08.09.2008

L'histoire du football français est un éternel recommencement

batteux.jpgL’équipe de France a donc perdu samedi soir son premier match de qualification à la Coupe du Monde 2010, à l’issue d’un match n’annonçant rien de bon pour la suite de la compétition. Nul n’est besoin d’être un grand technicien, ni même un technicien tout court, pour s’apercevoir que cette équipe dans sa configuration actuelle n’a pas d’avenir. Certes les Autrichiens sont moins nuls que certains ne le disaient, mais ce ne sont pas pour cela des foudres de guerre. C’est une équipe vaillante qui joue avec ses atouts ce qui, apparemment, était suffisant pour battre l’équipe de France.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire du football français que l’on assiste à une évolution comme celle que nous connaissons depuis la retraite de Zidane et ses amis. En effet, il ne reste aujourd’hui qu’un seul joueur de la fameuse équipe qui remporta la Coupe du Monde 1998, et le Championnat d’Europe des Nations  2000. Ce joueur s’appelle Thierry Henry, mais ses performances sur le terrain n’ont rien à voir avec le joueur que l’on a connu, et notamment celui qui s’était imposé comme le meilleur joueur de l’Euro 2000. Il aurait pu y en avoir un autre, David Trezeguet, mais chacun sait que Domenech ne l’aime pas, donc c’est suffisant pour ne pas lui faire confiance.

En tout cas, ce que nous vivons aujourd’hui avec l’équipe de France, nous rappelle ce qui s’est passé après l’épopée de 1958 en Suède où la France termina 3è de la Coupe du Monde, avec dans ses rangs le meilleur joueur de la compétition, Raymond Kopa,  le meilleur buteur, Just Fontaine et autour d’eux,  des joueurs comme Kaelbel, Jonquet, Penverne, Piantoni et Vincent, tous parmi les meilleurs à leur poste. Après la Coupe du Monde, Fontaine se blessa gravement, puis ensuite Kopa,  et la génération dorée s’éteignit doucement.

Il faudra attendre 20 ans pour retrouver une génération du niveau de la précédente. De plus les différents sélectionneurs, Verriest, Guérin, Boulogne, étaient loin d’avoir le charisme d’Albert Batteux (photo), l’entraîneur de 1958 qui était aussi celui du Stade de Reims, d’où étaient issus plus de la moitié des joueurs demi-finalistes  de la Coupe du Monde. Heureusement, en 1978, la France qui s’était donné pour sélectionneur Michel Hidalgo, un ancien rémois formé à l’école Batteux, retrouva une génération de joueurs exceptionnels  emmenée par Michel Platini, qui a été avec Maradona le meilleur joueur de son époque.

Là aussi les coéquipiers  étaient de grande qualité, notamment Battiston, Amoros, Trésor, Tigana, Giresse, Fernandez, Rocheteau ou Six. Ils permirent à la France d’aller deux fois en demi-finale de la Coupe du Monde,  et de remporter  son premier trophée en 1984 avec le Championnat d’Europe des Nations. Hélas à partir de 1986 ces joueurs s’arrêtèrent les uns après les autres et, comme la fois précédente, les sélectionneurs se succédèrent sans résultats probants.

En fait, à part Henri Michel qui avait été l’entraîneur des champions olympiques 1984 et celui de l’équipe de France 1986, les sélectionneurs qui le remplacèrent, Platini et Houiller, n'obtinrent pas de grands succès. La preuve, après une piteuse élimination de la phase finale de la Coupe du Monde 1990, les Français ne passèrent pas le cap du premier tour au Championnat d’Europe des Nations 1992, et ne se qualifièrent pas pour la Coupe du Monde aux Etats-Unis en 1994, malgré un groupe en phase de qualification qui n’avait rien de terrifiant.

Puis  vint Aimé Jacquet. Arrivé un peu sur la pointe des pieds malgré plusieurs titres remportés avec les Girondins de Bordeaux, mais aussi quelques échecs avec des clubs moins huppés, il allait se révéler un remarquable meneur d’hommes. Il décidait  notamment de faire le choix de la jeunesse en faisant confiance, contre vents et marées,  à une nouvelle génération emmenée elle aussi par celui qui deviendra à son tour le meilleur joueur de la planète, Zinédine Zidane. Inutile d’en dire plus, tout le monde connaît la suite. Cela dit, l’histoire est en train de se répéter. Lemerre ayant mené la France au titre européen en 2000, dans la continuité de 1998, un peu comme Henri Michel en 1986 quand il avait succédé à Hidalgo, il ne put offrir à la France une deuxième étoile car il avait sans doute atteint son seuil de compétence. Lui succédèrent ensuite en 2002 Santini, bon entraîneur de club qui fit ce qu’il put, et Domenech à partir de 2004.

Avec lui, nous sommes entrés dans l’ère de l’improvisation à tous les niveaux. Après avoir enregistré, sans essayer de les retenir, le désir des grognards d’arrêter leur carrière internationale (Thuram, Makelele et Zidane), il dut se résoudre piteusement à les rappeler sous la pression de l’opinion publique qui réclamait des résultats. Grâce à eux, la France finit par se qualifier  pour la Coupe du Monde 2006 et arriva même en finale, emmenée par un super Zidane qui, en  fait, était le vrai patron de l’équipe. Domenech n’était pas pour grand-chose dans ce résultat inespéré.

Il était dû au génie d’un joueur exceptionnel, aidé par des cracks comme Barthez, Thuram, Makelele, Vieira et Henry. Aujourd’hui, ils sont tous partis ou presque et le roi Domenech est nu. Et manifestement, il ne peut pas faire mieux qu’en 2004-2005, car il n’a plus Zizou et ses copains. Il a certes encore d’excellents joueurs sous la main, mais ils ne sont pas bons en équipe de France. Il y a à coup sûr un problème. Je crois que Deschamps peut se préparer à intervenir car cela ne peut pas continuer ainsi. La communication et les gaudrioles ne suffisent plus à masquer certaines faiblesses.

Michel Escatafal

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