13.12.2008
Le Ballon de Plomb, une curieuse distinction

Je finis par croire que je suis dépassé par ce qui arrive dans le sport. En effet, dans la plupart des journaux apparaît une information disant que Piquionne, l’attaquant lyonnais a eu …le Ballon de Plomb. Je regarde par curiosité ce dont il s’agit, et on me dit que c’est une distinction des lecteurs des Cahiers du football consacrant le joueur le plus décevant de l’année. Pourquoi pas, même si on peut s’interroger sur la nécessité de désigner un joueur qui a déçu, ne serait-ce que parce que ce joueur en est sans doute le plus malheureux. De plus, il y a déception et déception, et dans le cas de Piquionne on ne voit pas trop bien, sauf blessure, comment il aurait pu jouer en 2008 en attaque dans l’équipe de l’Olympique Lyonnais, qui compte dans ses rangs l’avant-centre de l’Equipe de France et un international brésilien.
A la limite le reproche que l’on pourrait faire à Piquionne est d’avoir choisi de quitter Monaco pour rejoindre Lyon, sachant très bien que son temps de jeu serait nécessairement réduit. Toutefois en faisant cela, il n’a fait qu’imiter nombre de joueurs qui se croient plus forts qu’ils ne le sont en réalité et qui rejoignent un grand club…pour cirer le banc. Nombre de jeunes espoirs sont passés par là et ils y ont laissé leur carrière. Pour un Kopa, un Platini, un Zidane, un Henry, un Viera ou un Ribéry combien d’Alladière, de Meghni, de Butelle ou de Le Tallec.
Et encore quand Henry est parti de Monaco pour rejoindre la Juventus il n’a fait que des bouts de matches, ce qu’on a oublié depuis longtemps parce qu’il a explosé tous les records avec Arsenal. Cela dit si cette distinction existait en Espagne, je parie qu’il en aurait été le lauréat l’an passé malgré la vingtaine de buts qu’il a marqué pour le Barça. Les Espagnols et les Catalans ont été, en effet, très durs avec lui, oubliant simplement qu’il ne jouait pas à son vrai poste, ce qui ne l’a pas empêché d’être quand même efficace. Combien d’attaquants excentrés ont marqué 20 buts au cours de la saison 2007-2008 ? Peut-être aucun autre, et pour la saison encours il en est à 9 buts pour 18 matches, en Liga et en Ligue des Champions.
Le cas de Johan Gourcuff est un peu différent, même si son passage à Milan a été assez calamiteux. Heureusement pour lui, les Girondins ont une gestion rigoureuse de leurs finances, et ils ont enrôlé Gourcuff sous forme de prêt avec option d’achat de 15 millions d’euros. A ce propos, on se demande bien pourquoi les dirigeants du Milan AC ont demandé un montant aussi élevé pour lever l’option sur un joueur qui ne jouait pas ou très peu. Sans doute qu’ils se sont dits qu’ils allaient faire une belle affaire en cas de réussite de Gourcuff aux Girondins.
Seulement ils n’imaginaient pas qu’il ferait aussi bien et aussi vite dans son nouveau club et en Equipe de France, et du coup il est difficile d’imaginer que les Girondins ne lèvent pas avant le 30 avril l’option qu’ils ont dans le cadre du prêt de Gourcuff. Tant mieux pour Bordeaux, et bien fait pour le Milan AC…en espérant que les Girondins ne cèdent pas Cavenaghi pour garder Gourcuff. En tout cas Laurent Blanc veut absolument garder les deux, et on le comprend.
Mais revenons à cette idée loufoque de Ballon de Plomb. Quand un joueur est-il réellement décevant ? Quand il reste un an dans un club sans jouer ? A voir. S’il ne joue pas c’est peut-être parce qu’on ne lui a pas donné sa chance, comme dans le cas de Gourcuff à Milan. Cela peut-être aussi une question d’adaptation. Quand le Paris Saint-Germain a recruté Rai en 1993, il était le meilleur joueur brésilien. Tout le monde attendait de lui monts et merveilles, et la première année ce ne fut que déceptions. Néanmoins cela ne dura pas, car une fois adapté à son nouveau club il en deviendra un des plus brillants, au point d’être considéré comme le meilleur joueur qu’ait eu le club parisien devant des artistes comme Dalheb, Susic, Rocheteau, Valdo ou Weah. Imaginons qu’on lui ait donné, si cela avait existé, le Ballon de Plomb en 1993. Les promoteurs de cette distinction auraient eu bonne mine.
L’histoire de Rai me fait d’ailleurs penser à celle de Ballack à Chelsea qui, après des débuts transparents, est devenu aujourd’hui un rouage essentiel de son équipe, au contraire de Chevtchenko (Ballon d’Or en 2004) qui n’a jamais pu digérer son départ du Milan AC, où il était une superstar. Et pour son retour cette année dans le club de Silvio Berlusconi il ne fait guère mieux qu’à Chelsea, puisqu’en 14 matches de championnat et de Coupe de l’UEFA il n’a marqué qu’un seul but. Dans son cas, cela fait plusieurs années qu’il mériterait le super Ballon de Plomb.
Un autre immense joueur aurait mérité cette distinction…en 1959. Il s’appelait Valdir Pereira, plus connu sous le surnom de Didi. Dans la foulée de sa remarquable Coupe du Monde victorieuse en 1958, le génial meneur de jeu des Brésiliens signa au Real Madrid un an plus tard. Il n’y resta pas longtemps car il ne pouvait pas jouer avec Di Stefano, contrairement à Raymond Kopa capable de jouer avec bonheur au poste d’ailier droit. Cette concurrence avec le maestro hispano-argentin dégénéra, et Didi repartit au Brésil un an après en ayant disputé seulement 19 matches pour 6 buts marqués. Une telle performance aurait été saluée pour beaucoup d’autres joueurs, mais elle se révéla insuffisante pour Didi qui était à coup sûr un des trois meilleurs avec Di Stefano et Kopa. A noter qu’au Real, cette année là, il y avait aussi Puskas. C’était une vraie galaxie, et contrairement à l’équipe des Galactiques des années 2004 ou 2005, ce Real là gagnait tout.
Michel Escatafal
07:49 Publié dans football | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sports

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