29.11.2008

Le cyclocross revient à la mode…

robic.jpgnys.jpgPour tous les profanes qui sont sur le bord des routes à l’occasion des courses cyclistes, le cyclisme sur route est seul ou presque à exister. Tout juste si l’on sait qu’il existe aussi d’autres disciplines telles que la piste, le cyclocross, le VTT depuis le début des années 90 et dernièrement le BMX. Aujourd’hui nous allons parler du cyclocross qui reste une discipline majeure du cyclisme, même si aux yeux de certains il s’agit de courses d’un autre âge. Ceux-là ont tort car le cyclocross semble avoir de beaux jours devant lui, ne serait-ce qu’en raison des facilités d’organisation qu’il offre, sans commune mesure avec la route. De plus, il permet à nombre de coureurs limités  sur la route ou la piste de s’exprimer avec bonheur de la Toussaint à la fin du mois de février.

Par ailleurs le fait de voir les épreuves de cyclocross se disputer sur les chemins de terre, dans les prairies ou les sous-bois, donne une idée « verte » du cyclisme contrastant avec les multiples voitures suiveuses qui se déplacent à l’occasion des grandes épreuves routières. Bref, le cyclocross pourrait bien revivre un âge d’or comme il en a connu il y a quelques décennies, à la condition toutefois de savoir « se vendre » pour affronter la concurrence du VTT. Cela passe aussi peut-être par la présence de quelques professionnels de renom qui décideraient de « faire la saison de cyclocross » pour préparer la saison sur la route, comme cela se faisait il y a quelques décennies pour certains. Cela étant la saison routière commençant de plus en plus tôt, la plupart des professionnels hésitent à se lancer dans l’aventure.

Et c’est bien dommage, car j’ai découvert qu’un coureur comme le Belge Sven Nys, champion du monde en 2005 et sans doute le plus complet des spécialistes actuels, arrivait à gagner chaque année près d’un million d’euros en disputant une trentaine d’épreuves. Cela étant, même s’il était capable de briller sur la route comme l’affirment tous les spécialistes, il ne pourrait pas rivaliser avec Contador ou Cunego. D’ailleurs lui-même en est bien conscient, et c’est pour cela qu’il profite à fond de sa rente de situation actuelle, d’autant que la discipline marche très bien dans des pays comme la Belgique, la Hollande, voire la Suisse… et les Etats-Unis, pourtant inventeurs du VTT. D’ailleurs Nys n’est pas le seul coureur à bien vivre de son sport, car de nos jours le cyclocross arrive à faire vivre très convenablement plus d’une trentaine de coureurs, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant.

Mais au fait depuis quand le cyclocross est-il devenu une discipline organisant ses championnats du monde ? Depuis 1950, et le premier à porter le maillot arc en ciel fut un Français, Jean Robic le célèbre « Biquet » qui ne l’oublions- pas remporta le Tour de France en 1947. Il est d’ailleurs le seul dans ce cas, comme il est aussi un des seuls à avoir réussi une belle carrière dans les deux disciplines. Par exemple les deux Français qui lui succédèrent au palmarès, Rondeau de 1951 à 1953 et Dufraisse de 1954 à 1958 étaient en effet essentiellement des spécialistes des sous-bois, tout comme nombre de coureurs champions du monde, tels que Longo, Zweifel, Liboton et plus près de nous Vervecken et De Clercq, pour ne citer que les plus titrés. Un autre Français remporta le titre en 1993, Dominique Arnoult, mais lui aussi était meilleur dans les cyclocross que sur la route.

Cela dit, outre Jean Robic, il y eut quand même quelques grands champions qui réussirent une belle carrière dans les deux disciplines. Chronologiquement nous citerons Rolf Wolfsholl qui fut 3 fois champion du monde de cyclocross entre 1960 et 1963, mais aussi vainqueur du Tour d’Espagne en 1965 et de Paris-Nice en 1968.  Ensuite il y eut Roger de Vlaeminck, moins fort que son frère Eric en cyclocross (7 fois champion du monde entre 1966 et 1973), mais au palmarès nettement supérieur sur la route. Pour mémoire Roger de Vlaeminck, champion du monde de cyclocross en 1975, remporta quasiment toutes les grandes classiques du calendrier dont 4 Paris-Roubaix et 3 Milan San Remo, plus un Tour de Suisse. Enfin dans cette galerie des champions brillant l’été comme l’hiver, il ne faut pas oublier Arie Van der Poel, le gendre de Poulidor, qui fut champion du monde de cyclocross en 1996, mais aussi vainqueur de plusieurs grandes classiques comme le Tour des Flandres en 1986, Liège-Bastogne-Liège en 1988 ou l’Amstel Gold Race en 1990. Enfin n’oublions pas Pascal Richard le Suisse qui fut à la fois champion olympique (1996) et champion du monde de cyclocross en 1988.

Cependant, répétons-le, ces champions sont surtout l’exception qui confirme la règle. Un autre pourrait s’inscrire un jour dans cette galerie dorée, le jeune coureur tchèque Roman Kreuziger qui a remporté cette année le Tour de Suisse, mais qui fut en 2004 deuxième des championnats du monde junior. Ce jeune homme a beaucoup de classe, et l’envie d’en découdre avec les coureurs des prairies est toujours forte, d’autant que le championnat du monde aura lieu en 2010 en République Tchèque, chez lui. Et les Français de nos jours ? Et bien nous avons deux excellents coureurs, Mourey et Gadret qui peuvent eux aussi prétendre porter un jour le maillot arc-en-ciel en cyclocross. Cela étant, ils n’ont pas la classe sur la route de Kreuziger qui sera sans doute un des cracks de demain, peut-être même dès cette année. En tout cas faire du cyclocross l’hiver tout en menant sa carrière de routier le reste du temps n’est pas incompatible sur quelques saisons, aux dires même de Roman Kreuziger,  d’autant que le cyclocross est au même titre que la piste une discipline qui développe l’adresse sur un vélo.

Michel Escatafal

25.11.2008

Que celui qui n’a jamais péché, ou n’a jamais raté, lui jette la première pierre…

skrela.jpgDavid Skrela est aujourd’hui un des plus malheureux joueurs de rugby de France et de Navarre, parce qu’il a réussi samedi dernier contre l’Equipe d’Australie seulement 2 coups de pieds placés sur huit tentatives, sans oublier une tentative de drop ratée à une vingtaine de mètres face aux poteaux. Et c’est vrai que s’il avait réussi ce drop plus une seule pénalité en supplément, la France aurait gagné ce match. Tout cela ce sont des mathématiques, mais chacun sait que le sport n’obéit pas toujours aux lois des chiffres. Et bien entendu dans le rugby le buteur est le premier à être exposé aux critiques quand il rate.

