle interdiction ?

 

Je sais bien que certains vont me trouver trop idéaliste mais, au risque de me répéter, pour moi il n’y avait qu’un moyen de redonner une totale crédibilité aux performances de ce sport, à savoir supprimer totalement toute combinaison. D’ailleurs pour les amateurs de sport que nous sommes, ce serait passionnant de voir à quel niveau se situe Alain Bernard, champion olympique du 100 m à Pékin l’an passé, par rapport aux grands nageurs du passé …qui nageaient en maillot de bain comme par exemple Popov, champion olympique en 1992 et 1996 (sans combinaison) et recordman du monde du 100 m en 48s21 centièmes en 1994, ou Matt Biondi, champion olympique en 1988 en 48s63.

 

Michel Escatafal

19.02.2009

Un immense champion aujourd'hui méconnu

marciano.jpgParmi les plus grands champions du 20è siècle, toutes disciplines confondues, il y en a un que beaucoup de gens ne connaissent pas, parce que son règne (champion du monde des poids lourds) a commencé le 23 septembre 1952 et s’est achevé le 21 septembre 1955. Il s’appelait Rocco Francis Marchegiano et était plus connu sous le nom de Rocky Marciano. Je dis s’appelait, parce qu’il est décédé très jeune en 1969 dans un accident d’avion, la veille de son 46è anniversaire.

 

Son palmarès en effet est fabuleux, puisqu’il est à ce jour le seul grand boxeur à s’être retiré du ring invaincu. Il a en effet remporté  49 victoires, dont 43 par K.O. technique, pour 49 combats professionnels. Les puristes oseront seulement la comparaison avec Joe Louis parce que celui-ci, devenu champion du monde en 1937, restera invaincu jusqu’à sa première retraite en 1949. Cela dit, avant de devenir champion du monde des poids lourds il avait subi une défaite en 1936 contre l’Allemand Max Schemeling. Ensuite il tentera au début des années 50 un come back qui ne lui réussira pas, car il sera battu par Ezzard Charles…et par Rocky Marciano en octobre 1951, alors que celui-ci n’était pas encore champion du monde (K.O. au 8è round).

 

Rocky Marciano avait débuté sa carrière assez tard par rapport à certains boxeurs, puisqu’il a commencé par faire du sport en jouant au base-ball et au football américain, rêvant de faire une carrière professionnelle dans un de ces deux sports. Ensuite après avoir tâté de la boxe, il fut incorporé dans l’Armée de terre en 1943, où il resta jusqu’à sa libération en 1946. Un peu plus tard, en 1947, après avoir fait un essai infructueux en tant que joueur de base-ball professionnel, il revint à la boxe qu’il avait pratiquée occasionnellement pendant son temps d’armée. Il disputa son premier combat professionnel le 17 mars 1947, contre un certain Lee Epperson (qui de fait restera dans la postérité) qu’il battit par K.O. à la 3è reprise. Ensuite il multipliera les combats jusqu’au printemps 1949 en gagnant tous ses combats par K.O., tous entre le 1er et le 5è round, ce qui lui vaudra d’être repéré comme un futur grand champion, et lui donnera la possibilité d’affronter des adversaires plus huppés.

 

Toutefois sa taille moyenne pour un poids lourd (à peine 1m80), son manque de finesse, son âge (près de 25 ans) en laissaient sceptiques plus d’un, y compris Goody Petronelli, l’ancien entraîneur de Marvin Hagler, qui a affirmé dans Sports Illustrated « qu’il avait longtemps eu des doutes sur son avenir ». Comme quoi tout le monde peut se tromper, y compris les gens les plus compétents ! A propos de gens compétents, il est certain que Rocky Marciano n’aurait sans doute pas fait la carrière qui fut la sienne s’il n’avait pas eu Charley Goldman comme entraîneur, celui-ci lui ayant fabriqué « sa marque technique », comme disaient les spécialistes du « noble art ».

 

Mais revenons à sa carrière, et notamment sur un événement qui a beaucoup marqué celui que l’on surnommait « le rocher de Brockton », à savoir sa victoire le 26 octobre 1951 sur Joe Louis…qui était son héros préféré. En effet, après avoir fort logiquement mis K.O. son illustre mais vieillissant adversaire, Marciano fondit en larmes dans le vestiaire pensant qu’il avait mis un terme définitif à la légende que représentait son idole. Toutefois cette victoire lui permit d’être désormais considéré comme un grand boxeur, et après 4 autres combats, tous gagnés par K.O., il affronta le 23 septembre 1952 le tenant du titre mondial des poids lourds, Jersey Joe Walcott.

