25.11.2008

Que celui qui n’a jamais péché, ou n’a jamais raté, lui jette la première pierre…

skrela.jpgDavid Skrela est aujourd’hui un des plus malheureux joueurs de rugby de France et de Navarre, parce qu’il a réussi samedi dernier contre l’Equipe d’Australie seulement 2 coups de pieds placés sur huit tentatives, sans oublier une tentative de drop ratée à une vingtaine de mètres face aux poteaux. Et c’est vrai que s’il avait réussi ce drop plus une seule pénalité en supplément, la France aurait gagné ce match. Tout cela ce sont des mathématiques, mais chacun sait que le sport n’obéit pas toujours aux lois des chiffres. Et bien entendu dans le rugby le buteur est le premier à être exposé aux critiques quand il rate.

Rien que pour cela ceux qui assistent à un match et qui se disent passionnés de ce sport, ne devraient jamais siffler un buteur y compris s’il a échoué dans ses deux ou trois premières tentatives, comme ce fut le cas des spectateurs du Stade de France. Oh certes tous ne sifflent pas, mais les sifflets étaient nombreux après un échec de Skrela. Je ne sais pas si les siffleurs ont joué au rugby ou s’il leur est arrivé d’avoir la responsabilité de botter les pénalités, mais pour ma part je ne peux pas imaginer que quelqu’un ayant pratiqué ce sport puisse siffler un joueur parce qu’il a la malchance de manquer quelques  coups de pied, a fortiori s’il lui est arrivé d’avoir à tenter un coup de pied pouvant donner la victoire ou provoquer la défaite.

J’observe d’ailleurs que les sélectionneurs et les anciens grands joueurs sont loin d’être aussi sévères avec David Skrela que ne le sont les spectateurs siffleurs. Et pour cause, ils savent bien que le buteur est investi d’une mission délicate qui réclame de l’indulgence en cas d’échec. Celle-ci est d’autant plus nécessaire qu’un bon buteur, comme l’est Skrela, tourne à 80% de réussite de nos jours. Par ailleurs, Skrela a eu la malchance de voir Jean-Baptiste Elissalde se blesser à Sochaux contre les Iles Pacifiques, ce qui privait le XV de France d’un autre buteur de calibre international au cas où. Là Skrela s’est retrouvé tout seul, et s’il a bu le calice jusqu’à la lie il a, malgré tout, remarquablement assumé.

Le plus rageant est que dans l’ensemble il a fait un bon match, comme l’a reconnu le sélectionneur Marc Lièvremont. Si Elissalde avait joué et l’avait remplacé après deux tentatives dans son rôle de buteur, il est quasi sûr que personne n’aurait reproché à Skrela ses deux échecs, et l’Equipe de France aurait battu l’Australie et aurait assuré sa place de tête de série pour le tirage au sort de la prochaine Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande. En fait la frustration de ceux qui aiment le rugby est là, et uniquement là. Tout le reste ce ne sont que billevesées, n’en déplaise aux sélectionneurs de salon et autres donneurs de leçon n’ayant jamais vu un ballon à moins de 50 mètres.

L’histoire de ce sport est pleine de grands joueurs ayant tout raté au cours d’un match important, mais on n’y a prêté attention qu’à partir du moment où le résultat a été négatif. Je me souviens pour ma part d’une finale de championnat de France entre La Voulte et Montferrand en 1970 où Guy Camberabero, grand buteur devant l’éternel, avait cet après-midi là tout manqué. Et pourtant qui s’en souvient ? Personne ou presque, parce que La Voulte avait gagné et avait été Champion de France. En revanche 4 ans plus tard, lors d’une finale entre Béziers et Narbonne, tout le monde se souvient du drop de Cabrol à la dernière minute qui donna la victoire à Béziers, et priva à tout jamais les Spanghero d’un titre de champion de France. Et des exemples comme ceux-là, dans un sens comme dans l’autre, nous pourrions en citer des centaines.

Parfois cependant ce n’est pas le buteur qui focalise toutes les rancoeurs en cas de défaite. Il peut arriver que ce soit un demi d’ouverture qui lance une attaque à proximité des 22 adverses, fasse une passe lobée à un de ses centres qui va amener un essai imparable et magnifique. Malheureusement cette passe n’arrivera jamais à son destinataire car une rafale de vent dévie le ballon, et celui-ci atterrit dans les bras du ¾ aile adverse… qui n’a plus qu’à faire un sprint de 80 mètres pour marquer un essai donnant la victoire à son équipe.

C’est ce qui est arrivé lors d’un match Pays de Galles-France à Cardiff en 1966. Le demi d’ouverture s’appelait Jean Gachassin et le centre à qui était destinée cette passe s’appelait André Boniface. L’interception fut l’œuvre de Stuart Watkins, l’ailier gallois, et le Pays de Galles battit la France 9 à 8. Pourtant un homme aurait pu sauver le XV de France de la défaite : l’arrière Claude Lacaze…qui manqua une pénalité certes pas facile (30 mètres à droite si je me souviens bien), mais dans les cordes d’un excellent buteur comme lui. Curieusement, personne n’a semblé en vouloir à Claude Lacaze, les critiques des sélectionneurs et des entraîneurs de cafés du commerce se focalisant sur la passe manquée de Gachassin à Boniface. Parfois le rugby est cruel, et il le fut d’autant plus qu’on ne vit plus jamais les frères Boniface et Gachassin ensemble en Equipe de France. Quelle tristesse pour tous ceux qui se faisaient une certaine idée du rugby !

Michel Escatafal

11:06 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

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