Rien que pour cela ceux qui assistent à un match et qui se disent passionnés de ce sport, ne devraient jamais siffler un buteur y compris s’il a échoué dans ses deux ou trois premières tentatives, comme ce fut le cas des spectateurs du Stade de France. Oh certes tous ne sifflent pas, mais les sifflets étaient nombreux après un échec de Skrela. Je ne sais pas si les siffleurs ont joué au rugby ou s’il leur est arrivé d’avoir la responsabilité de botter les pénalités, mais pour ma part je ne peux pas imaginer que quelqu’un ayant pratiqué ce sport puisse siffler un joueur parce qu’il a la malchance de manquer quelques  coups de pied, a fortiori s’il lui est arrivé d’avoir à tenter un coup de pied pouvant donner la victoire ou provoquer la défaite.

J’observe d’ailleurs que les sélectionneurs et les anciens grands joueurs sont loin d’être aussi sévères avec David Skrela que ne le sont les spectateurs siffleurs. Et pour cause, ils savent bien que le buteur est investi d’une mission délicate qui réclame de l’indulgence en cas d’échec. Celle-ci est d’autant plus nécessaire qu’un bon buteur, comme l’est Skrela, tourne à 80% de réussite de nos jours. Par ailleurs, Skrela a eu la malchance de voir Jean-Baptiste Elissalde se blesser à Sochaux contre les Iles Pacifiques, ce qui privait le XV de France d’un autre buteur de calibre international au cas où. Là Skrela s’est retrouvé tout seul, et s’il a bu le calice jusqu’à la lie il a, malgré tout, remarquablement assumé.

Le plus rageant est que dans l’ensemble il a fait un bon match, comme l’a reconnu le sélectionneur Marc Lièvremont. Si Elissalde avait joué et l’avait remplacé après deux tentatives dans son rôle de buteur, il est quasi sûr que personne n’aurait reproché à Skrela ses deux échecs, et l’Equipe de France aurait battu l’Australie et aurait assuré sa place de tête de série pour le tirage au sort de la prochaine Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande. En fait la frustration de ceux qui aiment le rugby est là, et uniquement là. Tout le reste ce ne sont que billevesées, n’en déplaise aux sélectionneurs de salon et autres donneurs de leçon n’ayant jamais vu un ballon à moins de 50 mètres.

L’histoire de ce sport est pleine de grands joueurs ayant tout raté au cours d’un match important, mais on n’y a prêté attention qu’à partir du moment où le résultat a été négatif. Je me souviens pour ma part d’une finale de championnat de France entre La Voulte et Montferrand en 1970 où Guy Camberabero, grand buteur devant l’éternel, avait cet après-midi là tout manqué. Et pourtant qui s’en souvient ? Personne ou presque, parce que La Voulte avait gagné et avait été Champion de France. En revanche 4 ans plus tard, lors d’une finale entre Béziers et Narbonne, tout le monde se souvient du drop de Cabrol à la dernière minute qui donna la victoire à Béziers, et priva à tout jamais les Spanghero d’un titre de champion de France. Et des exemples comme ceux-là, dans un sens comme dans l’autre, nous pourrions en citer des centaines.

Parfois cependant ce n’est pas le buteur qui focalise toutes les rancoeurs en cas de défaite. Il peut arriver que ce soit un demi d’ouverture qui lance une attaque à proximité des 22 adverses, fasse une passe lobée à un de ses centres qui va amener un essai imparable et magnifique. Malheureusement cette passe n’arrivera jamais à son destinataire car une rafale de vent dévie le ballon, et celui-ci atterrit dans les bras du ¾ aile adverse… qui n’a plus qu’à faire un sprint de 80 mètres pour marquer un essai donnant la victoire à son équipe.

C’est ce qui est arrivé lors d’un match Pays de Galles-France à Cardiff en 1966. Le demi d’ouverture s’appelait Jean Gachassin et le centre à qui était destinée cette passe s’appelait André Boniface. L’interception fut l’œuvre de Stuart Watkins, l’ailier gallois, et le Pays de Galles battit la France 9 à 8. Pourtant un homme aurait pu sauver le XV de France de la défaite : l’arrière Claude Lacaze…qui manqua une pénalité certes pas facile (30 mètres à droite si je me souviens bien), mais dans les cordes d’un excellent buteur comme lui. Curieusement, personne n’a semblé en vouloir à Claude Lacaze, les critiques des sélectionneurs et des entraîneurs de cafés du commerce se focalisant sur la passe manquée de Gachassin à Boniface. Parfois le rugby est cruel, et il le fut d’autant plus qu’on ne vit plus jamais les frères Boniface et Gachassin ensemble en Equipe de France. Quelle tristesse pour tous ceux qui se faisaient une certaine idée du rugby !

Michel Escatafal

11:06 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

22.11.2008

Cela commence à devenir lassant…

armstrong.jpgcontador.jpgLance Armstrong commence à devenir lassant avec ses caprices de diva. Non seulement il revient dans le peloton, mais en plus il voudrait que ceux qui ne l’aimaient pas…se mettent à l’aimer après sa parenthèse de trois ans. Et bien non, il va falloir qu’il s’y fasse, il n’est pas le bienvenu pour tout le monde dans le microcosme du cyclisme, mais aussi chez nombre de spectateurs et de téléspectateurs. Tous ces gens lui reprochent en gros d’avoir refusé une nouvelle  analyse de ses échantillons suspects du Tour 1999. C’était pourtant une occasion idéale de prouver au monde qu’il n’avait rien à se reprocher. Tant pis pour lui.

En attendant il focalise l’attention du public en se répandant auprès des médias du monde entier contre le pays qui l’a fait roi. Que je sache si Armstrong a atteint une telle notoriété, c’est bien parce qu’il a gagné 7 Tours de France. Que je sache aussi, à l’époque il n’avait pas peur de venir courir dans notre pays, pas plus qu’il craignait pour sa sécurité. En fait si aujourd’hui Armstrong hésite autant à venir courir le Tour de France, c’est parce qu’il a peur de ne pas le gagner. Tout simplement.

Armstrong se connaît parfaitement et il a suivi pendant ces dernières années l’évolution du vélo. Il a vu arriver une génération de jeunes coureurs très forts et prêts à en découdre avec n’importe qui, y compris maintenant avec lui. Et c’est ça qui le dérange le plus, surtout dans la perspective du Tour de France. Dans le Tour d’Italie, il n’a pas ces soucis car il doute encore du retour complet et à son niveau antérieur d’Ivan Basso. Il sait aussi que Cunego ne sera jamais aussi fort dans les grands tours qu’il ne l’est dans les courses d’un jour, et le constat est le même pour Di Luca.