 

Paradoxalement ce fut peut-être son plus dur championnat du monde, car il alla au tapis dès le 1er round avant de l’emporter par K.O. à la 13è reprise sur un court crochet du droit à la mâchoire, alors qu’il était mené au points. Si le championnat avait eu lieu avec les règles en vigueur de nos jours (championnats se déroulant en 12 reprises), Marciano n’aurait sans doute pas gagné. De toute façon il était plus fort que Walcott, car ce dernier fut mis K.O. au 1er round lors de la revanche. Ensuite Marciano défendra 5 fois son titre victorieusement, notamment contre Ezzard Charles qui le contraint à faire 15 rounds, et contre l’inamovible champion du monde des mi-lourds (1952-1962), Archie Moore, non sans que celui-ci l’ait envoyé au tapis mais qui fut mis K.O. à la 9è reprise. Cela se passait le 21 septembre 1955 et ce fut son dernier combat, vu par plus de 400.000 spectateurs par le biais de la télévision en circuit fermé dans les grandes villes de l’Amérique du Nord, après avoir affronté tous les plus grands de son époque.

 

Le 27 avril 1956, Marciano annonça officiellement sa retraite de la boxe à l’âge de 31 ans, affirmant vouloir passer plus de temps avec sa famille (sa femme Barbara et ses 2 enfants Rocco et Kevin), et surtout ne voulant pas faire l’erreur de Joe Louis en tentant un come-back, ce qui ne l’empêcha pas d’y penser sérieusement en 1959 (pour affronter Johansson le Suédois), avant de renoncer définitivement. Il a peut-être bien fait, car pour la postérité il conservera cette aura que lui auront procuré ses 49 victoires en autant de combats. De plus il sera reconnu par ses pairs comme un des plus grands poids lourds de tous les temps. Qu’on en juge à travers cette remarque de Joe Frazier, l’ancien rival d’Ali : « Joe Louis est le plus grand champion du monde des poids lourds de tous les temps. Immédiatement après lui, vient Rocky Marciano ».

 

Michel Escatafal

16.02.2009

A propos des atermoiements de Gourcuff

gourcuff.jpgIl y a un joueur de football qui commence à sérieusement agacer ses supporteurs : il s’appelle Yoann Gourcuff. Ce jeune homme est en train de jouer les divas sur l’identité de son futur club. Je ne dis pas cela uniquement parce que j’aime bien les Girondins de Bordeaux, son club actuel, mais tout simplement parce que Yoann Gourcuff devrait se souvenir qu’il traînait sa peine à Milan…il y a à peine quelques mois. Dans ce cas, ayant eu la chance d’être récupéré par un des meilleurs clubs français, la moindre des choses aurait été d’attendre tranquillement que son club actuel lève l’option de 13 millions d’euros (fin avril), et de signer dans la foulée un contrat le liant pour au moins de deux ans à Bordeaux.

 

Ce que je dis là serait la trajectoire idéale en terme de carrière pour un garçon doué, mais pas encore arrivé au niveau des plus grands. Certes on n’hésite pas à le comparer à Zidane, mais ce dernier justement a attendu d’avoir fait ses preuves dans l’hexagone avant de rallier la Juventus de Turin, et d’en devenir le meilleur joueur. Tout le contraire de Gourcuff qui, à 20 ans à peine, est parti à Milan (Milan AC)…pour cirer le banc. Cela dit, on en est à se demander si malgré tout il ne va pas atterrir de nouveau dans son ancien club où son sort sera, soit une revente quasi immédiate qui fera gagner de l’argent au Milan AC, ou de nouveau le banc compte tenu de l’estime que lui porte Ancelotti, l’entraîneur.

 

Le plus cocasse dans cette affaire est qu’un des motifs pour Gourcuff de « ne rien exclure », et notamment de retourner au Milan A.C., est le fait qu’il « adore ce club» pour parler comme son père. Est-ce plus glorieux de jouer quelques bouts de match au Milan AC que d’être un titulaire incontestable dans un des 3 ou 4 meilleurs clubs français ? Pour le commun des mortels ce n’est pas le cas, mais ces jeunes footballeurs ne sont pas comme les jeunes gens de leur âge…parce que le plus souvent ils n’ont pas eu le temps de grandir. Et cela se voit chez Gourcuff, comme cela se voit chez un Ribéry qui lui aussi a la bougeotte.

 

A propos de Ribéry, quelle que soit sa qualité, qui peut bien lui assurer qu’il sera en cas de transfert un titulaire indiscutable à Barcelone ou au Real, comme il l’est au Bayern de Munich? Pourquoi vouloir partir d’un club bien structuré où il est certain de gagner des titres, pour aller dans « des galaxies » où on voit sur le banc des joueurs prestigieux. Ribéry serait-il capable d’accepter le sort qui fut fait l’an passé à Thierry Henry à Barcelone, avec une dignité et une pugnacité dignes d’éloges, au point qu’il soit devenu à un poste qui n’est pas le sien un élément incontournable du Barça ? Je n’en suis pas convaincu.

