30.09.2008
On a le sport que l'on mérite...
La France n’est décidément plus considérée dans le mouvement sportif international comme une grande puissance. On a eu beau avoir une quarantaine de médailles aux Jeux Olympiques, ce qui est un total respectable, notre pays n’arrive pas à obtenir l’organisation de grands championnats planétaires. Et c’est d’autant plus décevant qu’entre 1998 et 2007, nous avons organisé la Coupe du Monde de football, les championnats du monde d’athlétisme et la Coupe du Monde de rugby.
Aujourd’hui, qu’en est-il ? La France avait déposé sa candidature à l’organisation des championnats du monde de volley en 2011, celle-ci est revenue conjointement à l’Autriche et à la République Tchèque. La France, championne olympique de hand-ball (hommes), n’a pas davantage été choisie pour organiser le championnat d’Europe masculin de 2012, la préférence de la fédération européenne étant allée à la Serbie. Alors la question qui se pose à propos de ces échecs est : pourquoi cet ostracisme vis-à-vis du sport français ?
A première vue il apparaît totalement injustifié, tant en ce qui concerne les résultats des sportifs français en général, que par la place que tient son économie dans le monde. N’oublions pas que notre pays a un PIB qui le situe à la 5è place sur le plan mondial, quasiment à égalité avec la Grande-Bretagne, derrière les Etats-Unis, le Japon, la Chine et l’Allemagne. C’est quand même une référence de taille. Et pourtant, apparemment cela ne suffit pas.
En fait la France est en train de payer sévèrement la non organisation des Jeux Olympiques de 2012 qui, a priori, ne devait pas lui échapper, les Britanniques ayant été les premiers surpris de leur victoire. Cela dit, ils avaient un atout majeur par rapport à nous, à savoir que le représentant de la candidature s’appelait Sebastian Coe, double champion olympique en 1980 et 1984 du 1500 m. En face, c'est-à-dire pour soutenir et impulser la candidature de Paris, il y avait…des politiques. Toute la différence s’est faite à ce niveau.
Les Jeux Olympiques, n’en déplaise au Maire de Paris (Bertrand Delanoë) ou au Premier ministre de l’époque (Jean-Pierre Raffarin), c’est d’abord une affaire de sportifs, et il eut été préférable de désigner un coordonateur sportif, par exemple Stéphane Diagana qui fut, rappelons-le, champion du monde du 400 m haies en 1995 et du 4X400 m en 1993. Il avait la crédibilité du monde du sport, et la compétence pour animer un comité de candidature. Au lieu de cela, on a assisté essentiellement à une compétition entre la Mairie de Paris et le gouvernement, chacun espérant tirer les dividendes d’un succès de la candidature de Paris. On connaît la suite.
L’ennui dans tout cela n’est pas que B. Delanoë ou J.P. Raffarin aient échoué dans leur dessein respectif (tout le monde s’en moque), mais c’est surtout que la défaite de Paris 2012 va nous priver durablement d’infrastructures, que l’on aurait été obligé de construire pour les Jeux Olympiques. Ainsi la France n’aurait pas pu différer la construction d’un véritable stade nautique ce qui, faute d’en avoir un, interdit à notre pays d’organiser des championnats du monde de natation, alors qu’il est une place forte de la natation mondiale (Manaudou, Bernard, Leveaux, Dubosq etc.). On aurait été aussi obligé de construire un vélodrome couvert où nos pistards auraient pu avoir, à l’instar des Britanniques, un outil de travail très performant. Tout cela s’accompagnant de la création d’enceintes supplémentaires en région parisienne, qui nous font cruellement défaut depuis des années.
Mais notre pays ne mérite-t-il pas tous ces revers? Bien sûr que oui, dans la mesure où nous nous comportons perpétuellement en gagne-petit. Dans cette affaire les seuls qui sont à plaindre sont les sportifs, qui ne bénéficient pas de conditions optimales pour travailler. En revanche, les pouvoirs publics sont en première ligne pour l’incurie de leur gestion du sport français. Et en plus dans notre pays, la télévision ne remplit pas son rôle, faute de disposer en clair d’une chaîne sportive permettant de donner de la résonnance aux manifestations dans lesquelles nos sportifs sont partie prenantes.
Combien de matches de volley, de handball, de basket sont retransmis par les grandes chaînes privées ou publiques ? Aucun. En dehors des championnats du monde sur piste, voit-on une seule épreuve de Coupe du Monde ? Jamais. Et la liste est longue, très longue des évènements que l’on voit à longueur d’année sur les chaînes étrangères et que le téléspectateur français (câblé ou non) ne voit jamais, à la notable exception du football. L’ennui, c’est que les autres pays retransmettent ces évènements et par conséquent…attirent les sponsors qui se savent parfaitement exposés à chaque évènement important, fut-il en différé. A coté de cela on voit Roland-Garros pendant 15 jours du matin au soir, ou une étape du Tour de France du départ à l’arrivée. On marche sur la tête, et il ne faut pas s’étonner si les fédérations ne nous font plus confiance.
Michel Escatafal
14:11 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.09.2008
Deux grands champions tirent leur révérence...

Ainsi donc les championnats du monde sur route sont terminés et, à part chez les femmes avec la victoire de Nicole Cooke qui avait aussi gagné à Pékin la médaille d’or, ce sont des outsiders qui l’ont emporté dans les autres épreuves. Aujourd’hui, comme à Pékin, les favoris ont fait chou blanc et ni Valverde, ni Freire, ni Boonen n’ont gagné. Cela étant le vainqueur italien, Ballan, n’est pas un inconnu puisqu’il a gagné le Tour des Flandres l’an passé. Pourtant je suis persusadé que beaucoup de tifosi auraient aimé que ce soit Paolo Bettini qui gagne…car c’était sa dernière course.
C’est une belle épopée qui s’achève avec ce coureur de 34 ans, qui n’avait sûrement pas tous les dons que puisse espérer un coureur cycliste, mais qui en avait suffisamment pour qu’avec beaucoup de travail il en arrive à se construire un très beau palmarès (64 victoires en tout). On peut même dire qu’il fut le champion de la décennie pour ce qui concerne les courses d’un jour, grâce à ses deux titres de champion du monde, son titre olympique à Athènes, mais aussi ses victoires dans la classique du printemps italienne, Milan-San Remo, plus deux autres dans Liège-Bastogne-Liège, plus deux championnats de Zurich, auxquelles il faut ajouter deux Tours de Lombardie, le tout sans oublier ses deux titres de champion d’Italie. Bref, c’est un palmarès qui le situe très haut dans la hiérarchie des champions, à la 23è place à mon classement des coureurs de l’après-guerre*.
