10.11.2008
Les boxeurs commencent à se prendre en charge
Parmi les boxeurs du 21è siècle, il en est encore au moins un qui est toujours invaincu en 46 combats professionnels et après 18 ans de carrière. Il s’agit du Gallois Joe Calzaghe, ancien champion unifié de la catégorie des super-moyens. C’est un des rares boxeurs à qui l’on peut décerner le titre de champion du monde (21 combats comptant pour un titre mondial), car il l’était pour toutes les fédérations qui comptent dans la boxe professionnelle. De plus sur les 46 combats qu’il a disputés et remportés, 32 ne sont pas allés à la limite. Bref, un magnifique palmarès qui lui permet d’être comparé aux plus grands même si, ultime restriction, la concurrence n’est plus aussi sévère qu’autrefois. Il n’empêche, il est toujours considéré comme le meilleur mi-lourd actuel, toutes fédérations confondues.
Mais la comparaison avec les plus grands ne s’arrête pas là, puisqu’après avoir annoncé qu’il allait se retirer après avoir affronté un autre grand champion, Roy Jones, qu’il a battu sans problème samedi dernier, il a avoué n’être plus aussi sûr de « raccrocher les gants », comme on dit dans le milieu. Pourquoi ce revirement alors qu’à son âge il n’a plus rien à prouver ? Tout simplement parce que Calzaghe, comme d’autres boxeurs avant lui, a décidé de prendre en main sa carrière et donc d’être moins à la merci des promoteurs…qui pensaient d’abord à leurs intérêts avant celui de leurs boxeurs.
Il n’était pas rare en effet de voir des boxeurs se lier pieds et poings avec un promoteur, et ne disputer qu’un combat par-ci, par-là, alors qu’ils étaient totalement disponibles pour affronter un adversaire potentiel. En prenant en charge leur carrière, les meilleurs boxeurs peuvent de nouveau se lancer des défis comme autrefois, et s’affronter au besoin sans titre en jeu, comme cela a été le cas pour Calzaghe contre Roy Jones, et comme ce le sera pour De La Hoya contre Pacquiao début décembre. A propos de De La Hoya, c’est lui qui a véritablement lancé cette nouvelle mode en créant sa propre société, et en organisant lui-même ses combats et ceux de certains de ses meilleurs adversaires. Et comme c’est un grand champion qui affronte d’autres grands champions, c’est une affaire qui tourne…pour le plus grand plaisir des amateurs du noble art.
Du coup Calzaghe, qui a dit avant son combat contre Roy Jones que « la boxe n’avait pas besoin des promoteurs », voit s’ouvrir devant lui des perspectives d’autant plus intéressantes qu’il est incontournable non seulement dans son pays, la Grande-Bretagne, mais aussi aux Etats-Unis et ailleurs. Certes il serait trop cher pour les chaînes de télévision françaises, à supposer qu’elles veuillent retransmettre ses combats, mais en revanche il ne le serait point pour les chaînes américaines qui gagnent beaucoup d’argent avec ces grands combats, et en font gagner aussi aux boxeurs-promoteurs.
Tout cela en tout cas ne peut que redonner à la boxe sa crédibilité perdue. Aucune fédération n’osera prétendre empêcher deux boxeurs de s’affronter, surtout s’ils sont les meilleurs, alors qu’auparavant les promoteurs plus ou moins liés à une fédération avaient tendance à multiplier les combats déséquilibrés…de peur que leur boxeur vedette soit battu et ne perde de sa valeur marchande. C’était d’ailleurs un très mauvais calcul, car la boxe comme les autres sports a besoin de voir les meilleurs s’affronter, y compris sans titre mondial à la clé. C’est ce qu’ont compris les boxeurs-promoteurs, et le phénomène est en train de s’étendre. D’ailleurs s’il y a un grand vainqueur à l’issue d’un combat intense et de grande qualité, il y aura toujours une fédération qui donnera son label mondial à une éventuelle revanche.
Aujourd’hui outre De La Hoya, quelques détenteurs de titre mondial ont créé leur propre société. Il s’agit de David Hayes, champion des lourds-légers et des deux frères Klitschko, champions des lourds. C’est assurément, je le répète, une excellente nouvelle pour ce sport magnifique qui pourra vivre de son présent, alors que depuis quelques décennies il vivait dans le souvenir des grands combats et des champions d’autrefois. Quand on évoque la boxe de qui parle-t-on en premier ? De Robinson, de Marciano, d’Ali, de Monzon, de Leonard ou d’Hagler, comme si ces légendes devaient être les derniers authentiques champions. Et bien peut-être que désormais Calzaghe, Pacquiao et leurs successeurs, les rejoindront au Panthéon de la boxe.
Michel Escatafal
19:43 Publié dans boxe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

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