 

Voilà quelques réflexions personnelles que m’inspire le feuilleton sur la prochaine destination de Gourcuff, et la déception qui est la mienne relativement aux hésitations du joueur. Mais au fond n’est-ce pas le foot-business qui veut ça ? Et Gourcuff sous ses airs de garçon bien sage, presque de premier de la classe, n’échappe pas à la règle. Comme ses copains il veut tout, tout de suite, même si on lui fait comprendre qu’on ne veut de lui que comme monnaie d’échange. Et puisque je parlais de Thierry Henry, il faut se rappeler que comme Patrick Viera en son temps, on peut très bien faire une immense carrière même en n’ayant pas trouvé sa place dans un grand club italien.

 

Qui se rappelle que Thierry Henry n’a passé que quelques mois dans l’anonymat à la Juventus, comme Patrick Viera quelques temps plus tôt au Milan AC. Cela ne les a pas empêché de devenir quelques années plus tard de grandes stars à Arsenal, et d’être les meilleurs du monde à leur poste pendant de nombreuses années. Puisse Gourcuff méditer sur ces exemples avant de s’embarquer dans un aventure risquée, alors qu’aux Girondins il a tout pour s’épanouir et devenir ce que tout le monde pressent qu’il pourrait être, un très grand joueur. Dans ce cas, peu lui  importera le jugement qu’Ancelotti porte sur lui, un Ancelotti qui par parenthèse a été incapable de qualifier son équipe pour la Ligue des Champions l’an passé.

 

Michel Escatafal

13.02.2009

Les routiers-sprinters, une catégorie à part

cavendish.jpgAujourd’hui nous allons parler vélo car la saison est déjà commencée et les premières tendances se font jour, notamment pour ce qui concerne les routiers-sprinters. Ces coureurs sont à part dans la mesure où, généralement, ce sont eux les grands pourvoyeurs de victoire, même si les connaisseurs savent faire la différence entre une victoire dans une autre grande classique du calendrier, et 5 victoires dans des épreuves de deuxième catégorie. Il n’empêche, de nos jours toutes les équipes se battent pour avoir dans leurs rangs un grand sprinter. De plus, compte tenu de l’exposition des grands tours dans les médias, une victoire d’étape au Tour de France ou au Tour d’Italie est très importante pour les sponsors, ce qui permet aux coureurs les plus véloces de négocier des contrats avantageux pour eux…et pour ceux qui sont chargés de les emmener dans les meilleures conditions aux arrivées.

 

Mais aujourd’hui quels sont ceux qui font rêver les sponsors ? Leur nombre est inversement proportionnel aux victoires qu’ils remportent dans une année. Cela signifie qu’il y a en fait 5 ou 6 coureurs qui dominent le reste de la troupe. Le premier d’entre eux est très jeune (pas encore 23 ans) et probablement déjà le plus fort : il s’appelle Mark Cavendish qui s’est vraiment révélé aux yeux du grand public en remportant 2 étapes du Giro et 4 étapes du Tour de France. Plus que ses victoires, c’est la manière dont il a conquis ces succès qui a fait forte impression. Comme dit Silvio Martinello, champion olympique de la course aux points en 1996 à Atlanta, c’est un sprinter classique et «  fulminate », ce qu’on pourrait traduire par foudroyant. N’oublions pas que Cavendish est aussi un remarquable pistard puisqu’il a été l’an passé champion du monde à l’américaine avec Wiggins.

 

Ensuite il y a sans doute Alessandro Petacchi, même s’il a certainement ses plus belles années derrière lui. Malgré tout il reste très dangereux et sera sans doute le principal rival de Cavendish cette année, notamment au Giro et dans quelques classiques où les routiers sprinters excellent comme Milan San Remo ou Paris-Tours, épreuves que Petacchi a déjà gagnées. Ce sont même les deux seules grandes classiques de son palmarès qui compte en tout 150 victoires dont 24 dans le Tour d’Italie. En tout cas Petacchi semble déjà très satisfait de son nouveau train LPR, qui compte dans ses rangs d’excellents coureurs comme Bosisio, Bernucci et Cucinotta.

 

En troisième position nous placerons Tom Boonen, sans doute un peu moins véloce naturellement que ses deux rivaux mais plus complet qu’eux, ce qui signifie qu’il est capable de battre n’importe qui après 250 ou 260 km de course dans un Tour des Flandres, ou un Paris-Roubaix. C’est le plus rapide des meilleurs dans les courses d’un jour et les grandes classiques. A ce titre, Boonen est celui qui s’apparente le plus aux grands sprinteurs du passé, ce qui n'est pas le cas de Bennati que je classerais en 4è position.