En revanche dans le Tour de France  il lui faudra dominer « à la pédale » Contador,  et là ce sera une autre histoire. En effet si Franck Schleck est surtout très fort en montagne, Contador est au moins aussi fort que Schleck en montagne mais  il est beaucoup plus fort contre la montre. Par ailleurs, dans le cas d’un duel fratricide entre les deux leaders d’Astana, tout indique que le peloton, les suiveurs et le public prendront parti pour le jeune crack espagnol. Il n’y a que dans l’équipe Astana où Armstrong sera au moins aussi bien servi que Contador puisque Bruynel  reconstitue peu à peu la célèbre équipe Discovery, comme en témoigne le dernier transfert en date, celui de Popovych le coureur ukrainien qui revient au bercail.

Du coup Armstrong ne cesse de semer le doute et fait semblant de se laisser désirer. En fait comme je l’ai dit ici même il y a quelques semaines, je prends le risque de dire qu’Armstrong ne courra pas le Tour de France. S’il le court il lui faudra le gagner, sous peine de perdre son aura et ce, même s’il gagne le Giro. C’est un très gros risque face à un adversaire du calibre de Contador qui, à 25 ans, a déjà gagné les trois grands tours. Sur ce plan, Armstrong est plus fin que ne le fut Hinault en 1986. Ce dernier en effet, après avoir remporté son 5è Tour de France en 1985 avait affirmé vouloir aider Lemond à gagner le Tour 86, ce qui était normal dans la mesure où Lemond aurait déjà pu gagner l'année précédente.

Il aida certes Lemond à gagner, mais chacun avait eu l’impression qu’il avait surtout essayé de gagner lui-même,  que ce soit dans la montée du Tourmalet ou dans la fameuse ascension  de l’Alpe d’Huez quand  les deux hommes franchirent ensemble la ligne d’arrivée, sans que l’on sache exactement si Hinault avait cherché à écoeurer la concurrence en menant un train d’enfer jusqu’à l’arrivée, ou bien s’il avait tout bonnement essayé de lâcher Lemond. Cela étant l’Américain plus jeune que son rival, leader, équipier, était très fort cette année-là et aurait gagné de toute façon.

Voilà ce que m’inspire les jérémiades de Lance Armstrong à propos du soi-disant désamour des Français vis-à-vis de son auguste personne. Son directeur sportif, Johan Bryunel, participe aussi de ce mouvement quand il affirme que tous les pays sont ravis du retour d’Armstrong. En disant cela il fait quand même preuve de beaucoup de mauvaise foi, car que je sache l’Allemagne ne veut pas entendre parler de son retour et ce n’est pas le seul pays. Cela étant  Bruynel sait ce qu’il fait. Il assure la publicité de son équipe et il espère qu’elle  gagnera sur tous les tableaux. A Armstrong le Giro et à Contador le Tour, et tout sera bien qui finira bien. Cela étant en sport les plus beaux calculs sont souvent déjoués. Qui aurait pensé avant sa maladie qu’Armstrong gagnerait le Tour, qui plus est 7 fois ? Personne.

Michel Escatafal

19.11.2008

La Celeste, un grand nom qui a du mal à le rester

gigghia.jpgschiaffino.jpgEn affrontant ce soir l’Uruguay, l’Equipe de France de football va rencontrer un des rares pays qui ont remporté plusieurs fois la Coupe du Monde. Sur ce plan le football uruguayen a un avantage sur le nôtre mais, apparemment, c’est bien le seul car en fait l’âge d’or du football de l’Uruguay est passé depuis bien longtemps. Et pourtant combien de grands joueurs sont sortis de ce petit pays de 3,5 millions d’habitants, comptant 187.500 licenciés, soit quasiment 12 fois moins que notre pays.

L’équipe d’Uruguay est appelé la Celeste avec son maillot rayé bleu ciel et blanc et ses shorts et bas noirs  Compte tenu de son palmarès elle est connue dans le monde entier car, outre ses 2 victoires en Coupe du Monde, elle a aussi remporté 14 Copa America et 2 fois les Jeux olympiques en 1924 et 1928. Elle affiche donc des références qui en font un des trois grands pays de football d’Amérique du Sud avec les incontournables Brésil et Argentine. Enfin comme ses deux voisins, elle a compté quelques uns des plus grands joueurs de tous les temps, même s’ils sont moins connus que les Brésiliens Didi, Pelé, Zico ou Ronaldo ou que les Argentins Kempes, Maradona ou Messi.

En fait l’Uruguay a surtout été un énorme réservoir de grands joueurs dans les années 50, dans la foulée de sa victoire en Coupe du Monde où l’Uruguay avait battu le Brésil dans le match décisif qui se disputait sur ses terres. On imagine la peine de tout un peuple qui n’a toujours vécu que par, pour et avec le football. Parmi ces super joueurs, on peut citer Ghiggia, Maspoli, Andrade (homonyme du meilleur joueur des années 20), Varela et sans doute le plus doué de tous, Schiaffino. Ce dernier a fait ensuite les beaux jours du Milan AC entre 1954 et 1960 et de l’AS Roma jusqu’en 1962. Il a aussi eu la particularité, comme Ghggia, d’avoir été international pour son pays d’origine l’Uruguay (21 fois), mais aussi pour son pays d’adoption l’Italie (4 fois). A l’époque il était permis de porter le maillot de plusieurs pays, même en ayant joué la Coupe du Monde.

Evidemment l’Uruguay n’a plus aujourd’hui de joueurs de ce calibre. Pour ma part je pense que le moule des très grands joueurs uruguayens s’est arrêté à Francescoli, que les Français ont bien connu dans les années 80 puisqu’il a joué quatre ans au Racing entre 1986 et 1989, et un an à Marseille entre 1989 et 1990, avant d’aller exercer ses talents en Italie à Cagliari et au Torino. C’était un magnifique technicien, reconnu de tous y compris de Zidane qui a donné à son fils le prénom de Francescoli, Enzo.

On comprend qu’à l’évocation de ces noms les Uruguayens soient nostalgiques du passé qui, contrairement à ses voisins sud-américains, Brésiliens et Argentins, ne se renouvelle pas. Aujourd’hui la Celeste compte quelques bons joueurs comme Forlan qui joue à l’Atlético de Madrid ou encore deux joueurs qui ont opéré en France sans trop de réussite, Cristian  Rodriguez qui ne s’est jamais imposé au PSG et Diego Perez qui a du mal à le faire à Monaco. Pas de quoi tomber à la renverse avec des noms pareils. Cela étant la grande Equipe de France, ou ce qu’il en restait en 2002, avait été éliminée par l’Uruguay. Donc méfiance pour notre équipe ce soir, face à un adversaire dont les joueurs auront à cœur de montrer leur valeur, même s’il ne compte pas dans ses rangs une seule super star.

