12.02.2009

Un sport qui a besoin de remonter la pente

killy et perillat.jpgM. Goitschel et A. Famose.jpgAujourd’hui j’aimerais parler de ski, même si j’avoue humblement que je ne connais pas bien ce sport…car je n’en ai jamais fait. Certes, je connais assez bien son histoire, notamment celle ayant trait à l’époque où la France dominait le ski alpin avec Killy, Périllat, les soeurs Goitschel, Annie Famose etc., mais c’était il y a tellement longtemps que l’on commence un peu à l’oublier, d’autant que depuis l’apothéose des années 1966 (16 médailles sur 24 possibles aux championnat du monde) à 1968, on n’a plus jamais retrouvé dans notre pays une génération comme celle-là. De plus, comme j’aime bien la tradition dans le sport, j’avoue que j’ai du mal à suivre l’évolution du ski vers toujours plus d’épreuves, comme si celles qui existaient il y a quelques décennies n’étaient pas suffisantes.  

 

Combien de médailles auraient eu aux J.O. ou aux championnats du monde avec toutes les épreuves d’aujourd’hui, les skieurs ou skieuses dont je viens de parler, mais aussi Toni Sailer le seul avec Killy (en 1968 à Grenoble) à avoir gagné la descente et les deux slaloms aux J.O. (Cortina d’Ampezzo en 1956). On a l’impression que, comme en natation, il faut sans cesse rajouter quelque chose pour intéresser les gens. Mais est-on certain pour autant qu’on y arrivera ? Là est toute la question. Pour ma part je n’y crois pas, car autrefois (fin des années 50 et années 60) on savait qu’il y avait la descente, le slalom et le slalom géant, plus le combiné qui était la moyenne des trois. Et je trouvais que c’était une bonne formule, même si je n’ai toujours pas compris pourquoi on ne décernait pas un titre olympique au vainqueur du combiné des Jeux Olympiques. En effet, celui qui remportait le combiné avait simplement droit à l’appellation « champion du monde du combiné », comme Guy Périllat en 1960, qui avait remporté le combiné aux Jeux Olympiques de Squaw Valley. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

 

Aujourd’hui des titres il y en a à foison avec la descente, le super G, le combiné, le slalom, le slalom géant. Même la Coupe du Monde souffre de cette inflation de courses, car pour décerner une victoire au combiné il faut que les concurrents disputent un slalom et une descente, alors qu’on pourrait imaginer sur un week-end un mini championnat avec une configuration descente-slalom ou descente-géant, le combiné revenant au meilleur classement sur l’ensemble des deux épreuves. Tout le monde s’y retrouverait et la Coupe du Monde voudrait dire quelque chose et attirerait les télévisions, ce qui n’est pas le cas. On a même inventé une compétition par équipes aux championnats du monde…qui cette année n’aura pas lieu en raison des conditions météo. Dommage, car comme cette compétition n’intéresse pas beaucoup les grandes équipes on aurait peut-être eu une médaille.

 

En disant cela je ne suis peut-être pas très gentil, mais pour un pays doté de cinq massifs montagneux avec dans chacun de nombreuses stations de ski, voir que nous allons finir ces interminables championnats du monde organisés en France avec 2, 3 ou 4 médailles c’est quand même très peu. Il est vrai que quand on entend les gens de la fédération nous dire que 2 médailles ce serait très bien, et 3 un exploit, alors qu’il y en a une trentaine en jeu, c’est déjà montrer qu’on n’a pas beaucoup d’ambition. On est quand même plus ambitieux chez les nageurs. Et ça paie, car les Français y brillent de mille feux tant chez les hommes que chez les femmes. Il est vrai que la natation s’est depuis longtemps organisé pour le haut niveau, alors que le ski donne depuis des années une impression de grand bricolage… qui explique que n’avons plus de champions capables de gagner à la fois des titres planétaires (ce qui arrive parfois) et des manches de Coupe du Monde.

 

Enfin un dernier mot pour noter que les cérémonies protocolaires sont parfaitement ridicules, avec ces podiums où l’on voit les skieurs ayant du mal à saluer leurs supporteurs parce qu’ils exhibent leurs marques de ski qui, entre parenthèse, se mélangent avec la cohorte des sponsors inscrits sur leur combinaison, leur bonnet, les gants ou en arrière plan. Au moins pour la cérémonie protocolaire, ce serait quand même mieux que ces jeunes gens arrivent sur le podium avec leur combinaison, voire leur bonnet, mais rien de plus, d’autant qu’à l’arrivée les médaillés ont été déjà photographiés en long et en large. Bref, voilà un sport très télégénique qui mérite sans doute beaucoup mieux que ce que les fédérations en ont fait…au point de le dévaloriser à un point qu’il lui sera difficile de remonter la pente. Ils devraient penser que les sports les plus médiatisées sont ceux où la tradition est plus forte encore que n’importe quel sponsor (football, rugby, cyclisme…). Que serait le football sans la Coupe du Monde, le rugby sans le Tournoi, le vélo sans le Tour et le Giro ? Pas ce qu’ils sont en tout cas et pour eux, crise ou pas, les sponsors sont toujours là.

 

Michel Escatafal

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