Mais Bettini n’est pas le seul grand coureur à quitter la carrière fin 2008, car il sera accompagné par un autre presque aussi prestigieux, à qui il n’aura manqué qu’un titre de champion du monde pour être son égal. Il s’agit d’Eric Zabel, 38 ans, qui fait partie de l’élite des coureurs professionnels depuis 16 ans. C’est rien moins que le cycliste le plus titré d'Allemagne (34è à mon classement), juste derrière Jan Ullrich (33è) et devant Rudi Altig qui fut un des meilleurs coureurs dans les années 60. Il fut longtemps un coureur de l’équipe allemande Telekom (ou T-Mobile) qui l’enrôla en 1993 pour ses qualités de sprinter, mais encore parce qu’il savait se débrouiller dans les ascensions, sans être un grimpeur. Ces talents lui permirent notamment de ramener à Paris six fois le maillot vert du Tour de France entre 1996 et 2001. Il fit partie notamment de la fameuse équipe qui gagna le Tour de France en 1996 et 1997 avec Riis et Ullrich.
Par rapport à beaucoup de coureurs, sa saison était d’une grande plénitude puisqu’il participait aux épreuves du printemps, de l’été et de l’automne à une époque où les coureurs se spécialisaient de plus en plus, qui sur les classiques, qui sur les grands tours ou tout simplement sur le seul Tour de France. Zabel était donc un coureur à l’ancienne, et c’est aussi ce qui a fait sa réputation…avec ses grandes victoires. Parmi celles-ci les plus probantes sont Milan-San Remo à quatre reprises, Paris-Tours trois fois, et l’Amstel Gold Race. Il termina sa carrière chez la formation Milram (depuis 2006) où il travailla notamment pour amener les sprints à Petacchi qui était, il y a peu encore, le meilleur sprinter du peloton.
C’est donc une page importante du cyclisme qui va se tourner avec la retraite de Bettini et Zabel, deux coureurs de classe qui nous auront fait vibrer pendant de longues années. Ils ont honoré leur sport et ont bien mérité de figurer au Panthéon du vélo à une bonne place. Avec leur départ, c’est aussi une partie de la génération de la fin des années 90 qui s’en va, génération ô combien décriée en raison de ses liens avec le dopage. D’ailleurs c’est la seule ombre au tableau d’Eric Zabel, ce dernier n’ayant pas hésité à avouer s’être dopé en 1996, l’année ou Riis lui-même reconnut avoir eu recours à l’EPO pour gagner le Tour. Ils furent hélas loin d’être les seuls à cette époque, même si tous n’avouèrent pas. Espérons quand même que les jeunes coureurs sauront s’inspirer du sérieux et du professionnalisme des deux champions que furent Bettini et Zabel qui, j’en suis sûr, vont beaucoup manquer au peloton en 2009.
Michel Escatafal
*Mon classement, avec un barème de points déterminé en fonction des épreuves, est basé sur les 3 grands tours, plus des courses à étapes comme le Tour de Suisse, le Dauphiné, Paris-Nice et le Tour de Romandie, et les classiques historiques que sont Milan-Remo, le Tour des Flandres, Gand-Wevelgem, Paris Roubaix, Flèche Wallone, Liège-Bastogne-Liège, l’Amstel, Paris-Tours, le Championnat de Zurich et le Tour de Lombardie. A cela s’ajoutent le championnat du monde sur route et le grand prix des Nations que j’ai remplacé par le championnat du monde contre-la-montre depuis 1994. (ma note du 17.01.2008 : qui est le meilleur?)
21:07 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
27.09.2008
Va-t-elle retrouver son meilleur niveau?
La grande question que se pose le monde de la natation en France est de savoir où va aller nager et s’entraîner Laure Manaudou. C’est évidemment un sujet important, mais la jeune femme a atteint un tel niveau de prestige dans notre pays que personne n’ose aborder la question sous le seul angle qui vaille, à savoir : est-elle prête à faire de nouveau les sacrifices qui l’ont menée là où elle a été ? Pour être championne olympique ou championne du monde, il faut énormément travailler et pour ce faire il faut en avoir réellement envie, à Marseille ou ailleurs.
Prenons l’exemple d’Alain Bernard : ce jeune homme a déjà programmé une compétition en novembre, et il s’est déjà projeté dans l’avenir avec les championnats du monde l’an prochain à Rome. Rien ne dit qu’il gagnera à coup sûr le 100 m, mais on peut être certain qu’il sera performant car dans sa tête il y est déjà. C’est vrai qu’il ne lui manque que cela pour avoir atteint tous les objectifs qu’un nageur peut espérer, puisqu’il a déjà un titre olympique, qu’il a battu plusieurs fois un record du monde, qu’il a été champion d’Europe. Cela étant, même si comme nous lui souhaitons il obtient le titre mondial l’été prochain, il ira au moins jusqu’aux Jeux de Londres car il veut marquer son époque, comme l’ont fait Schollander, Wenden, Biondi, Popov, Van den Hoogenband pour ne citer qu’eux.
Un autre exemple vient à l’esprit, mais en sens inverse. Il s’agit de Camelia Potec, la championne olympique du 200 m aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004. Après sont titre olympique elle avait, comme on dit dans le monde du sport, décompressé au point de s’être accordée du bon temps pendant presque deux ans. Mais le démon de la compétition l’a reprise, et elle a décidé d’essayer de retrouver son niveau…en allant s’installer à Canet en mai 2007, où l’entraîneur s’appelle Philippe Lucas, celui qui a permis à Laure Manaudou d’être ce qu’elle est devenue. Le résultat a été assez probant, dans la mesure où après 15 mois d’entraînement à Canet, Camelia Potec a fini aux J.O. de pékin, 4è du 800 m, 5è du 200m et 6è du 400m. Un bilan nettement supérieur à celui de Laure Manaudou.