A ce propos, on peut se demander pourquoi Domenech aime tellement rencontrer les Sud-Américains, puisque les Uruguayens viennent après l’Equateur, le Paraguay et la Colombie. Certaines mauvaises langues vont dire : « à vaincre sans péril…». Peut-être, mais avec  le prochain adversaire des Français, lui aussi Sud-Américain, l’Argentine ce sera une autre paire de manches. Là ce sera du lourd, comme on dit, ce qui permettra de juger Maradona comme sélectionneur. Pour ma part, je n’y crois pas trop car ce n’est parce qu’on a été un des meilleurs joueurs de l’histoire qu’on fait un bon sélectionneur. Si c’était le cas Platini aurait réussi avec l’Equipe de France au championnat d’Europe 1992, et Van Basten aurait gagné l’Euro 2008. Au moins en France, aujourd’hui, nous avons un sélectionneur qui a été un joueur besogneux. Ce n’est pas pour cela qu’il a mieux réussi jusqu’à présent.

Michel Escatafal

15.11.2008

Les Masters, une super finale?

lendl.jpgLe tournoi des masters de tennis, créé en 1970, était au départ une excellente idée qui est en train de s’effilocher par la faute d’un calendrier démentiel. On pourrait d’ailleurs en dire autant du Tournoi indoor de Bercy qui, lui aussi, vient trop tard dans la saison à une époque où les joueurs sont éreintés. D’ailleurs, pour ma part, je regrette que ce tournoi n’ait pas été considéré comme le Tournoi des « Maîtres » à sa première édition (1986), compte tenu de sa dotation et du nombre de spectateurs qui y assiste. De plus, cela aurait l’avantage de raccourcir la saison de deux semaines  pour les meilleurs, et de permettre à ceux qui sont qualifiés pour la finale de la Coupe Davis de se préparer plus sereinement. Apparemment tout cela paraît trop simple…et surtout moins lucratif.

Pendant des années le Masters a eu lieu aux Etats-Unis dans la 2è ou 3è semaine de janvier, à une époque où les Internationaux d’Australie avaient perdu de leur notoriété,  au point que nombreux étaient ceux qui voulaient les remplacer par le Masters pour le grand chelem. Heureusement il n’en a rien été et, aujourd’hui, la question paraîtrait tout à fait saugrenue. D’ailleurs comment ne le serait-elle pas, puisque les Championnats d’Australie ont un lustre quasiment équivalent à celui des autres tournois du grand chelem. Tant mieux dirais-je, car le sport se nourrit aussi de son histoire et les Internationaux d’Australie en  font pleinement partie puisqu’ils ont été créés en 1905. Il suffisait simplement que ses organisateurs trouvent une date meilleure que celle d’autrefois (période Noël-nouvel an) et qu’ils changent de surface, ce qu’ils ont fait depuis 1988.

Mais revenons au Masters pour dire que pendant longtemps il a vraiment rassemblé les meilleurs, et que ceux qui y participaient y venaient pour gagner. D’ailleurs cet évènement coïncidait avec le début de la saison, et c’est pour cela qu’on retrouve parmi les vainqueurs des joueurs comme Lendl (5 fois), Nastase (4 fois), Mac Enroe (3 fois), Borg (2 fois) ou Connors. Plus près de nous, Becker a gagné 3 fois, puis Sampras 5 fois et Federer 4 fois, ce qui est normal pour les deux derniers vu la domination qui était la leur.  Cela dit, depuis une quinzaine d’années, on trouve au palmarès plusieurs  joueurs qui ne sont pas parmi les meilleurs de l’histoire (Corretja, Nalbandian), preuve si besoin en était que la saison est trop longue et que ce tournoi, pour prestigieux qu’il soit, est le tournoi de trop dans la saison.

Cette année ce ne sera pas une finale entre les deux meilleurs joueurs de l’année qui sont l’un et l’autre à bout de force. Federer n’a participé que parce qu’il se sentait obligé d’y aller, en se disant que sur sa classe il arriverait peut-être à s’en sortir, ce qui ne fut pas le cas. Quant à Nadal, il a dû déclarer forfait après avoir fait une saison extraordinaire où il fut demi-finaliste à Melbourne, puis vainqueur à Roland-Garros et Wimbledon. Il a même déclaré forfait pour la finale de la Coupe Davis à propos de laquelle il y a de quoi s’inquiéter quand on voit l’état dans lequel se trouve Del Potro, lui aussi qualifié pour les Masters.

La situation est identique chez les féminines qui ont elles aussi leur Masters depuis 1972, la première victoire ayant été remportée par Chris Evert. Comme chez les hommes, les joueuses arrivent souvent blessées ou en proie à une grande fatigue. Ce n’est pas normal et à la limite je dirais que c’est un mauvais service que l’on rend au tennis, surtout quand les années bissextiles il y a les Jeux Olympiques qui prennent une place de plus en plus importante dans le calendrier.  Par ailleurs,  comme pour le tennis masculin, cette épreuve souffre aussi de ses fréquents déménagements notamment ces dernières années entre Munich, Los Angeles, Madrid et Doha, après avoir été à New-York entre 1977 et 2000.

En résumé, on s’aperçoit que la tradition reste quand même un élément très important pour un sport comme le tennis. Certes, il est heureux qu’il se soit internationalisé au cours des dernières décennies, avec  d’abord l’ouverture aux pays de l’Est européen qui fournissent aujourd’hui un fort contingent de grands joueurs, au masculin comme au féminin. Ensuite ce fut le tour des pays asiatiques, au point qu’il n’est pas impossible de voir dans les années à venir un vainqueur de grand-chelem chinois.  Après tout  la chinoise Na Li a bien été demi-finaliste du tournoi olympique,  et les chinoises Li Ting et Sun Tian Tian ont bien gagné la médaille d’or en double aux J.O. de Sydney en 2004.

Michel Escatafal

20:48 Publié dans tennis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

12.11.2008

Larry James est mort, mais on ne l'oubliera pas

james.jpgIl y a quelques jours nous avons appris une information qui est presque passée inaperçue, à savoir la mort de Larry James. Qui était ce Larry James dont nombre de jeunes n’ont jamais entendu parler, pour la simple raison qu’il est monté sur le podium aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968. Cela fait 40 ans cette année, comme cela fait 40 ans que Martin Luther King, qui avait prononcé en 1963 son fameux discours devant le Lincoln mémorial à Washington « I have a dream », est décédé. Et 40 ans après  ces évènements, les Etats-Unis viennent d’élire un président afro-américain.  Mais quelle est la relation avec Larry James ? Et bien Larry James, médaille d’argent du 400 m et médaille d’or du 4X400 m, a fait partie du trio qui était monté sur le podium avec un béret noir, afin de protester contre la ségrégation raciale qui sévissait aux Etats-Unis encore à cette époque. Que de chemin parcouru en quatre décennies !