 

Bennati a remporté l’an passé 3 étapes du Giro et son sprint ressemble à celui de Petacchi, un ton en dessous. C’est un sprinter long, très dangereux pour les meilleurs et cette année il sera un protagoniste important  au Tour d’Italie et dans les semi-classiques italiennes. Tout comme le sera Robbie Mac Ewen qui a démarré sa saison sur les chapeaux de roue et qui s’exprime généralement le mieux sur le Giro et en fin de saison. Il a notamment remporté 5 fois la classique Paris-Bruxelles entièrement plate. Sa vélocité peut se comparer à celle de Cavendish, mais il lui manque quand même quelque chose pour être considéré comme une authentique star, alors qu’il a souvent battu tous les meilleurs, notamment Petacchi. Enfin on n’oubliera pas dans cette galerie dorée Oscar Freire, coureur véloce et puissant, capable dans ses meilleurs jours de battre n’importe qui…notamment à l’arrivée du championnat du monde qu’il a remporté 3 fois (1999,2001,2004), mais aussi à Milan-San Remo où il franchit la ligne victorieusement à 2 reprises.

 

Cela étant peut-on comparer ces sprinters à ceux du passé ? L’exercice est toujours difficile, même s’il y a des similitudes entre les coureurs des deux époques. Mais quels sont les sprinters qui ont marqué l’histoire au cours des décennies précédentes ? Nous allons essayer d’en citer quelques uns parmi les plus marquants, notamment ceux qui ont un palmarès fourni avec de nombreuses victoires dans les grandes classiques. Le premier nom qui me vient à l’esprit est celui de Rik Van Steenbergen dont le palmarès s’orne de nombreuses victoires dans la plupart des classiques, y compris la Flèche Wallonne, réservée essentiellement aux routiers capables « de passer les bosses ». Il a porté à 3 reprises le maillot arc-en-ciel (1949, 1956 et 1957) et fut un excellent pistard, avec de nombreuses victoires dans les six jours où sa vélocité faisait merveille…ce qui l’a empêché aussi de glaner d’autres succès sur la route.

 

Ensuite je pense à Miguel Poblet, coureur espagnol très complet capable de gagner le Tour de Catalogne, le Midi Libre, deux Milan-San Remo (1957 et 1959), mais aussi plusieurs six jours. Il était aussi très véloce, et fut un grand rival pour Van Steenbergen et Van Looy. Ce dernier était un coureur extraordinaire, le seul dans l’histoire du vélo à avoir gagné toutes les classiques. Coureur surpuissant, il attaquait sans cesse et ses sprints étaient irrésistibles bien emmenés par sa garde rouge de l’équipe Faema. Sa puissance lui a permis de battre des coureurs comme Poblet, Darrigade, de Bruyne ou Vannitsen intrinsèquement plus rapides que lui.

 

Un autre coureur belge figure aussi parmi les meilleurs sprinters, Freddy Maertens, 2 fois champion du monde en 1976 et 1981 et vainqueur de plusieurs grandes classiques comme Tours-Versailles (Paris-Tours), Gand-Wevelgem ou l’Amstel. C’était aussi un coureur très complet puisqu’il remporta le Grand prix des Nations (c.l.m.) et le Tour d’Espagne. L’Irlandais Sean Kelly lui succèdera dans les années 80 avec un palmarès encore supérieur, même s’il n’a jamais été champion du monde, où l’on retrouve  la plupart des classiques mais aussi le Tour d’Espagne en 1988 et 7 Paris-Nice.

 

Enfin, dans les années 90 et au début de la décennie actuelle, le roi du sprint s’appellera Mario Cipollini. Il fut lui aussi une sorte de précurseur avec son train d’équipiers qui l’amenaient jusqu’à 300 mètres de la ligne, où comme Petacchi il lançait vraiment son sprint, le plus souvent victorieusement. Son palmarès en témoigne qui compte plus de 180 victoires, dont 42 étapes du Giro. Il fut aussi champion du monde en 2002, mais ses victoires dans les classiques se limitent à 3 Gand-Wevelgem et un Milan San Remo, ce qui lui interdit toute comparaison avec les plus grands.