Tout cela pour dire que si elle veut retrouver l’élite, Laure Manaudou devra s’activer sérieusement et ce, quel que soit l’entraîneur avec qui elle veuille travailler. Ce qui me gêne le plus dans sa démarche, c’est qu’elle avait l’air de se trouver bien à Mulhouse avec un entraîneur, Horter, qui avait permis à Roxana Maracineanu de devenir la première championne du monde française de natation, sans oublier sa médaille d’argent olympique à Sydney sur 200 m dos. Il était aussi l’entraîneur d’Amaury Leveaux qui a remporté la médaille d’argent sur 50 m à Pékin. L’homme est donc compétent et a de sérieuses références .
Il y a aussi, mais je suis un rêveur, son avocat qui négocie le contrat avec son futur club. Compte tenu de ce que touche chaque année comme émoluments Laure Manaudou, je pense qu’elle doit d’abord faire un choix purement sportif, même si son contrat est moindre. L’argent coulera à flots si elle redevient elle-même. Et pour cela elle doit s’investir à fond comme l’a fait Camelia Potec à Canet ce qui, toutefois, n’a pas été suffisant pour remonter sur le podium olympique. Ne connaissant rien à la natation sur le plan technique, je m’interdirais de dire laquelle de Laure Manaudou ou Camelia Potec a le plus de classe, mais en revanche je constate qu’un arrêt de plusieurs mois dans l’approche de la compétition est extrêmement préjudiciable, quels que soient les efforts que l’on puisse faire.
Pour toutes ces raisons, je suis un peu sceptique sur le retour au sommet de Laure Manaudou. Si ce que l’on dit est vrai, Philippe Lucas n’a pas voulu repartir avec elle ce qui, dans ce cas, signifierait qu’il ne croit plus en son ancienne protégée. Cela étant, où est la réalité dans tout cela ? En tout cas, en tant que supporter des sportifs français, je souhaite que Laure Manaudou retrouve l’envie et le niveau qui étaient le sien il y a peu encore. Il faut même souhaiter qu’elle atteigne très vite un niveau supérieur, parce que les autres nageuses ne l’ont pas attendue pour battre et pulvériser ses records. Pour autant, si elle le désire, elle retrouvera sa place dans les bilans mondiaux tellement elle est douée. Or le don reste quand même l’ingrédient suprême pour la pratique sportive de haut niveau.
Michel Escatafal
10:10 Publié dans natation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
25.09.2008
Et si Chavanel marchait sur les traces de Jalabert?

Les amateurs de cyclisme, dont je fais partie, qui ont vu un bien beau contre-la-montre olympique remporté par le meilleur rouleur du peloton, le Suisse Fabian Cancellara (photo), n’auront pas le plaisir de le retrouver aujourd’hui au championnat du monde. Ils ne retrouveront pas non plus Alberto Contador (4è à Pékin) que le sélectionneur espagnol réserve pour l’épreuve en ligne de dimanche prochain. En revanche, il y aura Larsson, un bon spécialiste suédois qui a remporté la médaille d’argent à Pékin, et Levi Leipheimer (médaille de bronze) qui a terminé 2è de la Vuelta en remportant les deux étapes chronométrées. Il sera à coup sûr le grand favori de l’épreuve, d’autant qu’il a terminé le Tour d’Espagne en grande condition.
Cela ne nous empêchera pas de regretter l’absence du coureur suisse qui, rappelons-le, détient le titre mondial de la spécialité depuis deux ans. Fabian Cancellara est un grand champion, qui n’a pas fini de nous étonner. Non seulement il est le meilleur rouleur, mais c’est aussi un redoutable coureur de classiques comme il l’a prouvé encore cette année en remportant Milan San Remo, cette victoire succédant à celle qu’il avait remportée sur le vélodrome de Roubaix en 2006. C’est aussi un bon coureur dans les courses par étapes d’une semaine, comme en témoigne son succès dans Tirreno Adriatico cette année, une des plus belles épreuves du calendrier italien.
En fait il ne lui manque que la faculté de suivre les grimpeurs en haute montagne pour pouvoir être considéré comme un coureur complet, c’est-à-dire capable de gagner aussi un grand Tour. Cela dit, tel qu’il est et qu’il sera, car il n’a que 27 ans, son palmarès va compter dans le monde du vélo. Combien de titres de champions du monde contre-la-montre va-t-il encore remporter ? Plusieurs à coup sûr. De même il est clair que s’il le veut, il remportera d’autres grandes classiques comme le Tour des Flandres ou le Tour de Lombardie pour ne citer qu’elles. Cela étant, à ce jour, rien qu’avec ses grandes victoires, on peut déjà le situer au 4è rang des grands champions suisses, derrière Kubler, Koblet, et Rominger.
Ces trois coureurs qui ont fait la gloire du cyclisme suisse avaient incontestablement besoin d’un successeur. Il est vrai que la Suisse, pourtant grand pays de cyclisme, n’est pas une machine à fabriquer les grands champions comme l’ont été par exemple la Belgique, la France, l’Italie ou de nos jours l’Espagne. Mais quand ils en découvrent un, généralement il marque l’histoire du vélo. Personne n’a oublié les exploits de Ferdi Kubler qui gagna le Tour de France en 1950, mais qui fut aussi champion du monde sur route en 1951, qui remporta à 3 reprises le Tour de Suisse, mais aussi 2 fois le Tour de Romandie, Liège-Bastogne-Liège et la Flèche Wallone, sans oublier le Championnat de Zurich et Bordeaux-Paris qui était à l’époque une épreuve mythique. Bref, Ferdi Kubler était un très grand coureur. Etait-il meilleur que Koblet ou même son égal? En valeur absolue, certainement pas.
Celui que l’on appelait le Pédaleur de Charme a peut-être été, avec Roger Rivière, le coureur le plus doué que le monde du vélo ait jamais connu. Hélas, même si son palmarès est bien fourni avec un Tour de France, un Tour d’Italie, 3 Tours de Suisse, un Tour de Romandie, un grand prix des Nations (l’équivalent à l’époque du championnat du monde contre-la-montre), un championnat de Zurich, plus de multiples victoires sur tous les vélodromes du monde, le bel Hugo qui aimait sans doute trop la vie, verra sa vraie carrière se finir très tôt à l’âge de 30 ans, 5 ans à peine après avoir remporté ses premières victoires. Toutefois, il aura eu plus de chance que Rivière dont la carrière s’est arrêtée à 24 ans, dans la descente du col du Perjuret.