Mais revenons à l’histoire de ces Jeux Olympiques à Mexico, dont le choix avait été très contesté du fait de l’altitude élevée de la capitale mexicaine (2300m), qui soumet les athlètes à un effort d’autant plus important que l’air contient 30% d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. Cela dit, si les performances sur les longues distances furent assez quelconques sur le plan chronométrique, elles furent en revanche extraordinaires dans le sprint court et dans les sauts. Cela donna quelques records du monde mythiques comme celui du 400m avec Lee Evans (43,86s) devant Larry James (43,97s), celui du 200m avec Tommie Smith (19,83s), et du 4X400m (2mn,56s,16c) composé de Matthews, Freeman, James et Evans. Bien d’autres records du monde furent battus comme celui du 100m avec Jim Hines (9,95s), ou de la longueur avec les fameux 8,90 m de Beamon, pour ne citer que ceux-là.

Si je n’ai pas cité tous les records, contrairement à mon habitude, c’est parce que l’histoire a surtout retenu de ces Jeux Olympiques le poing levé ganté de noir des athlètes noirs du 200m, Smith et Carlos, sur le podium pendant l’hymne américain. Ces deux athlètes portaient aussi autour du cou un foulard pour Smith et un collier pour Carlos, mais aussi des chaussettes noires. Par ailleurs, il faut aussi noter qu’ils avaient préparé leur coup avec la complicité de l’Australien Peter Norman, qui avait réussi l’exploit de s’intercaler à la 2è place entre les deux Américains, et qui leur avait demandé un macaron OPHR (Olympic project for human rights). Cette complicité assumée par l’athlète australien lui vaudra une reconnaissance éternelle auprès de Tommie Smith et John Carlos, au point qu’à sa mort en 2006 ils se rendirent à ses obsèques en Australie, et aidèrent à porter le cercueil de leur camarade.

Bien entendu après cette cérémonie de podium tellement particulière, les officiels américains et le président du CIO, l’Américain Avery Brundage, exclurent immédiatement Smith et Carlos du village olympique, ce qui provoqua l’ire des coureurs de 400m qui ne voulaient pas prendre le départ de l’épreuve. Finalement, à la demande de John Carlos, ils participèrent à l’épreuve et remportèrent les trois médailles, dans l’ordre l’or pour Evans, l’argent pour James et le bronze pour Freeman.  Comme je l’ai dit au début de mon propos, eux aussi se signaleront sur le podium en portant le béret noir des Black Panthers et en levant le poing. Ils renouvelleront le cérémonial  sur le podium du relais 4X400m qu’ils remportèrent quelques jours plus tard. Curieusement, on notera que si Smith et Carlos furent immédiatement bannis de la sélection américaine, ce ne fut pas le cas des coureurs de 400m. Pourquoi ? Nul ne le sait, à moins que la délégation américaine aux prises avec celle de l’Union Soviétique pour la suprématie sur le nombre de médailles, n’ait pas voulu se priver de celles quasi certaines des coureurs de 400m.

On le voit, la mort de Larry James méritait finalement de ne pas passer inaperçue, surtout aux yeux des plus jeunes d’entre nous, car c’est à partir de combats comme ceux-là que les Américains ont pu évoluer sur le plan de l’égalité raciale dans leur pays, au point d’avoir élu Barack Obama à la Maison Blanche. En tout cas, même si Larry James n’a pas sa statue sur un campus universitaire comme Smith et Carlos l’ont sur celui de San Jose, il mérite lui aussi une reconnaissance éternelle de la part des amoureux du sport et des combattants pour les droits de l’homme. Ce combat auquel il a participé vaut à lui seul beaucoup plus que ses médailles d’or et d’argent aux Jeux Olympiques et son record du monde du 400m.

Michel Escatafal

10.11.2008

Les boxeurs commencent à se prendre en charge

calzaghe.jpgParmi les boxeurs du 21è siècle,  il en est encore au moins un qui est toujours invaincu en 46 combats professionnels et après 18 ans de carrière.  Il s’agit du Gallois Joe Calzaghe, ancien champion unifié de la catégorie des super-moyens. C’est un des rares boxeurs à qui l’on peut décerner le titre de champion du monde (21 combats comptant pour un titre mondial), car il l’était pour toutes les fédérations qui comptent dans la boxe professionnelle.  De plus sur les 46 combats qu’il a disputés et remportés,  32 ne sont pas allés à la limite. Bref, un magnifique palmarès qui lui permet d’être comparé aux plus grands même si, ultime restriction, la concurrence n’est plus aussi sévère qu’autrefois. Il n’empêche, il est toujours considéré comme le meilleur mi-lourd actuel, toutes fédérations confondues.

Mais la comparaison avec les plus grands ne s’arrête pas là, puisqu’après avoir annoncé qu’il allait se retirer après avoir affronté un autre grand champion, Roy Jones, qu’il a battu sans problème samedi dernier, il a avoué n’être plus aussi sûr de « raccrocher les gants », comme on dit dans le milieu. Pourquoi ce revirement  alors qu’à son âge il n’a plus rien à prouver ? Tout simplement parce que Calzaghe, comme d’autres boxeurs avant lui, a décidé de prendre en main sa carrière et donc d’être moins à la merci des promoteurs…qui pensaient d’abord à leurs intérêts avant celui de leurs boxeurs.

Il n’était pas rare en effet de voir des boxeurs se lier pieds et poings avec un promoteur,  et ne disputer qu’un combat par-ci, par-là, alors qu’ils étaient totalement disponibles pour affronter un adversaire potentiel. En prenant en charge leur carrière, les meilleurs boxeurs peuvent de nouveau se lancer des défis comme autrefois, et s’affronter au besoin sans titre en jeu, comme cela a été le cas pour Calzaghe contre Roy Jones, et comme ce le sera pour De La Hoya contre Pacquiao début décembre. A propos de De La Hoya, c’est lui qui a véritablement lancé cette nouvelle mode en créant sa propre société,  et en organisant lui-même ses  combats et ceux de certains de ses meilleurs adversaires. Et comme c’est un grand champion qui affronte d’autres grands champions, c’est une affaire qui tourne…pour le plus grand plaisir des amateurs du noble art.

Du coup Calzaghe, qui a dit avant son combat contre Roy Jones que « la boxe n’avait pas besoin des promoteurs »,  voit s’ouvrir devant lui des perspectives d’autant plus intéressantes qu’il est incontournable non seulement dans son pays, la Grande-Bretagne, mais aussi aux Etats-Unis et ailleurs. Certes il serait trop cher pour les chaînes de télévision françaises, à supposer qu’elles veuillent retransmettre ses combats, mais en revanche il ne le serait point pour les chaînes américaines qui gagnent beaucoup d’argent avec ces grands combats, et en font gagner aussi aux boxeurs-promoteurs.