 

Bien d’autres coureurs mériteraient à des titres divers de figurer dans ce groupe dont quelques uns  figurent parmi les plus grands, mais on ne peut pas les cataloguer comme de purs sprinters. Parmi eux je citerais Louison Bobet capable de battre Van Steenbergen et de Bruyne dans un Paris-Roubaix (1956), Eddy Merckx redouté des meilleurs sprinters qui a gagné 7 Milan San Remo, sans oublier Bernard Hinault vainqueur d’un sprint massif à l’arrivée du Tour de France sur les Champs Elysées en 1982. Cela dit,  ces trois-là étaient ce que l’on appelle des campionissimi et ils excellaient sur tous les terrains (sprint, montagne, c.l.m.), ce qui n’était pas le cas de Janssen, Moser, de Vlaeminck, Saronni, Jan Raas ou Zabel, même s'ils étaient des coureurs complets.

 

Michel Escatafal

12.02.2009

Un sport qui a besoin de remonter la pente

killy et perillat.jpgM. Goitschel et A. Famose.jpgAujourd’hui j’aimerais parler de ski, même si j’avoue humblement que je ne connais pas bien ce sport…car je n’en ai jamais fait. Certes, je connais assez bien son histoire, notamment celle ayant trait à l’époque où la France dominait le ski alpin avec Killy, Périllat, les soeurs Goitschel, Annie Famose etc., mais c’était il y a tellement longtemps que l’on commence un peu à l’oublier, d’autant que depuis l’apothéose des années 1966 (16 médailles sur 24 possibles aux championnat du monde) à 1968, on n’a plus jamais retrouvé dans notre pays une génération comme celle-là. De plus, comme j’aime bien la tradition dans le sport, j’avoue que j’ai du mal à suivre l’évolution du ski vers toujours plus d’épreuves, comme si celles qui existaient il y a quelques décennies n’étaient pas suffisantes.  

 

Combien de médailles auraient eu aux J.O. ou aux championnats du monde avec toutes les épreuves d’aujourd’hui, les skieurs ou skieuses dont je viens de parler, mais aussi Toni Sailer le seul avec Killy (en 1968 à Grenoble) à avoir gagné la descente et les deux slaloms aux J.O. (Cortina d’Ampezzo en 1956). On a l’impression que, comme en natation, il faut sans cesse rajouter quelque chose pour intéresser les gens. Mais est-on certain pour autant qu’on y arrivera ? Là est toute la question. Pour ma part je n’y crois pas, car autrefois (fin des années 50 et années 60) on savait qu’il y avait la descente, le slalom et le slalom géant, plus le combiné qui était la moyenne des trois. Et je trouvais que c’était une bonne formule, même si je n’ai toujours pas compris pourquoi on ne décernait pas un titre olympique au vainqueur du combiné des Jeux Olympiques. En effet, celui qui remportait le combiné avait simplement droit à l’appellation « champion du monde du combiné », comme Guy Périllat en 1960, qui avait remporté le combiné aux Jeux Olympiques de Squaw Valley. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

 

Aujourd’hui des titres il y en a à foison avec la descente, le super G, le combiné, le slalom, le slalom géant. Même la Coupe du Monde souffre de cette inflation de courses, car pour décerner une victoire au combiné il faut que les concurrents disputent un slalom et une descente, alors qu’on pourrait imaginer sur un week-end un mini championnat avec une configuration descente-slalom ou descente-géant, le combiné revenant au meilleur classement sur l’ensemble des deux épreuves. Tout le monde s’y retrouverait et la Coupe du Monde voudrait dire quelque chose et attirerait les télévisions, ce qui n’est pas le cas. On a même inventé une compétition par équipes aux championnats du monde…qui cette année n’aura pas lieu en raison des conditions météo. Dommage, car comme cette compétition n’intéresse pas beaucoup les grandes équipes on aurait peut-être eu une médaille.

 

En disant cela je ne suis peut-être pas très gentil, mais pour un pays doté de cinq massifs montagneux avec dans chacun de nombreuses stations de ski, voir que nous allons finir ces interminables championnats du monde organisés en France avec 2, 3 ou 4 médailles c’est quand même très peu. Il est vrai que quand on entend les gens de la fédération nous dire que 2 médailles ce serait très bien, et 3 un exploit, alors qu’il y en a une trentaine en jeu, c’est déjà montrer qu’on n’a pas beaucoup d’ambition. On est quand même plus ambitieux chez les nageurs. Et ça paie, car les Français y brillent de mille feux tant chez les hommes que chez les femmes. Il est vrai que la natation s’est depuis longtemps organisé pour le haut niveau, alors que le ski donne depuis des années une impression de grand bricolage… qui explique que n’avons plus de champions capables de gagner à la fois des titres planétaires (ce qui arrive parfois) et des manches de Coupe du Monde.