Enfin, le troisième coureur suisse à avoir porté haut les couleurs de la Confédération s’appelle Rominger. C’est plus près de nous parce que sa carrière s’est étalée de 1987 à 1997. Rominger, n’avait évidemment pas la classe pure d’un Koblet, ni même sans doute de Kubler, mais ce fut quand même un grand champion qui a remporté 3 Tours d’Espagne et un Tour d’Italie, mais aussi Paris-Nice (2 fois), Tirreno-Adriatico, le Tour du Pays Basque(2 fois), sans oublier le Tour de Lombardie (2 fois). Il fut même recordman du monde de l’heure à 2 reprises, avant que l’UCI ne mette en place des critères de validation relatifs aux caractéristiques du vélo utilisé.
Voilà Fabian Cancellara déjà en bonne compagnie. Les Suisses peuvent être heureux d’avoir chez eux un des plus grands champions actuels et pour les années à venir. Ah si la France pouvait en dire autant ! Cependant il ne faut pas désespérer, car la France dispose encore d’un bon réservoir de jeunes coureurs. Il suffit d’aller assister aux courses du dimanche pour s’apercevoir que parmi les coureurs il y a de nombreux jeunes, même si faire du vélo en compétition exige de lourds sacrifices, y compris financiers. Espérons que parmi eux se trouve le remplaçant de Laurent Jalabert, dernier grand champion français qui tarde à se trouver un successeur. Et si en attendant Chavanel (photo) réalisait le même exploit que Jaja en 1997, en remportant le titre de champion du monde C.L.M.? Après tout au Tour d’Espagne, sur une distance voisine de celle d’aujourd’hui, il avait terminé à 12 secondes de Leipheimer.
Michel Escatafal
07:44 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
24.09.2008
La boxe professionnelle ne se porte pas bien dans notre pays
Depuis quelques années la boxe en France est quelque peu moribonde faute de promoteurs, de salles, de chaînes de télévision pour retransmettre des combats. Bref, la boxe comme beaucoup d’autres sports souffre de ce que j’appellerais le mal français, à savoir que nous voulons des résultats sans vouloir (ou pouvoir) s’en donner les moyens. Tel est le constat que l’on peut faire en voyant la difficulté qu’ont nos jeunes boxeurs, médaillés aux Jeux Olympiques de Pékin, à devenir professionnels. Pourtant une médaille olympique, fut-elle de bronze, a été longtemps le sésame suffisant pour entrer de plein pied dans la carrière professionnelle. Mieux même, jusque dans les années 80, les promoteurs s’arrachaient les boxeurs médaillés olympiques. C’était une autre époque.
Il est vrai que jusqu’en 1988 les boxeurs des pays communistes (Europe de l’Est, Cuba, Chine) n’avaient pas le droit de passer professionnel, sauf tout à fait en fin de carrière dans quelques uns de ces pays. Et du coup un titre olympique signifiait quelque chose de très important, surtout quand un boxeur de 20 à 23 ans, encore amateur là où la boxe professionnelle existait, battait des vieux routiers de cinq ou dix ans plus âgés qu’eux. D’ailleurs rares furent les boxeurs champions olympiques ou médaillés qui ne firent pas carrière, y compris en France.
Depuis que j’ai l’âge de m’intéresser au sport en général, et à la boxe en particulier, je me souviens de tous ceux qui ont eu une médaille, et j’ai suivi avec intérêt leur carrière professionnelle. Le premier d’entre eux fut Jo Gonzalès (super welter) qui remporta une médaille d’argent en 1964 à Tokyo, battu par un Russe ou plutôt un Soviétique dénommé Lagutin. Tout le monde pensait que la France détenait un nouveau très grand champion, d’autant qu’il avait cette qualité essentielle en boxe qu’est le punch. Le puncheur n’est jamais battu car d’un coup, d’un seul, il peut retourner un combat à son avantage. Cependant, curieusement, Jo Gonzales ne fit pas une grande carrière professionnelle. Il ne fut même pas champion d’Europe. Pour autant quand je passe à Narbonne devant son restaurant, je pense à sa médaille (qu’on lui a volée il y a quelques années et qu’il n’a jamais retrouvée) et aux J.O. de Tokyo qui avaient été dans l’ensemble très décevants pour nos couleurs.
Le second médaillé dont je me rappelle est Christophe Tiozzo (super welter) qui remporta le bronze en 1984, ce qui fit dire à certains qu’il a profité du boycott de la plupart des pays du bloc communiste, mais c’est une remarque injuste car le jeune homme était très doué. La preuve, il fit une belle carrière professionnelle avec pour point d’orgue un titre mondial WBA chez les super moyens en 1990, lors d’un combat qui eut lieu à Paris contre un Coréen (In Chun Baek), et qui était télévisé en direct. Le bon temps ! Il aurait dû conserver son titre plus longtemps, mais une carrière professionnelle exige beaucoup de sérieux et de sacrifices et, apparemment, Christophe Tiozzo n’en a pas fait assez. Malgré tout il a été un magnifique boxeur, et il restera à jamais comme une des vedettes de la boxe en France.
Le troisième de ces médaillés est Laurent Boudouani, qui remporta l’argent en welter en 1988 à Séoul. Lui aussi était très doué, et il confirma en professionnel toutes ses qualités. Ce Savoyard est passé dans l’histoire de son sport sans faire grand bruit, mais son palmarès est éloquent puisqu’il détint le titre mondial WBA des super welters de 1996 à 1999. Il réussit même l’exploit de conserver son titre acquis en France, au Cannet contre l’Argentin Vasquez, en allant s’imposer aux Etats-Unis contre son challenger Carl Daniels. Laurent Boudouani s’est retiré des rings en 1999, après une défaite honorable contre le champion olympique de 1996, David Reid, avec un palmarès de 38 victoires dont 32 par KO, et seulement 3 défaites.