Tout cela en tout cas ne peut que redonner à la boxe sa crédibilité perdue. Aucune fédération n’osera prétendre empêcher deux boxeurs de s’affronter, surtout s’ils sont les meilleurs, alors qu’auparavant les promoteurs plus ou moins liés à une fédération avaient tendance à multiplier les combats déséquilibrés…de peur que leur boxeur vedette soit battu et ne perde de sa valeur marchande. C’était d’ailleurs un très mauvais calcul, car la boxe comme les autres sports a besoin de voir les meilleurs s’affronter, y compris sans titre mondial à la clé. C’est ce qu’ont compris les boxeurs-promoteurs, et le phénomène est en train de s’étendre. D’ailleurs s’il y a un grand vainqueur à l’issue d’un combat intense et de grande qualité, il y aura toujours une fédération qui donnera son label mondial à une éventuelle revanche.

Aujourd’hui outre De La Hoya, quelques détenteurs de titre mondial ont créé leur propre société. Il s’agit de David Hayes, champion des lourds-légers et des deux frères Klitschko, champions des lourds. C’est assurément, je le répète,  une excellente nouvelle pour ce sport magnifique qui pourra vivre de son présent, alors que depuis quelques décennies il vivait dans le souvenir des grands combats et des champions d’autrefois. Quand on évoque la boxe de qui parle-t-on en premier ? De Robinson, de Marciano, d’Ali, de Monzon, de Leonard ou d’Hagler, comme si ces légendes devaient être les derniers authentiques champions. Et bien peut-être que désormais Calzaghe, Pacquiao et leurs successeurs,  les rejoindront au Panthéon de la boxe.

Michel Escatafal

19:43 Publié dans boxe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

08.11.2008

Les Français n'aiment pas les gagnants

henry.jpgloeb.jpgComme chaque année à la même époque, le journal l’Equipe a fait réaliser un sondage pour déterminer quels sont les sportifs préférés des Français. Et comme il fallait s’en douter c’est un footballeur, Thierry Henry, qui a remporté la palme devant un autre footballeur, Ribéry, et l’icône féminine de la natation, Laure Manaudou. Ensuite viennent Tony Parker (4è) et Sébastien Chabal (5è). A noter que dans ce classement il n’y a pas moins de 10 footballeurs dans les 20 premiers, ce qui est un témoignage suffisant de l’engouement des Français pour le football. On comprend dans ces conditions que les deux nouveaux journaux, censés concurrencer le journal l’Equipe, parlent essentiellement de football, ce qui n’est sans doute pas le meilleur moyen de s’en démarquer. Mais ceci est une autre histoire dont j’aurai l’occasion de reparler.

Revenons donc à ce sondage pour constater que dans les 20 premiers, il n’y a pas un seul athlète (où sont Christine Arron, Doucouré ou Baala ?), même si cela n’est pas tellement étonnant dans la mesure où les chaînes en clair ne passent quasiment pas d’athlétisme en dehors des J.O., des championnats du monde et d’Europe.  Par ailleurs, si Laure Manaudou se situe en 3è position malgré ses piètres prestations à Pékin,  Alain Bernard en revanche qui a remporté la médaille d’or olympique dans l’épreuve reine, le 100m nage libre, ne se place qu’en 14è position. J’aurais pourtant imaginé que sa médaille d’or lui aurait donné une aura extraordinaire, dans la mesure où il s’agit du second sport olympique. Cela étant, là aussi, on ne voit guère plus de natation sur les chaînes de télévision en clair que d’athlétisme, si ce n’est encore moins.

Autre remarque, bien que ce sport figure à la 2è place en nombre de licenciés, que les Français se soient distingués dans plusieurs tournois importants du Grand Chelem et qu’ils soient 2 à être qualifiés pour le Masters, le tennis ne compte que deux représentants dans les 20 premiers de ce sondage : Amélie Mauresmo à la 8è place, ce qui est normal vu ce qu’elle a réalisé ces dernières années, et Monfils à la 20è place. Ce choix apparaît d’autant plus curieux que Monfils n’a rien gagné en 2008, alors que Tsonga et Simon sont dans le top 10 au classement et qu'ils disputent le Masters à partir de demain.

C’est la même chose pour le rugby avec Chabal, qui est certes un excellent joueur mais dont l’aura auprès du public est incommensurablement plus élevée que sa place dans la hiérarchie des meilleurs rugbymen. Cela signifie que seuls les connaisseurs apprécient à leur juste valeur les Toulousains Jauzion, Elissalde, Heymans, Dussautoir ou Pelous, pour ne citer qu’eux, malgré leur titre de champion de France et leur finale de Coupe d’Europe. Après tout pourquoi pas, d’autant que l’on n’a pas besoin de sondage pour savoir que les Français n’aiment pas les gagnants, et cela depuis bien longtemps (rappelons-nous le duel Anquetil-Poulidor dans les années 60). C’est quand même une particularité que l’on ne ressent pas ailleurs, il n’ y a qu’à lire presse étrangère.

Si je porte cette affirmation, c’est tout simplement parce que le seul Français qui soit réellement le meilleur dans sa discipline, Sébastien Loeb, ne figure qu’à la 6è place parmi les sportifs préférés des Français. Ce dernier en effet est en train de se faire une place au panthéon du sport automobile comme peut-être aucun autre sportif français ne s’en est fait par le passé. D’Hesinki à Londres, de Tokyo à Buenos-Aires, de Paris à Athènes, tout le monde reconnaît que Loeb est le plus grand champion que le monde des rallyes ait connu. Et pourtant je le répète, il n’est que 6è.

Un autre superchampion français mériterait de figurer aux toutes premières places de ce sondage, Julien Absalon le vététiste. Double champion olympique, quadruple champion du monde, il est quasiment inconnu, beaucoup moins en tout cas que Jeannie Longo qui figure à la 7è place de ce classement, seule cycliste d’ailleurs à y figurer. Pour quelle raison ? Cela m’échappe, comme j’ai du mal à comprendre que deux navigateurs figurent dans ce classement, même si je respecte profondément ceux qui pratiquent ce sport, alors que Brahim Asloum ou Brian Joubert n’y figurent pas. Encore une incongruité, mais il y en a tellement que je finis par croire que les Français n’aiment que les sportifs qui font la une des journaux people ou qui arrivent aux places d’honneur.