 

Enfin un dernier mot pour noter que les cérémonies protocolaires sont parfaitement ridicules, avec ces podiums où l’on voit les skieurs ayant du mal à saluer leurs supporteurs parce qu’ils exhibent leurs marques de ski qui, entre parenthèse, se mélangent avec la cohorte des sponsors inscrits sur leur combinaison, leur bonnet, les gants ou en arrière plan. Au moins pour la cérémonie protocolaire, ce serait quand même mieux que ces jeunes gens arrivent sur le podium avec leur combinaison, voire leur bonnet, mais rien de plus, d’autant qu’à l’arrivée les médaillés ont été déjà photographiés en long et en large. Bref, voilà un sport très télégénique qui mérite sans doute beaucoup mieux que ce que les fédérations en ont fait…au point de le dévaloriser à un point qu’il lui sera difficile de remonter la pente. Ils devraient penser que les sports les plus médiatisées sont ceux où la tradition est plus forte encore que n’importe quel sponsor (football, rugby, cyclisme…). Que serait le football sans la Coupe du Monde, le rugby sans le Tournoi, le vélo sans le Tour et le Giro ? Pas ce qu’ils sont en tout cas et pour eux, crise ou pas, les sponsors sont toujours là.

 

Michel Escatafal

09.02.2009

L'Argentine, une inépuisable pépinière de footballeurs

di stefano.jpgmaradana et messi.jpgMercredi l’Equipe de France va rencontrer ce que l’on appelle un poids lourd du football mondial, l’Equipe d’Argentine. L'Argentine, outre son palmarès (2 Coupes du Monde), présente surtout la particularité d’être une inépuisable pépinière de footballeurs et ce, depuis très longtemps. Personne n’a oublié Alfredo Di Stefano que certains considèrent encore comme le joueur du 20è siècle avec Pelé. Certes pour les jeunes Di Stefano et ses 82 ans appartiennent au passé, mais pour ceux qui l’ont vu jouer et qui ont suivi l’évolution du football, il n’avait rien à envier aux plus grands d’aujourd’hui.

Né argentin avec du sang français dans ses veines, Di Stefano fera une carrière extraordinaire au Real Madrid et sera considéré comme le plus grand joueur espagnol de tous les temps, même s’il ne prit la nationalité espagnole qu’en 1957…à presque 31 ans. Cette naturalisation tardive empêchera  « la flèche blonde » (son premier surnom) d’avoir un palmarès en sélection à la hauteur de celui qu’il s’est  octroyé en club, avec notamment 5 Coupes d’Europe (C1) entre 1956 et 1960, une Coupe Intercontinentale (1960) et 8 titres de champion d’Espagne, tout cela au Real Madrid pour qui il a marqué 307 buts en 396 matches. Bref, un immense joueur entré depuis longtemps au panthéon de son sport.

A peu près à la même époque un autre joueur, moins connu que Di Stefano mais presque aussi talentueux, quittera lui aussi l’Argentine  pour exercer ses talents en Europe. Il s’agit d’Antonio Valentin Angelillo qui arriva à l’Inter de Milan en 1957, et fera les beaux jours de ce club jusqu’en 1961 avant de jouer à la Roma, puis à l’AC Milan. Rien qu’à l’évocation de ces grands clubs italiens, on devine que l’homme avait une classe exceptionnelle. Et c’était le cas, comme en témoigne les 33 buts marqués en 33 matches de championnat d’Italie avec l’Inter pendant la saison 1958-1959. Chose curieuse, ce buteur prolifique avait pour surnom « patte de velours ». Après avoir été international argentin, il sera aussi international italien.

Un autre Argentin naturalisé Italien va devenir une énorme vedette du Calcio, Omar Sivori. Arrivé en provenance de River Plate où il conquit 3 titres de champion d’Argentine, il s’imposa immédiatement à la Juventus de Turin avec qui il conquit le titre de champion d’Italie dès sa première saison (1957-1958), puis en 1960 et 1961, année où il reçut le Ballon d’Or. Meilleur buteur du Calcio en 1959-1960, il marquera 8 buts en 9 sélections avec l’Equipe d’Italie, après avoir été comme Di Stefano et Angelillo international argentin.

A cette époque c’était la mode d’avoir dans les équipes italiennes des joueurs sud-américains ayant des origines italiennes (oriundi).  A noter que ce type de joueur a aussi existé en France à partir de 1959 (franco-argentins essentiellement), ce qui était un bon moyen de contourner l’interdiction pour les clubs de recruter des joueurs étrangers. Les  plus célèbres furent  Hector de Bourgoing qui avait été international argentin (7 sélections), Angel Rambert, Nestor Combin et Hector Maison. Ce dernier contrairement aux trois premiers cités ne sera jamais international français, mais il restera célèbre parce qu’au cours de la finale de la Coupe de France 1967, remporté par Lyon au dépens de Sochaux, Hector Maison envoya le ballon dans la tribune présidentielle et c’est le général de Gaulle qui renvoya  le ballon.