Je n’insisterai pas sur les boxeurs qui ont eu des médailles depuis l’an 2000. On a tout dit sur Brahim Asloum, seul boxeur français champion olympique et détenteur d’un titre mondial (WBA) chez les mi-mouches qui, par parenthèse, n’arrive pas à organiser la défense de son titre en France, ce qui est quand même un comble et le signe que la boxe française ne mérite pas un champion comme lui. Toujours en 2000, mais aussi en 2004, un autre boxeur français a obtenu une médaille aux J.O., Jérôme Thomas. Lui n’est jamais passé professionnel jusqu’à présent, et même s’il franchit le pas en 2009, il semble que ses plus belles années soient derrière lui, par exemple en 2001 quand il fut champion du monde amateur. Espérons qu’il fera quand même carrière, d’autant qu’il n’avait pas le choix après son élimination au premier tour des Jeux Olympiques de Pékin.
En revanche que feront les trois médaillés de Pékin ? Apparemment rien n’est encore décidé pour eux, faute de réelles perspectives dans les rangs professionnels. Pour espérer boxer souvent et entrevoir des titres européens ou mondiaux, il faudrait qu’ils s’expatrient ce qui n’est pas nécessairement la garantie d’une réussite totale mais qui, en revanche, est quand même une forme de scandale. Alors le mieux est peut-être qu’ils restent quelques années de plus dans le giron fédéral. Ils pourront conquérir des titres de champion du monde amateur, et gagner convenablement leur vie grâce aux aides fédérales. De plus, ils pourront s’exprimer pleinement en attendant des jours meilleurs pour la boxe professionnelle en France. En tout cas Daouda Sow (photo), Khedafi Djelkhir et Alexis Vastine méritent mieux que ce que cette dernière est susceptible de leur proposer pour le moment.
Michel Escatafal
09:12 Publié dans boxe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
22.09.2008
Bienvenue au club !
Cette fois c’est fait, à 25 ans et 9 mois, Alberto Contador fait déjà partie de la légende si riche du cyclisme. Il est à présent membre à part entière du club très fermé de ceux qui ont gagné les trois grands tours, à savoir le Tour de France, le Tour d’Italie et le Tour d’Espagne. A ce club appartiennent rappelons-le, Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Bernard Hinault, Eddy Merckx et désormais Alberto Contador. A eux cinq, ils ont remporté 37 grands tours dont 17 Tours de France, 14 Tour d’Italie et 6 Tours d’Espagne. Excusez du peu ! Ajoutons en outre, que le jeune crack espagnol vient de réussir un doublé Giro-Vuelta, que seuls avant lui Eddy Merckx en 1973 et Giovanni Battaglin en 1981 ont réalisé.
Alors pour Contador se pose la question de savoir ce qu’il peut encore gagner pour aller plus loin dans la légende lui qui, si jeune, a déjà réussi ce que la quasi-totalité des coureurs n’osent pas imaginer, même dans leurs rêves les plus fous. Et bien, il a encore beaucoup de choses à faire avant d’être considéré comme un « campionissimo », au même titre que ceux qui l’ont précédé dans la liste des vainqueurs des trois grands tours. A ceux-là, il faut ajouter les deux campionissimi italiens que furent Bartali et Coppi, qui ne gagnèrent jamais le Tour d’Espagne parce qu’à l’époque les plus grands champions n’y participaient pas…quand il avait lieu (voir mon billet Contador pour l’histoire).
Pour devenir un « campionissimo », il faudra donc que Contador se fixe les objectifs les plus ambitieux, ceux que seuls peuvent réaliser les coureurs hors normes. Le premier qui vient à l’esprit est le doublé Tour d’Italie-Tour de France que seuls Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain, et Pantani ont réalisé. Ensuite, il faudra qu’il gagne plusieurs fois les épreuves qu’il vient de remporter, ce qui ne sera pas difficile vu son jeune âge. Puis il faudra qu’il s’attaque aux classiques, surtout celles pouvant convenir à un coureur comme lui. Parmi celles-ci figurent, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallone, l’Amstel Gold Race, le Tour de Lombardie et la Clasica San Sebastian.
Enfin, une année où le circuit des championnats du monde sera très sélectif, come cela arrive parfois, il lui faudra préparer spécialement cette épreuve pour revêtir le maillot arc-en-ciel des routiers, comme l’ont fait Coppi en 1953, Merckx en 1967, 1971 et 1974, Bernard Hinault en 1980 et Gimondi en 1973. Compte tenu des huit ou dix ans qu’il lui reste à courir, ce serait bien le diable qu’il ne trouve pas une opportunité une année ou l’autre. Certes, Contador ne va pas très vite au sprint, mais en revanche c’est un grimpeur exceptionnel et il figure parmi les meilleurs rouleurs, comme en témoigne sa 4è place aux Jeux Olympiques de Pékin. Il a donc les atouts suffisants pour réussir là où la plupart des super champions ont réussi (seuls parmi les très grands Bartali, Anquetil et Indurain, n’ont pas été champion du monde sur route).
Voilà un beau programme pour ce jeune homme qui semble bien parti pour marquer l’histoire d’un sport qui se nourrit par sa légende, et qui reste un spectacle adoré du public. Il suffisait de voir hier le monde dans les rues de Madrid, sans parler de celui qui était sur les pentes de l’Angliru huit jours auparavant pour s’en convaincre. Et cela a été la même chose dans le Tour de France ou le Tour d’Italie, avec des audiences télévisées tout à fait excellentes. En disant cela j’exagère un peu car en France, aucune chaîne télévisée en clair n’a daigné retransmettre des images du Giro et de la Vuelta, alors que la couverture télévisée du Tour de France à l’étranger est très importante. Vieille rengaine ! C’est dommage d’ailleurs, car les Français se sont distingués au Tour d’Espagne avec deux victoires d’étape, dont une pour Moncoutié qui termine 8è du classement général et remporte le grand prix de la Montagne.
Michel Escatafal
11:06 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
18.09.2008
Les fils à Papa

Contrairement au cinéma ou dans la chanson, les sportifs ne peuvent pas promouvoir leur progéniture parce que dans le sport, et c’est ce qui fait sa beauté, on ne peut pas tricher sur la qualité. C’est le chronomètre qui parle ou la distance, et non uniquement le relationnel et l’argent. Et de fait, rares sont les champions ayant engendré un fils ou une fille ayant atteint le niveau qu’ils avaient du temps de leur gloire. Pour ma part, je n’en ai pas trouvé beaucoup, y compris dans le sport automobile où la filière semble le mieux marcher. Je vais donc en citer quelques uns qui sont emblématiques de cette filiation dans l’exploit ou l’excellence.