Ce n’est quand même pas le cas en Italie ou en Espagne où l’on voue un véritable culte aux sportifs qui gagnent. Il suffit de lire Marca ou As pour s’apercevoir que, même à l’intersaison, il ne se passe pas un jour où l’on ne parle de Nadal et Contador. Idem en Italie, où la Gazzetta dello Sport faisait un reportage aujourd’hui sur le salon du cycle de Milan où l’on pouvait voir Ivan Basso au milieu d’une foule enthousiaste hier à midi, avant de céder la place ce samedi à Cipollini puis Cunego et dimanche à Bettini. Les Italiens comme les Espagnols aiment ceux qui gagnent et ça se ressent, mais il faut dire aussi que la presse écrite sportive et la télévision y mettent beaucoup du leur. Ceci explique cela. En attendant, je vais vous donner mon tiercé  personnel pour ce qui concerne le titre de champion des champions français 2008 : Loeb, Bernard, Absalon.

Michel Escatafal

18:37 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

07.11.2008

La Formule 1 doit rester un sport avant d'être un spectacle

fagioli.jpgsenna.jpgEn tant qu’amateur de sport automobile depuis mon plus jeune âge, et notamment de Formule 1, je regrette de plus en plus que la technologie remplace…le sport. Désormais le pilote est guidé dans sa voiture alors qu’autrefois c’était lui qui prenait les décisions. C’est d’ailleurs la même chose dans d’autres sports à commencer par le vélo, où les oreillettes ont de plus en plus d’importance. Après tout, ce qui a fait la légende du sport c’est le fait pour une femme ou un homme de déterminer lui-même sa course, et de se donner seul les moyens d’y parvenir. Certes quelques uns vont me dire que c’est la rançon du progrès et que le spectacle y gagne. Peut-être, mais je n’en suis pas sûr.

Prenons l’exemple de ce qui s’est passé dimanche après-midi au grand prix du Brésil. Personne n’a rien compris au dénouement du grand prix sauf, apparemment, l’écurie Mac Laren qui guidait son pilote, Lewis Hamilton, comme le prouve cette affirmation de Martin Witmarsh, un des responsables de Mac Laren, qui a raconté à la fin de la course : «Nous avons dit à Lewis de ne pas essayer de dépasser Vettel, de le laisser filer. Nous savions que notre adversaire était Glock et que nous allions le rattraper dans le dernier tour». Qui peut dire ce qui se serait passé si Lewis Hamilton s’était mis dans l’idée de doubler Vettel sans se préoccuper de Glock ? Je n’en sais rien, mais ce que je sais c’est qu’il aurait continué à harceler Vettel parce que, dans son esprit, c’est ce qu’il devait faire s’il voulait être champion du monde.

En disant cela je précise simplement que je n’étais ni pour Massa, ni pour Hamilton dans cette course au titre. Sur ce plan je suis neutre, même si je me reconnais un petit faible pour Ferrari et Raikkonen, faute de Français en position de disputer le championnat du monde. Ferrari sans doute pour l’histoire de cette écurie, dont je rappellerais qu’elle est la seule à avoir été toujours présente dans le championnat du monde (depuis sa création en 1950) en construisant châssis et moteurs, et Raikkonen pour une raison plus personnelle. Et puisque nous parlons d’histoire, il serait bien aussi qu’au-delà des innovations technologiques et de la nécessaire réduction des coûts, surtout dans la période actuelle, la Formule 1 fasse le ménage dans sa règlementation en course et revienne aux fondamentaux sur le choix des circuits. Cela éviterait beaucoup de problèmes, notamment en cas d’accrochages.

Cette année nous avons été gâtés sur ce plan, avec des interventions plus ou moins intempestives des commissaires pratiquement à chaque course. Manifestement plus personne ne comprend rien aux règlements qui régissent la Formule 1, ce qui explique que l’on va essayer de mieux éclairer le public sur le pourquoi et le comment de telle ou telle décision avec preuves vidéos  à l’appui. Très bien, sauf que les spectateurs et même les téléspectateurs ne seront renseignés qu’après-coup, parfois bien plus tard. Résultat si un problème survient à 2 ou 3 tours de l’arrivée on ne saura pas nécessairement qui a gagné ou perdu, et c’est pour cela que de nombreux amateurs de la discipline suggèrent que ce soit, tout simplement, un ou deux anciens pilotes qui déterminent qui a raison ou tort, ou si c’est simplement un fait de course, par exemple en cas d’accrochage.

Point ne serait besoin de toute intervention technologique dans une affaire comme celle-là, et on n’aurait pas besoin d’autre commissaire. D’ailleurs quand j’entends Jacques Laffite (176 grands prix de F1 et 6 victoires) expliquer sur TF1 un accrochage,  je sais tout de suite de quoi il en ressort. Seul un ancien pilote de haut niveau peut comprendre ce qui se passe dans une voiture, parce qu’il l’a vécu. Tous les pilotes savent s’ils ont été optimistes ou pas dans leur tentative de dépassement, et je suis certain qu’ils accepteraient sans sourciller une sanction éventuelle…venant d’un de leurs anciens pairs qui, eux aussi, ont commis des erreurs, même les plus grands. De toute façon la FIA (fédération internationale) semble l’avoir compris puisqu’elle a souhaité qu'au moins un ancien pilote de Grand Prix soit parmi les commissaires, les anciens pilotes étant éligibles pour obtenir leur licence de commissaire national et leur super licence.

Mais s’il y a des accrochages et des problèmes de dépassement n’est-ce pas aussi parce qu’on privilégie le spectacle avant tout ? Chaque année on voit fleurir un peu partout des circuits en ville, où il est quasiment impossible de doubler et où, surtout en cas d’accrochage ou de sortie de route, toute la course est neutralisée pendant un temps souvent très long. Ce n’est plus du sport comme l’a dit très justement le président de Ferrari, Luca Di Montezemolo, mais plutôt du cirque. Quand on pense aux efforts que doit faire un pilote pour prendre quelques secondes à ses adversaires, et que cette avance est ruinée parce que la voiture de sécurité intervient pour laisser le temps de dégager une voiture mal placée, c’est carrément nul. Gardons ou faisons des circuits comme Spa Francorchamps plutôt que des circuits en ville type Valence et Singapour, où l'on a même couru la nuit, et tout sera plus simple pour tout le monde, même si Ecclestone le grand argentier de la F1 doit récupérer un peu moins de fric.

Enfin, toujours dans le même ordre d’idées, faisons en sorte de laisser les écuries développer leurs moteurs, choisir leur fabricant de pneus, bref revenons à des choses simples où pilotes, constructeurs…et spectateurs retrouveront le plaisir du sport, du vrai sport, où le pilote in fine sera celui qui fera la différence. Et tout cela n’est pas incompatible avec la limitation des coûts et des budgets. Ainsi un pilote talentueux pourra intégrer une écurie et y faire ses preuves, sans être obligé de payer pour courir. C’est cela la Formule 1 et c’est ce qui fait sa beauté. En tout cas, il y a au moins un point sur lequel je ne suis pas nostalgique des années 50 à 8O : la sécurité. A ce propos on peut remercier l’ex  président de la FISA entre 1978 et 1991, J.M. Balestre, qui s’est battu pendant des années pour améliorer la sécurité sur les circuits et dans les voitures. De nos jours, et c’est magnifique, on ne meurt plus dans une F1 (depuis 1994) alors qu’il y a quelques décennies c’était une véritable hécatombe*.

