24.02.2009
On les appelait les B.B.

Le monde du cyclisme les appelait les B.B., tellement leur carrière les a unis, sauf sur un point, le palmarès. En effet si l’un, Louison Bobet, est considéré comme un des plus grands coureurs de tous les temps, l’autre n’a été qu’un gregario…de talent. Cela étant des équipiers comme Barbotin on n’en a pas trouvé énormément dans le monde du vélo, surtout avec l’efficacité qui était la sienne.
Parfois l'équipier est aussi celui qui est chargé de lancer le sprint afin de placer le sprinter de l’équipe dans les meilleures conditions, ce qui lui interdit presque toujours de revendiquer la victoire à titre individuel. Voilà pourquoi un équipier gagne généralement peu de courses, même si certains coureurs ont pu se confectionner, malgré ou à cause de leur condition, un joli palmarès. En tout cas l’équipier modèle reste un élément très recherché du peloton.
Tous les grands champions du passé et du présent ont eu à leur coté un coureur qui assumait ce rôle très difficile d'équipier dévoué. Celui-ci aide son champion non seulement à lutter contre les adversaires, mais aussi le protège contre lui-même quand la nécessité s'en fait sentir. Je ne veux pas les citer tous, mais ceux qui ont connu le vélo dans les années 50 et 60 savent le rôle qu’ont pu avoir des coureurs comme André Darrigade et Jean Stablinski auprès de Jacques Anquetil. Cela ne les a pas empêché de remporter quelques grandes courses comme le championnat du monde, ce que leur maître et leader n’a jamais pu faire.
Plus tard dans la décennie 80, un autre immense champion français, Bernard Hinault, aura avec Le Guilloux un modèle d’équipier un peu différent parce que celui-ci avait fait abstraction quasi totale de ses chances, ce qui lui vaudra de terminer sa carrière professionnelle avec seulement 8 victoires dans des courses sans prestige, sauf peut-être l’Etoile de Bessèges qui marquait à l’époque l’ouverture de la saison. Un peu avant, au début des années 70, un autre coureur très méconnu, De Schoenmaecker, aura un rôle très important auprès du grand Eddy Merckx, notamment en montagne, et lui aussi finira sa carrière avec un palmarès famélique (4 victoires), malgré une victoire d’étape dans le Tour de France. Mais au fond le vrai équipier, dans l’imaginaire public, n’est-ce pas quelqu’un comme Le Guilloux et De Schoenmaecker ?
Pierre Barbotin faisait partie de cette catégorie de coureurs prêts à se dévouer corps et âme pour son leader. Il ne remportera au total que 13 courses, dont un Critérium National, mais il forma aux dires de tous les suiveurs un tandem très redoutable avec Louison Bobet, au point que certains ont regretté qu’il n’ai jamais réellement voulu défendre ses chances. Il ne faut pas oublier qu’il a terminé 2è de Milan-San Remo en 1951, derrière son leader, mais aussi 6è du Tour de France cette même année. A cela s’ajoute une 2è place à Manche-Océan (épreuve contre la montre) en 1949, mais aussi au Grand Prix de Suisse en 1950, et enfin à Paris-Nice en 1956. Barbotin était donc un coureur complet, à la fois bon rouleur et honnête grimpeur.
Depuis la semaine dernière Pierre Barbotin a rejoint Louison Bobet ( décédé en 1983) au paradis des champions cyclistes. Il y retrouvera aussi d’autres grands leaders comme Bartali, Coppi, Koblet, Rivière, Anquetil, Ocana ou Charly Gaul pour ne citer qu’eux. Mais il y aura aussi nombre d’équipiers tout aussi méritants que la postérité n’aura pas retenus, par exemple Marcel Ernzer le fidèle lieutenant de Charly Gaul, et Fabio Casartelli décédé en 1995, à l’époque équipier de Lance Armstrong. Eux aussi auront contribué à leur façon à faire du cyclisme ce merveilleux sport populaire, qui intéresse chaque année des millions de spectateurs sur les routes des cinq continents.
Michel Escatafal
09:52 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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