Commençons par les rallyes. Dans ce cas je pense immédiatement à Henri Toivonen qui était sans doute l’un des pilotes les plus doués que l’on ait connus dans la discipline. Ses victoires dans les rallyes du championnat du monde se comptent au nombre de trois, mais uniquement parce qu’il trouva la mort durant le Tour de Corse en 1986. Son surnom était le « petit prince », ce qui lui correspondait parfaitement. Il était le fils de Pauli Toivonen, autre grand pilote de rallye à une époque qui n’avait rien à voir avec celle que son fils a connue. En tout cas, le père et le fils ont en commun d’avoir gagné le rallye de Monte-Carlo, le fils remportant la victoire (1986) 20 ans après le père(1966).
Ensuite, en Formule 1, il y a les familles Ascari, Hill (photos) et Villeneuve. Antonio Ascari, mort sur le circuit de Montlhéry en 1925, fut dans les années 1920 un des meilleurs pilotes de son époque, qui aurait été champion du monde si le titre avait existé. Son fils Alberto fut en revanche deux fois champion du monde en 1952 et 1953, sur Ferrari. Il remporta 13 grands prix, ce qui est une performance remarquable compte tenu qu’il n’en disputa que 32. Il était dit qu’il mourrait en 1955, puisqu’il faillit perdre la vie lors du grand prix de Monaco, sur Lancia, quand il sortit de la piste pour plonger dans l’eau du port. Mais le jeudi suivant, il décide d’aller à Monza pour voir son coéquipier Castellotti qui essaie une Ferrari Sport. Bien qu’étant en tenue de ville, il demande à essayer la voiture. Il ne fera que 2 tours, victime d’un accident mortel. Il avait 37 ans, comme son père quand il décéda. Comme son père, il est mort un 26 du mois. Enfin, comme son père il n’était pas casqué. Curieux destin !
Parlons à présent de Graham Hill, le père de Damon. Il faut d’abord noter qu’il est le seul pilote de l’histoire du sport automobile à avoir remporté ce qui se fait de plus prestigieux. Il fut en effet deux fois champion du monde de F1, mais il remporta aussi les 500 miles d’Indianapolis qui est l’épreuve reine aux Etats-Unis, et les 24 heures du Mans. Il est mort dans un accident d’avion privé en 1975, revenant d’une séance d’essais sur le circuit Paul-Ricard. Son fils Damon, fut lui aussi champion du Monde en 1996. Son palmarès s’orne de 22 victoires et 20 pole positions, ce qui fait de ce pilote méconnu un des plus grands. En outre, il a la particularité d’avoir été l’équipier de deux des plus grands champions de l’histoire, Senna et Prost, et d’avoir parfaitement tenu son rang.
Gilles Villeneuve ne fut jamais champion du monde, mais chez Ferrari quand on parle de lui on dit toujours le « grand Gilles ». Il avait tout pour lui, et il a écrit avec son style flamboyant quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la F1, notamment lors de son duel inoubliable avec René Arnoux au grand prix de France 1979. Il mourra aux essais du grand prix de Belgique en 1982. Son fils Jacques lui succéda dans le cœur des Canadiens et des francophones. Après avoir remporté les 500 miles d’Indianapolis et le championnat CART, il accéda à la formule 1 en 1996, où il réussit l’exploit de décrocher la pole position pour son premier grand prix. Il finira l’année juste derrière son coéquipier Damon Hill qui remporta le titre. L’année suivante c’est lui qui fut champion du monde. Ensuite ce fut plus difficile pour lui, et plus jamais il ne se retrouva en position de gagner. Il quitta la F1 en 2006, un peu sur la pointe des pieds, mais se trouva un nouveau challenge avec les 24 heures du Mans. S’il y parvient il sera le second pilote à avoir réussi la trilogie, champion du monde, Indianapolis et Le Mans. Gageons qu’il y parviendra certainement.
Bien d’autres ont essayé de marcher sur les traces de leur père, mais aucun en dehors de ceux que j’ai cités n’ont atteint le niveau du père, qu’il s’agisse de Geoff Brabham, de Nico Rosberg ou de Nelsinho Piquet pour ne citer qu’eux. En fait seul Nico Rosberg, s’il réussit à obtenir un bon volant, peut semble-t-il marcher sur les traces d’Ascari, Hill ou Villeneuve. C’est pareil dans les autres sports, même si de temps en temps un Cambérabéro et un Skrela (rugby), un Mazzola, un Djorkaeff ou un Maldini (football) arrivent à faire oublier et même dépasser le père. En revanche, combien ont échoué, même s’ils ont fait une honnête carrière, par exemple Axel Merckx. Il est vrai que là, Papa avait mis la barre trop haute, son palmarès étant le plus beau de l’histoire du cyclisme.
Michel Escatafal
12:25 Publié dans automobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
16.09.2008
La faute à pas de chance? Pas seulement
Pourquoi les Français sont-ils plus souvent victimes que les autres de la malchance ? Voilà la question qui se pose après ce qui vient d’arriver à Sébastien Bourdais sur la grille de départ du grand prix d’Italie à Monza, alors que le podium lui était promis. Un autre pilote français, Jean Alesi, avait connu plus souvent qu’à son tour pareille malchance. Une panne mécanique ou électronique, alors qu’il était en tête, l’avait empêché à plusieurs reprises de remporter de belles courses, notamment à Monaco et Monza. C’est pour cela que son palmarès s’orne d’une victoire seulement, mais de 33 podiums ce qui n’est pas rien.
Plus loin de nous (années 70 et 80) Jean Pierre Jarier, appelé par ses pairs et les journalistes « godasse de plomb », qui était un pilote hyper rapide avait connu pareille malchance et s’était retiré de la F1 sans aucune victoire. Et plus loin encore dans le temps (années 50), ce fut aussi le cas de Jean Behra, pilote niçois de grande classe, qui lui aussi ne remporta aucun grand prix comptant pour le championnat du monde, bien qu’il se soit souvent trouvé en tête. On pourrait aussi parler de la difficulté qu’ont eu les Français à trouver un pilote qui puisse gagner le championnat du monde, alors qu’au début des années 80 un tiers du plateau était de nationalité française. Il aura fallu attendre Alain Prost en 1985 pour qu’enfin notre pays ait son champion du monde.
