31.08.2008

Une année de F1 à retenir à travers le souvenir d’un champion du monde

ferrari 156.jpgC’est une information qui a dû passer inaperçue  aux yeux de beaucoup, car elle concerne un pilote automobile qui a eu son heure de gloire il y a presque 50 ans. En effet Phil Hill, qui fut le premier américain à être champion du monde de Formule 1 en 1961, est décédé ces derniers jours dans un hôpital californien à l’âge 81 ans. Ce pilote, avec ses trois victoires, n’aura pas marqué l’histoire de la discipline autant que certains de ses collègues de la fin des années 50 et du début des années 60 (Fangio, Moss, Brabham, Graham Hill ou Clark), mais il a été sacré champion du monde au cours d’une année très riche en évènements de toutes sortes.

Avant d’examiner de plus près les évènements heureux et malheureux qui ont émaillé le cours de l’année 1961, il faut rappeler que Phil Hill était un pilote talentueux, très à l’aise sur les circuits rapides, et aussi très fidèle puisqu’il a fait l’essentiel de sa carrière chez Ferrari. En effet, sur 48 grands prix disputés au cours de sa carrière, il en a couru 31 au volant d’une Ferrari et, comme c’était un pilote éclectique, ce qui était assez courant à l‘époque, c’est aussi sur  Ferrari qu’il a remporté à trois reprises les 24 heures du Mans en 1958, 1961 et 1962 (avec Olivier Gendebien), mais aussi de nombreuses autres courses d’endurance.

Le titre de champion du monde que Phil Hill a remporté n’est pas le seul évènement de l’année 1961, comme je l’ai évoqué auparavant. Tout d’abord, 1961 marque un tournant important dans l’histoire de la F1 parce que le moteur qui était d’une cylindrée de 2,5 litres passe à 1,5 litres (comme les F2), ce qui n’était plus arrivé depuis l’année 1953. Compte tenu du passé de la Scuderia Ferrari et de ce que nous savons d’elle aujourd’hui, il est évident que Ferrari ne pouvait que remporter ce premier championnat du monde avec cette nouveauté technologique. Ferrari l’a fait d’autant plus facilement que la Scuderia avait quasiment sacrifié l’année 1960 pour mieux préparer la voiture de l’année suivante, alors que les autres écuries espéraient jusqu’au dernier moment que le règlement ne changerait pas. Gagner, c’est prévoir et en F1 plus que partout !

Bien entendu, les deux premières places du championnat 1961 ont été prises par deux pilotes Ferrari, avec leur voiture devenue célèbre par son nez de requin (photo) qui fut aussi la première Ferrari de course à adopter le moteur arrière. L’un d’eux est décédé au cours du Grand Prix d’Italie, alors qu’il était en tête du championnat. Ce pilote était allemand et il s’appelait Wolgang Von Trips, fils d’une famille noble allemande, qui eut toujours en course (et ailleurs) un comportement de gentleman. Il trouva la mort suite à un accrochage avec Jim Clark, sans que l’on sut jamais qui avait causé l'accident en percutant l’autre, mais les conséquences de cet accident furent d’autant plus dramatiques qu’en plus de la mort du pilote, 14 personnes périrent, fauchées par les débris de la monoplace qui s’était envolée suite à l’accrochage.

Outre la nouveauté technologique et cet épisode dramatique qui a marqué une nouvelle fois l’histoire du sport auto, hélas assez courant à l’époque, il y a eu aussi un évènement beaucoup plus heureux, puisque pour la première fois un pilote participant à son premier grand prix a remporté la victoire. C’est d’ailleurs à ma connaissance un fait unique. Ce pilote s’appelait Baghetti, et ce fut d’ailleurs sa seule victoire. Qui plus est cette victoire fut remportée par le plus infime écart que l’on ait jamais vu dans la discipline. C’était à Reims, lors du Grand Prix de France, et Baghetti l’emporta …pour 1/10è de seconde devant l’Américain Dan Gurney sur Porsche.

Enfin, nous terminerons cette page d’histoire relative à l’année 1961 en pensant à un pilote qui avait tout pour être un très grand, mais qui hélas fut victime d'un accident mortel lors des essais de son grand prix national, au Mexique, qui en plus était hors championnat du monde. Ce pilote, Ricardo Rodriguez, réalisa lui aussi un exploit en se qualifiant sur la première ligne de la grille à son premier grand prix, sur une voiture qu’il n’avait pratiquement pas conduite jusque là. Cet exploit sera réalisé par quelques autres, Mario Andretti en 1968, Carlos Reutemann en 1972 et Gilles Villeneuve en 1996 qui firent la pole position, mais ceux-ci avaient une meilleure connaissance de leur auto grâce aux essais auxquels ils avaient participé auparavant.

En disant cela je m’aperçois que je n’ai parlé que de faits ayant eu lieu il y a déjà de nombreuses années. Cela étant, depuis la création de son championnat en 1950, la Formule 1 appartient à l'histoire. Elle a d'ailleurs tellement évolué qu’elle fait partie avec ses  18 grands prix, et sans doute bientôt 20, des évènements incontournables du sport moderne, en tout cas les plus médiatisées. Ses pilotes vedettes sont connus dans le monde entier,  et gagnent des sommes comparables aux  plus grands basketteurs de NBA ou aux meilleurs joueurs de football. Cela dit cette élite est infiniment plus restreinte car, dans cette discipline, seule la victoire compte. Et pour espérer remporter une victoire, il faut nécessairement disposer d’une des meilleures voitures du plateau, mais seuls les meilleurs peuvent espérer avoir un des volants les plus convoités. Quant aux autres, ils se contenteront de ramasser les miettes, ce qui peut paraître normal dans la mesure où certains d’entre eux vont jusqu'à acheter leur volant…pour faire de la figuration.

Michel Escatafal

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