13.02.2009
Les routiers-sprinters, une catégorie à part
Aujourd’hui nous allons parler vélo car la saison est déjà commencée et les premières tendances se font jour, notamment pour ce qui concerne les routiers-sprinters. Ces coureurs sont à part dans la mesure où, généralement, ce sont eux les grands pourvoyeurs de victoire, même si les connaisseurs savent faire la différence entre une victoire dans une autre grande classique du calendrier, et 5 victoires dans des épreuves de deuxième catégorie. Il n’empêche, de nos jours toutes les équipes se battent pour avoir dans leurs rangs un grand sprinter. De plus, compte tenu de l’exposition des grands tours dans les médias, une victoire d’étape au Tour de France ou au Tour d’Italie est très importante pour les sponsors, ce qui permet aux coureurs les plus véloces de négocier des contrats avantageux pour eux…et pour ceux qui sont chargés de les emmener dans les meilleures conditions aux arrivées.
Mais aujourd’hui quels sont ceux qui font rêver les sponsors ? Leur nombre est inversement proportionnel aux victoires qu’ils remportent dans une année. Cela signifie qu’il y a en fait 5 ou 6 coureurs qui dominent le reste de la troupe. Le premier d’entre eux est très jeune (pas encore 23 ans) et probablement déjà le plus fort : il s’appelle Mark Cavendish qui s’est vraiment révélé aux yeux du grand public en remportant 2 étapes du Giro et 4 étapes du Tour de France. Plus que ses victoires, c’est la manière dont il a conquis ces succès qui a fait forte impression. Comme dit Silvio Martinello, champion olympique de la course aux points en 1996 à Atlanta, c’est un sprinter classique et « fulminate », ce qu’on pourrait traduire par foudroyant. N’oublions pas que Cavendish est aussi un remarquable pistard puisqu’il a été l’an passé champion du monde à l’américaine avec Wiggins.
Ensuite il y a sans doute Alessandro Petacchi, même s’il a certainement ses plus belles années derrière lui. Malgré tout il reste très dangereux et sera sans doute le principal rival de Cavendish cette année, notamment au Giro et dans quelques classiques où les routiers sprinters excellent comme Milan San Remo ou Paris-Tours, épreuves que Petacchi a déjà gagnées. Ce sont même les deux seules grandes classiques de son palmarès qui compte en tout 150 victoires dont 24 dans le Tour d’Italie. En tout cas Petacchi semble déjà très satisfait de son nouveau train LPR, qui compte dans ses rangs d’excellents coureurs comme Bosisio, Bernucci et Cucinotta.
En troisième position nous placerons Tom Boonen, sans doute un peu moins véloce naturellement que ses deux rivaux mais plus complet qu’eux, ce qui signifie qu’il est capable de battre n’importe qui après 250 ou 260 km de course dans un Tour des Flandres, ou un Paris-Roubaix. C’est le plus rapide des meilleurs dans les courses d’un jour et les grandes classiques. A ce titre, Boonen est celui qui s’apparente le plus aux grands sprinteurs du passé, ce qui n'est pas le cas de Bennati que je classerais en 4è position.
Bennati a remporté l’an passé 3 étapes du Giro et son sprint ressemble à celui de Petacchi, un ton en dessous. C’est un sprinter long, très dangereux pour les meilleurs et cette année il sera un protagoniste important au Tour d’Italie et dans les semi-classiques italiennes. Tout comme le sera Robbie Mac Ewen qui a démarré sa saison sur les chapeaux de roue et qui s’exprime généralement le mieux sur le Giro et en fin de saison. Il a notamment remporté 5 fois la classique Paris-Bruxelles entièrement plate. Sa vélocité peut se comparer à celle de Cavendish, mais il lui manque quand même quelque chose pour être considéré comme une authentique star, alors qu’il a souvent battu tous les meilleurs, notamment Petacchi. Enfin on n’oubliera pas dans cette galerie dorée Oscar Freire, coureur véloce et puissant, capable dans ses meilleurs jours de battre n’importe qui…notamment à l’arrivée du championnat du monde qu’il a remporté 3 fois (1999,2001,2004), mais aussi à Milan-San Remo où il franchit la ligne victorieusement à 2 reprises.