Sachant que les sports mécaniques sont coutumiers de coups de théâtre imprévus, rêvons un peu à ce qui aurait pu se passer si l’ennui qu’a connu Bourdais (impossibilité de passer la première vitesse) avait affecté la voiture de Vettel. Et bien peut-être que Bourdais aurait gagné ce grand prix, et lundi matin tous les journaux n’auraient parlé que de cela. Peut-être, pour ne pas dire sans doute, que Renault se serait enfin décidé à lui proposer un contrat pour l’année prochaine, ce qui lui aurait ôté une pression énorme pour le prochain grand prix à Singapour. Sans doute aussi dans ce cas, se serait-il rapproché de très près, voire même aurait battu son jeune coéquipier, Vettel, libéré qu’il aurait été par la signature d’un contrat pour l’année prochaine.
Hélas l’ennui c’est Bourdais qui l’a eu et non Vettel, et gageons que dans 15 jours plus personne ne pensera que Bourdais avait terminé 4è aux essais du grand prix de Monza. Du coup, Bourdais va encore conduire avec une pression énorme sur ce grand prix de Singapour, sachant que si par malheur il ne réalise pas une performance significative, ou simplement s’il a de nouveau un ennui sur la voiture, il sera éjecté comme un malpropre de l’écurie Toro Rosso. Et pourtant, derrière ses lunettes qui cachent une certaine timidité et qui lui donnent un air de premier de la classe, tous les spécialistes s’accordent à dire que ce jeune homme a beaucoup de talent. Malheureusement pour lui, il est français.
Cela veut dire quoi ? Que les Français, dans le sport automobile comme ailleurs, veulent tout sans s’en donner les moyens. Pourquoi n’y a-t-il pas d’écurie française en F1, car malheureusement Renault qui est une marque bien française est devenue une entité britannique ? Parce que les Français se refusent à investir des sommes très importantes en F1, comme le font les Japonais, les Italiens ou les Allemands. Même l’emblématique Alain Prost a du se résoudre à plier boutique après des débuts prometteurs…avec un moteur client japonais. Et que dire de Ligier, autrefois, qui a toujours dû composer avec des moyens souvent très inférieurs à ceux de ses concurrents ?
Et pendant ce temps Ferrari (Fiat), Mac Laren (Mercedes), BMW caracolent en tête du championnat du monde, en attendant le renouveau de Honda et l’arrivée au sommet un jour ou l’autre de Toyota. Mais à l’horizon point d’écurie française en F1, et des pilotes qui doivent faire leurs classes seuls et sans aide de quiconque dans notre pays. Pourtant, j’ai quand même un espoir avec Romain Grosjean (photo) qui a la chance d’être à la fois français…et suisse. Les Français se le sont déjà appropriés, mais si nous lisons la tribune de Genève, on parle de lui en disant « le Genevois ». C’est sans doute sa chance et d’ailleurs, est-ce un hasard, certains évoquent son nom… chez Renault pour remplacer Piquet qui est loin de faire des étincelles depuis le début de l’année. Et si c’était ça la formule pour avoir un bon volant en F1 ? Avoir la double nationalité, c’est-à-dire être franco-suisse, franco-allemand etc. Cela dit, en cas de victoire, quel hymne jouerait-on ? On n’en est pas encore là, mais cela fait du bien de rêver.
Michel Escatafal
08:14 Publié dans automobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
14.09.2008
Difficile d’être entraîneur dans le sport professionnel
Les pouvoirs attribués ou supposés de l’entraîneur paraissent immenses dans les sports collectifs. Ils le sont tellement, que certains entraîneurs gagnent autant d’argent voire même plus que certains joueurs vedettes. Pour autant est-ce bien mérité ? La première réponse qui vient à l’esprit est que souvent la valeur et le destin dépendent de la qualité des joueurs mis à leur disposition. Sur ce site, il y a quelques jours, je soulignais le rôle de Zidane dans la performance de l’Equipe de France en Allemagne à l’occasion de la Coupe du Monde 2006. Si Zidane n’avait pas été là, les Français ne seraient pas allés en finale et Domenech n’aurait pas pu surfer sur ce succès.
A ce propos, les entraîneurs qui sont le plus souvent encensés sont ceux qui, à partir d’une équipe en devenir, l’amènent à la victoire dans une grande compétition internationale. A ce moment, ils ne s’appartiennent plus. Pour rester dans le football, Mourinho (photo) qui a gagné la Ligue des Champions avec le FC Porto en 2004, a été appelé la saison d’après à diriger l’équipe de Chelsea, mais n’a plus jamais gagné cette épreuve. Pourtant les joueurs mis à sa disposition à Chelsea avaient une cote sur le marché des transferts infiniment supérieure à celle des joueurs de Porto. Au passage on remarquera qu’il en a fait venir plusieurs de Porto et qu’ils ont moins bien réussi à Chelsea.
Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à Porto ils jouaient l’esprit libre, et ne se posaient pas la question de savoir si le dimanche ou le mercredi suivant ils seraient sur le terrain, alors qu’à Chelsea, à part trois ou quatre joueurs (Cech, Terry, Lampard et Drogba), la concurrence joue à fond avec ses avantages et ses inconvénients. On se demande d’ailleurs pourquoi les dirigeants dépensent des sommes folles pour engager des joueurs, dont on sait par avance qu’ils ont de bonnes chances de cirer le banc. Peut-être pour que cela ne profite pas à la concurrence ? C’est sans doute là l’explication, et pour ma part je ne plains pas les joueurs qui quittent un club où ils se sentent bien pour un autre, a priori plus huppé, mais où leur temps de jeu sera limité. Qu’est devenu Malouda à Chelsea et plus encore Chevchenko qui fut Ballon d’Or avec le Milan AC en 2004?
A propos des dirigeants, ils comptent énormément dans les tourments que peuvent ressentir les entraîneurs. Si le patron de Chelsea met à la disposition de son entraîneur les meilleurs joueurs de la planète, ce n’est pas pour être seulement champion d’Angleterre. Pareil pour l’entraîneur du FC Barcelone ou du Real Madrid. Cela dit, les clubs que je viens de citer sont loin de briller régulièrement en Ligue des Champions, malgré l’embauche de ce que les dirigeants ont appelé d’une manière puérile « les galactiques ou les fantastiques ». Avec infiniment moins de moyens, Monaco était allé en finale de la Ligue des Champions en 2004, après avoir battu Chelsea et le Real Madrid. Didier Deschamps avait su faire l’amalgame entre des jeunes joueurs, quelques autres un peu plus âgés, et quelques réservistes de grand club en manque de temps de jeu (dont Morientes prêté par le Real Madrid).