Dans les années 1970, la star argentine s’appellera Mario Kempes. Son surnom est tout un programme puisqu’on l’appelait le « matador ». Il a été meilleur buteur partout où il a été en compétition, que ce soit dans le championnat d’Argentine (2 fois), le championnat d’Espagne à Valence (2 fois) et la Coupe du Monde 1978 qu’il a remporté avec l’Argentine.  Il a porté à 43 reprises le fameux maillot à bandes bleu et blanc et a marqué 20 buts, ce qui lui permet d’afficher une moyenne très honorable.

Son successeur emblématique dans l’équipe d’Argentine s’appellera Maradona. Que dire de plus de cet extraordinaire footballeur qui figure parmi les plus grands de tous les temps, sinon qu’après avoir fait une grande carrière couronné par une Coupe du Monde en 1986, il l’a très mal finie en accumulant tous les avatars. Cela étant aujourd’hui il est devenu sélectionneur de l’Equipe d’Argentine, et tout le monde est impatient de voir ce qu’il fera dans son nouveau rôle. En tout cas, il va disposer dans son équipe de l’actuel meilleur joueur du monde, étoiles parmi les étoiles du F.C. Barcelone, Lionel Messi. 

Ce jeune joueur de 21 ans n’a connu qu’un club professionnel, le Barça …où il est arrivé en 2000 à l’âge de 13 ans. Ceux qui l’ont recruté ne se sont pas trompés sur sa valeur. A 21 ans il affiche un palmarès que beaucoup de joueurs beaucoup plus âgés lui envieraient, avec un titre olympique et 2 championnats d’Espagne, en attendant ceux de la saison en cours. S’il n’est pas blessé, Messi obtiendra cette année le Ballon d’Or, deviendra de nouveau champion d’Espagne, et a de bonnes chances de gagner la Ligue des Champions. Qui dit mieux ?

Enfin comment ne pas évoquer deux footballeurs qui ont la particularité d’être nés en France, et qui sont devenus deux des plus  grands footballeurs opérant en Europe. Le premier d’entre eux s’appelle David Trezeguet qu’il est inutile de présenter, et dont tout le monde pense qu’il figure depuis 10 ans parmi les tous meilleurs attaquants. Tout le monde sauf…Raymond Domenech, notre sélectionneur, qui n’a jamais rien gagné. Trezeguet pour sa part a tout gagné, sauf la Ligue des Champions, et a été  meilleur buteur du championnat d’Italie en 2002.

Le second s’appelle Gonzalo Higuain et joue au Real Madrid. Il est né en France, il a un passeport français mais lui a choisi, contrairement à Trezeguet, de jouer pour l’Argentine. Tant pis pour l’Equipe de France, même si ce n’est pas encore définitif, dans la mesure où il n’a jamais disputé de match officiel pour l’Argentine. Il ne sera d’ailleurs pas sur la pelouse de Marseille mercredi soir. Cela dit c’est un remarquable joueur, et il a déjà sa place de titulaire au Real Madrid avec qui il a été champion d’Espagne l'an passé, et dont il est le meilleur buteur cette saison, tout cela à 21 ans. Bien d'autres noms du passé et du présent (Perfumo, Maschio, Ardiles, Passarella, Battistuta etc.)  pourraient compléter cette galerie de portraits, mais l'Argentine est tellement riche en ce domaine qu'il faudrait écrire des pages et des pages.

Michel Escatafal

07.02.2009

La patience est une qualité essentielle en F1

Seb Bourdais.jpgbehra.jpgS’il y a bien quelqu’un qui doit dire merci à la crise, c’est Sébastien Bourdais. Le pilote français vient en effet de sauver sa place en Formule 1 chez Toro Rosso, alors que personne n’aurait parié sur lui il y a deux mois. Qu’est-ce qui a donc fait pencher la balance pour lui, au détriment du Japonais Takuma Sato ? Réponse : la crise qui affecte l’économie mondiale en général et japonaise en particulier. Si la situation s’était posée dans les mêmes termes il y a seulement un an, c’est Sato qui aurait pris place dans le second baquet de Toro Rosso, les firmes japonaises ayant jusque là toujours aidé Sato. Seulement voilà, même si cela ne représente que quelques millions de dollars, il n’est plus question pour les firmes japonaises de gaspiller des dollars…qu’elles n’ont plus.