Cela étant peut-on comparer ces sprinters à ceux du passé ? L’exercice est toujours difficile, même s’il y a des similitudes entre les coureurs des deux époques. Mais quels sont les sprinters qui ont marqué l’histoire au cours des décennies précédentes ? Nous allons essayer d’en citer quelques uns parmi les plus marquants, notamment ceux qui ont un palmarès fourni avec de nombreuses victoires dans les grandes classiques. Le premier nom qui me vient à l’esprit est celui de Rik Van Steenbergen dont le palmarès s’orne de nombreuses victoires dans la plupart des classiques, y compris la Flèche Wallonne, réservée essentiellement aux routiers capables « de passer les bosses ». Il a porté à 3 reprises le maillot arc-en-ciel (1949, 1956 et 1957) et fut un excellent pistard, avec de nombreuses victoires dans les six jours où sa vélocité faisait merveille…ce qui l’a empêché aussi de glaner d’autres succès sur la route.
Ensuite je pense à Miguel Poblet, coureur espagnol très complet capable de gagner le Tour de Catalogne, le Midi Libre, deux Milan-San Remo (1957 et 1959), mais aussi plusieurs six jours. Il était aussi très véloce, et fut un grand rival pour Van Steenbergen et Van Looy. Ce dernier était un coureur extraordinaire, le seul dans l’histoire du vélo à avoir gagné toutes les classiques. Coureur surpuissant, il attaquait sans cesse et ses sprints étaient irrésistibles bien emmenés par sa garde rouge de l’équipe Faema. Sa puissance lui a permis de battre des coureurs comme Poblet, Darrigade, de Bruyne ou Vannitsen intrinsèquement plus rapides que lui.
Un autre coureur belge figure aussi parmi les meilleurs sprinters, Freddy Maertens, 2 fois champion du monde en 1976 et 1981 et vainqueur de plusieurs grandes classiques comme Tours-Versailles (Paris-Tours), Gand-Wevelgem ou l’Amstel. C’était aussi un coureur très complet puisqu’il remporta le Grand prix des Nations (c.l.m.) et le Tour d’Espagne. L’Irlandais Sean Kelly lui succèdera dans les années 80 avec un palmarès encore supérieur, même s’il n’a jamais été champion du monde, où l’on retrouve la plupart des classiques mais aussi le Tour d’Espagne en 1988 et 7 Paris-Nice.
Enfin, dans les années 90 et au début de la décennie actuelle, le roi du sprint s’appellera Mario Cipollini. Il fut lui aussi une sorte de précurseur avec son train d’équipiers qui l’amenaient jusqu’à 300 mètres de la ligne, où comme Petacchi il lançait vraiment son sprint, le plus souvent victorieusement. Son palmarès en témoigne qui compte plus de 180 victoires, dont 42 étapes du Giro. Il fut aussi champion du monde en 2002, mais ses victoires dans les classiques se limitent à 3 Gand-Wevelgem et un Milan San Remo, ce qui lui interdit toute comparaison avec les plus grands.
Bien d’autres coureurs mériteraient à des titres divers de figurer dans ce groupe dont quelques uns figurent parmi les plus grands, mais on ne peut pas les cataloguer comme de purs sprinters. Parmi eux je citerais Louison Bobet capable de battre Van Steenbergen et de Bruyne dans un Paris-Roubaix (1956), Eddy Merckx redouté des meilleurs sprinters qui a gagné 7 Milan San Remo, sans oublier Bernard Hinault vainqueur d’un sprint massif à l’arrivée du Tour de France sur les Champs Elysées en 1982. Cela dit, ces trois-là étaient ce que l’on appelle des campionissimi et ils excellaient sur tous les terrains (sprint, montagne, c.l.m.), ce qui n’était pas le cas de Janssen, Moser, de Vlaeminck, Saronni, Jan Raas ou Zabel, même s'ils étaient des coureurs complets.
Michel Escatafal
21:04 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

Ecrire un commentaire