Là, le rôle de l’entraîneur avait été déterminant et il a pu réellement s’exprimer, au moins autant que dans le premier cas que j’ai cité, type Porto. Ensuite le plus dur sera de confirmer car, d’une part, certains joueurs ayant attiré l’attention dans ces joutes européennes sont sollicités et, d’autre part, ils peuvent prendre carrément la grosse tête ayant l’impression d’avoir changé de statut. C’est ce qui est arrivé à Monaco en 2005 et, à un degré moindre, ce qui arrive en ce moment à un club que j’aime beaucoup, les Girondins de Bordeaux. Pour le moment l’équipe, pourtant sérieusement renforcé quantitativement, tâtonne au point de stagner au milieu du classement de Ligue 1.
Certes nous n’en sommes qu’à la cinquième journée, mais le bilan n’est pas bon avec deux victoires et un match nul. Là où les Girondins gagnaient l’an dernier, même en jouant mal, ils perdent cette année, même en jouant bien. Que fait le coach Laurent Blanc ? Lui aussi semble un peu désemparé avec son effectif renforcé, ne sachant pas trop comment gérer cette concurrence. Il doit faire tourner son effectif, mais il ne doit pas non plus négliger ni le championnat, ni la Ligue des Champions. A un certain niveau il faut savoir gérer, ce que n’a pas su faire l’an passé Laurent Blanc en sacrifiant une Coupe de l’UEFA où Bordeaux avait sa chance. En tout cas, cette année on va savoir si Blanc a vraiment l’étoffe d’un grand entraîneur.
Mais il n’y a pas que le football qui soit dans ce cas. Le rugby, devenu professionnel, a de nos jours les mêmes problèmes. A Toulon, on attend monts et merveilles du nouveau RCT entraîné par celui qui fut, il y a peu encore, le meilleur joueur du monde, Tana Umaga. Aujourd’hui Umaga ne joue plus, mais entraîne. Il peut constater que finalement c’est un rôle infiniment plus difficile que celui de jouer, surtout si les attentes sont très fortes comme c’est le cas à Toulon, au point de voir le président se poser déjà la question de son maintien à la tête de l’équipe…après quatre matches. Il paye, donc il veut des résultats : c’est la dure loi du genre. Mais c’est cela le professionnalisme !
Michel Escatafal
17:11 Publié dans football | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
12.09.2008
A propos du retour d'Armstrong...
Le retour d’Armstrong alimente bien évidemment la rubrique cycliste de ces derniers jours dans tous les journaux, et pas seulement les quotidiens sportifs. En ce sens il fait du bien au vélo, car cela fait parler d’un sport qui a subi beaucoup de coups au cours des dernières années. En revanche son retour suscite des interrogations plutôt négatives, car beaucoup se disent qu’a priori il ne peut pas espérer gagner le Tour de France après trois ans sans compétition. D’ailleurs, il suffit de voir les difficultés qu’éprouvent les coureurs sanctionnés pour dopage, quand ils essaient de retrouver le rang qui était le leur auparavant, pour en être persuadé. Ils y arrivent parfois mais, à ma connaissance, pas à 38 ans.
D’ailleurs Ivan Basso lui-même, ancien grand rival d’Armstrong, est obligé de s’auto persuader qu’il retrouvera son meilleur niveau, pour entretenir en lui cette foi qui lui a permis de continuer à s’entraîner comme un forcené pendant les 21 mois de sa suspension, suite à l’affaire Puerto. Or Basso n’a que 31 ans et dans son esprit, contrairement à Armstrong, il a toujours été coureur cycliste. La preuve, il n’a cessé de s’entraîner à escalader les grands cols du Tour de France ou du Tour d’Italie pour être opérationnel dès le début de la saison 2009. Pour autant, il est loin d’affirmer qu’il gagnera ou regagnera un jour le Tour ou le Giro. Il essaiera de le faire et il espère qu’il le fera.
Armstrong lui n’a pas ce type de doute puisque, pour lui, son retour est synonyme de victoire dans le Tour 2009. Comment peut-il faire pareille annonce ? Est-il si sûr de son coup ? Difficile à dire, mais si j’en crois les grands anciens (Hinault, Fignon, Jalabert) c’est le scepticisme qui prévaut, davantage d’ailleurs en raison de la durée de l’arrêt de toute compétition que de l’âge. Et je ne parle pas de certains directeurs sportifs, eux-mêmes anciens coureurs, comme Jean-René Bernaudeau et Marc Madiot, ce dernier estimant qu’il ne voyait « pas comment il peut regagner le Tour de France ou alors les autres sont tous des peintres », ajoutant ensuite « avant de prétendre regagner le Tour, il faut d'abord que Lance Armstrong s'explique sur ce qui s'est passé en 1999».
En disant cela, Marc Madiot met le doigt sur ce qui va nécessairement poser problème si Armstrong gagne de nouveau le Tour : c’est la suspicion qui va se généraliser. En effet, comment va réagir le public si Armstrong bat des coureurs comme Contador, Valverde, Sastre ou Evans au sommet de leur carrière? Sera-ce un bien pour le cyclisme, et surtout celui-ci va-t-il y gagner en crédibilité ? Certainement pas, car les gens se diront qu’un coureur de 38 ans qui n’a plus couru depuis trois ans ne peut pas battre à armes égales les meilleurs, beaucoup plus jeunes que lui, qui en outre n’ont jamais cessé de faire les sacrifices nécessaires à la compétition.
Alors dans ce cas, espérons qu’Armstrong aura la sagesse de revenir sur sa décision. S’il veut rendre service au cyclisme, qu’il le fasse en prenant en main une équipe où la lutte contre le dopage serait le credo officiel, comme on le voit dans certaines formations, quitte à perdre des courses que l’on aimerait gagner. Et s'il parvenait à gagner le Tour de France en étant le directeur sportif d'une telle équipe, cela ferait tellement de bien au vélo.
Michel Escatafal
17:24 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