Michel Escatafal

*31 pilotes sont morts au volant d’une F1 depuis 1950 (14 en essais officiels ou privés et 17 en course). 6 dans les années 50 (Fagioli, Marimon, Ascari, Musso, Collins, Lewis-Evans), 10 dans les années 60 (Bristow, Stacey, Von Trips, Ricardo Rodriguez, de Beaufort, Taylor, Bandini, Clark, Schlesser, Mitter), 12 dans les années 70 (Mac Laren, Courage, Rindt, Siffert, Pedro Rodriguez, Williamson, Cevert, Revson, Koinigg, Donohue, Pryce, Peterson), 6 dans les années 80 (Depailler, Villeneuve, Paletti, Winkelhock, Bellof, De Angelis), et 2 dans les années 90 (Ratzenberger et Senna).

04.11.2008

Un jeune et beau champion du monde de F1

hamilton.jpgAvant le début de la saison, le 2 mars, je m’étais amusé à comparer les pilotes de différentes générations pour essayer de voir quel était le plus grand pilote de tous les temps. Autant dire que je n’y étais pas vraiment arrivé, ce qui n’a rien d’étonnant car les voitures sont évidemment très différentes d’une époque à l’autre, et les pilotes ne disposent pas ou n’ont pas nécessairement disposé de la meilleure voiture pendant leur carrière. Pour autant, quand on regarde les chiffres et les résultats les comparaisons arrivent à se faire…jusqu’à un certain point. On sait cependant de source presque sûre qui est grand et qui ne l’est pas.

Quand comme Barrichello on a passé 6 ans chez Ferrari, qu’on a été l’équipier d’un des meilleurs pilotes de l’histoire, il est quand même plus facile de remporter des victoires ou de marquer des points que lorsqu’on appartient à une écurie de second ordre. La preuve, Barrichello a remporté 9 victoires chez Ferrari, mais depuis son passage chez Honda il est constamment loin des podiums, et est dominé de surcroît par son équipier Jenson Button. Avec de tels résultats on peut dire sans risque d’erreur que Barrichello est un bon pilote, mais que les 9 victoires qu’il compte à son palmarès sont extrêmement flatteuses… par comparaison avec l’unique victoire de Jenson Button.

La comparaison avec l’équipier est d’ailleurs considérée comme la plus crédible. En effet, comment mieux se jauger qu’avec son coéquipier, surtout si l’écurie a décidé une fois pour toutes de mettre les deux hommes à égalité. Si l’équipe est à la fois forte, homogène, et compétitive, à défaut de remporter le titre pilotes, elle aura de bonnes chances de gagner au moins celui des constructeurs. Cette année 2008 l’a pleinement confirmé avec la victoire de Ferrari dans ce championnat, ses pilotes (Massa et Raikkonen) ayant terminé 2è et 3è au championnat pilotes, battant nettement Mac Laren qui remporte certes avec Hamilton le titre pilotes, mais se retrouve largement distancé par Ferrari au championnat constructeurs (21 points), le second pilote (Kovalainen) ne terminant que 7è du championnat.

Avec un tel résultat, personne n’ira dire que Kovalainen est au niveau d’Hamilton, alors que ce dernier avait fait jeu égal avec Alonso chez Mac Laren l’an passé, pour sa première saison en Formule 1. On dira la même chose de Piquet que de Kovalainen,  quand on constate qu’Alonso a marqué avec la même voiture (Renault)  42 points de plus que Piquet. Voilà pourquoi je n’hésiterais pas à dire que le championnat 2008 vient de couronner un très grand champion, bien parti pour marcher sur les traces des plus grands. De toute façon,  avec 9 victoires, 13 pole position et 3 meilleurs tours en courses en 35 grands prix, plus un titre mondial, il est dans la lignée des plus grands et notamment d’Alberto Ascari qui avait remporté 13 victoires et réalisé 14 pole positions en 32 grands prix.

Un beau champion, le plus jeune de l’histoire de la F1, une belle bagarre avec Massa et les deux autres champions du monde Raikkonen et Alonso, une confirmation avec Robert Kubica, le Polonais, qui termine 4è du championnat sur une BMW pas encore au niveau des meilleures voitures, et une grosse révélation avec ce Sebastian Vettel qui, comme Kubica, a remporté sa première victoire cette année, et dont  on a hâte de voir ce qu’il va faire chez Red Bull face au rapide Weber qui sera son équipier l’an prochain. Et évidemment en parlant de Vettel, on en vient à parler de Bourdais qui n’a pas réussi à soutenir la comparaison avec son équipier sauf au début de la saison…avec l’ancienne monoplace Toro-Rosso.

J’ai déjà plusieurs fois parlé de Bourdais cette année, et je ne sais pas ce que vont décider les patrons de l’écurie Toro-Rosso à son propos. Je suis persuadé au vu de ce que j’entends et lis qu’ils feraient une erreur en le laissant partir, parce qu’une année comme celle qu’il vient de vivre forge les caractères les plus endurcis. Depuis le début de la saison tout est fait pour son coéquipier qui, il faut le reconnaître, a beaucoup de talent qu’il manifeste surtout depuis l’apparition de la nouvelle monoplace en Turquie, alors qu’il n’avait pas marqué un seul point jusque là, contrairement à Bourdais. Manifestement ce dernier ne s’est jamais bien senti dans la nouvelle voiture, et pourtant jamais on est allé jusqu’à essayer de voir les améliorations à apporter pour l’aider un tant soit peu. A partir de là Vettel s’est montré très supérieur, a connu une réussite maximale, alors que Bourdais accumulait les malheurs dans un contexte terrible pour lui, en étant obligé de faire constamment ses preuves en vue du renouvellement de son contrat.

Beaucoup de pilotes à sa place auraient laissé tomber, mais pas lui, ce qui lui a permis de rentrer en Q3 chaque fois au cours des dernières qualifications. Alors que veulent de plus les dirigeants de Red Bull et Toro Rosso ? Y-a-t-il tellement de pilotes qui n’auraient pas craqué dans de telles conditions ? Sans doute pas. Alors espérons sans trop y croire que Bourdais poursuivra son aventure en F1 car, incontestablement, il mérite une seconde chance.  Après tout Massa, qui fait partie aujourd’hui des tous meilleurs pilotes du plateau, a du attendre 3 ans avant de démontrer tout son potentiel, notamment face à Schumacher ou Raikkonen.

Michel Escatafal

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