12.11.2008

Larry James est mort, mais on ne l'oubliera pas

james.jpgIl y a quelques jours nous avons appris une information qui est presque passée inaperçue, à savoir la mort de Larry James. Qui était ce Larry James dont nombre de jeunes n’ont jamais entendu parler, pour la simple raison qu’il est monté sur le podium aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968. Cela fait 40 ans cette année, comme cela fait 40 ans que Martin Luther King, qui avait prononcé en 1963 son fameux discours devant le Lincoln mémorial à Washington « I have a dream », est décédé. Et 40 ans après  ces évènements, les Etats-Unis viennent d’élire un président afro-américain.  Mais quelle est la relation avec Larry James ? Et bien Larry James, médaille d’argent du 400 m et médaille d’or du 4X400 m, a fait partie du trio qui était monté sur le podium avec un béret noir, afin de protester contre la ségrégation raciale qui sévissait aux Etats-Unis encore à cette époque. Que de chemin parcouru en quatre décennies !

Mais revenons à l’histoire de ces Jeux Olympiques à Mexico, dont le choix avait été très contesté du fait de l’altitude élevée de la capitale mexicaine (2300m), qui soumet les athlètes à un effort d’autant plus important que l’air contient 30% d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. Cela dit, si les performances sur les longues distances furent assez quelconques sur le plan chronométrique, elles furent en revanche extraordinaires dans le sprint court et dans les sauts. Cela donna quelques records du monde mythiques comme celui du 400m avec Lee Evans (43,86s) devant Larry James (43,97s), celui du 200m avec Tommie Smith (19,83s), et du 4X400m (2mn,56s,16c) composé de Matthews, Freeman, James et Evans. Bien d’autres records du monde furent battus comme celui du 100m avec Jim Hines (9,95s), ou de la longueur avec les fameux 8,90 m de Beamon, pour ne citer que ceux-là.

Si je n’ai pas cité tous les records, contrairement à mon habitude, c’est parce que l’histoire a surtout retenu de ces Jeux Olympiques le poing levé ganté de noir des athlètes noirs du 200m, Smith et Carlos, sur le podium pendant l’hymne américain. Ces deux athlètes portaient aussi autour du cou un foulard pour Smith et un collier pour Carlos, mais aussi des chaussettes noires. Par ailleurs, il faut aussi noter qu’ils avaient préparé leur coup avec la complicité de l’Australien Peter Norman, qui avait réussi l’exploit de s’intercaler à la 2è place entre les deux Américains, et qui leur avait demandé un macaron OPHR (Olympic project for human rights). Cette complicité assumée par l’athlète australien lui vaudra une reconnaissance éternelle auprès de Tommie Smith et John Carlos, au point qu’à sa mort en 2006 ils se rendirent à ses obsèques en Australie, et aidèrent à porter le cercueil de leur camarade.

Bien entendu après cette cérémonie de podium tellement particulière, les officiels américains et le président du CIO, l’Américain Avery Brundage, exclurent immédiatement Smith et Carlos du village olympique, ce qui provoqua l’ire des coureurs de 400m qui ne voulaient pas prendre le départ de l’épreuve. Finalement, à la demande de John Carlos, ils participèrent à l’épreuve et remportèrent les trois médailles, dans l’ordre l’or pour Evans, l’argent pour James et le bronze pour Freeman.  Comme je l’ai dit au début de mon propos, eux aussi se signaleront sur le podium en portant le béret noir des Black Panthers et en levant le poing. Ils renouvelleront le cérémonial  sur le podium du relais 4X400m qu’ils remportèrent quelques jours plus tard. Curieusement, on notera que si Smith et Carlos furent immédiatement bannis de la sélection américaine, ce ne fut pas le cas des coureurs de 400m. Pourquoi ? Nul ne le sait, à moins que la délégation américaine aux prises avec celle de l’Union Soviétique pour la suprématie sur le nombre de médailles, n’ait pas voulu se priver de celles quasi certaines des coureurs de 400m.

On le voit, la mort de Larry James méritait finalement de ne pas passer inaperçue, surtout aux yeux des plus jeunes d’entre nous, car c’est à partir de combats comme ceux-là que les Américains ont pu évoluer sur le plan de l’égalité raciale dans leur pays, au point d’avoir élu Barack Obama à la Maison Blanche. En tout cas, même si Larry James n’a pas sa statue sur un campus universitaire comme Smith et Carlos l’ont sur celui de San Jose, il mérite lui aussi une reconnaissance éternelle de la part des amoureux du sport et des combattants pour les droits de l’homme. Ce combat auquel il a participé vaut à lui seul beaucoup plus que ses médailles d’or et d’argent aux Jeux Olympiques et son record du monde du 400m.

Michel Escatafal

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