Du coup, à qualité égale à leurs yeux, il était plus simple pour le patron de l’écurie Toro Rosso, Franz Tost, de poursuivre avec Bourdais, même si l’estime qu’il lui porte est loin d’être au zénith. Ils ont aussi réalisé chez Toro Rosso que le Français est un bon metteur au point, à défaut d’avoir un style de pilotage qui s’adapte à toutes les voitures, comme on a pu le constater l’an passé dès l’arrivée de la nouvelle monoplace, alors qu’il avait fait très bonne figure avec l’ancienne. Ils ont enfin tenu compte du fait que Bourdais va courir avec des pneus slicks, dont tous les techniciens disent qu’ils conviendront au pilotage du pilote manceau. Bref, sans argent, Sato qui n’est ni Hamilton, ni Alonso , ni Raikkonen ou Massa, ne pesait pas plus lourd que Bourdais, et avait le désavantage de ne pas connaître l’écurie.

Voilà donc la France avec au moins un pilote sur la grille de départ des grands prix 2009. C’est une bonne chose parce que la France est quand même un pays pionnier dans le sport automobile. En effet, outre l’organisation des 24 heures du Mans depuis 1923, plus grande épreuve d’endurance du calendrier, notre pays a été un des 6 pays ayant organisé un grand prix (à Reims avec une victoire de Fangio) lors de la création en 1950 du championnat du monde des conducteurs. La France enfin, a remporté  79 victoires en grand prix ce qui la situe au 4è rang derrière la Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Brésil,  avec Trintignant (2), Cevert (1), Beltoise (1),  Laffite (6), Depailler (2), Jabouille(2), Arnoux (7), Pironi (3), Prost (51), Tambay (2), Alesi (1) et Panis (1). Enfin, le moteur Renault a remporté 115 victoires, l’écurie elle-même ayant obtenu 35 victoires et 2 titres chez les constructeurs en 2005 et 2006.

Malgré tout dans ce monde impitoyable qu’est la F1, ces statistiques ne valent pas grand-chose comme en témoigne la disparition programmée du grand prix de France en 2009. Avec son grand argentier de 78 ans, Bernie Ecclestone, l’argent  prime la tradition, ce qui ne veut pas dire pour cela qu’il faut s'interdire d'organiser des grands prix ailleurs qu’en Europe. Au contraire quand ceux-ci ont lieu sur de vrais circuits comme à Sépang, à Shangai ou Barhein, c’est une excellente  chose pour la discipline. En revanche quand il s’agit de faire défiler les F1 dans les rues de Singapour c’est tout autre chose, et ce n’est pas moi qui le dit, mais le président de Ferrari.

Pour en revenir à Bourdais, cela fait quand même quelque chose de penser qu’il sera le seul Français en compétition, alors que nous avons eu jusqu’à 7 pilotes en Formule 1 dans les années 80 (en 1985). Cela étant depuis la retraite de Panis en 2004, nous n’en avions plus un seul jusqu'en 2008, mis à part quelques piges faites par Franck Montagny en 2006 sur une super Aguri. Ne nous plaignons donc pas, même si nous avons l’impression de retourner des décennies en arrière, comme en 1960 où nous avions un seul pilote participant au championnat du monde, l’inusable Trintignant sur Ferrari, après la mort de Jean Behra.

Un très grand pilote que ce Niçois au sang chaud, qui avait été obligé de quitter l’écurie Ferrari quelques mois après l’avoir intégrée…parce qu’il avait giflé son directeur sportif Tavoni, après un abandon au grand prix de Reims. C’est dommage, car sans cette faute Behra n’aurait pas été licencié par la Scuderia,  et  aurait disputé le 2 août le grand prix d’Allemagne sur le circuit de l’Avus, au lieu de prendre part à une course de voitures de sport qui lui sera fatale sur ce même circuit le 1er août 1959. A quoi tient parfois le destin ? A une bêtise, alors qu’une belle fin de carrière s’ouvrait devant lui. 

Pour mémoire, si les Ferrari n’avaient guère brillé jusqu’au grand prix de France à Reims, elles retrouvèrent leur compétitivité à partir de ce grand prix d’Allemagne où elles prirent les 3 premières places, avec au moins un pilote sur le podium dans les 3 courses suivantes. Les pilotes Ferrari terminèrent à la 2è place du championnat du monde 59 avec Tony Brooks, et à la 4è avec Phil Hill, qui sera champion en 1961. En 1959 le titre revint à Jack Brabham, qui renouvellera son succès en 1960 grâce notamment à l’adoption  depuis 1958 du positionnement à l’arrière du moteur  de sa Cooper-Climax, innovation rejetée par Enzo Ferrari, lequel prétendait que  « ce n’est pas le chariot qui tire le bœuf ». Ferrari l’adoptera quand même en 1961, après avoir passé un an à préparer une nouvelle voiture , surnommé "nez de requin", avec un nouveau moteur V6, ce qui lui permettra de prendre les 2 premières places au championnat. Ah si Behra n'avait pas été aussi impulsif !

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