23.08.2008
Prendre exemple sur la natation
Encore une fois le constat est cruel pour l’athlétisme français, nous allons finir les Jeux Olympiques avec une seule médaille d’argent, celle de Mekhissi (photo) au 3000 m steeple. Oh certes ce n’est pas la première fois que cela arrive, mais là il semble que nous ayons touché le fond, même si certains observateurs affirment que notre athlétisme ne se porte pas si mal si on comptabilise le nombre de finalistes. On se console comme on peut, ce qui est consternant, car si l’on commence à regarder les résultats de cette manière, cela signifie que l’on n’est pas décidé à changer quoi que ce soit pour l’avenir. Cela dit que faut-il faire ?
Ce n’est évidemment pas moi qui vais dire ce qu’il faut changer ou pas. Il y a des gens payés pour cela qui… jusque là n’ont pas fait leur travail. Toutefois, il y a matière à discuter sur un point que personne ne contestera, et à propos duquel il n’est nul besoin d’être un spécialiste de l’athlétisme, à savoir les critères de sélection. Et pour cela il y a de nombreux exemples à l’étranger qui prouvent l’efficacité d’un système où les critères de sélection sont sévères, et apportent très rapidement des résultats. Il n’y a même pas besoin d’aller à l’étranger, puisque la natation française a adopté il y a déjà quelques années ces critères, avec le succès que l’on connaît.
Rappelons pour mémoire que jusqu’en 2000, la natation avait un bilan en termes de médailles aux Jeux Olympiques qui s’apparentait à celui de l’athlétisme. Mais depuis 2004 les choses ont changé au point que, malgré la défaillance de l’icône de la discipline jusqu’à cette année, Laure Manaudou, la France a récolté 6 médailles dont une en or au 100 m nage libre. Elle s’est même peut-être privée, avec son mode de sélection hyper rigoureux, d’une ou deux médailles supplémentaires. La comparaison est douloureuse pour l’athlétisme, mais c’est la vérité.
Mais que font donc les dirigeants de la natation par rapport à ceux de l’athlétisme ? Tout simplement, ils organisent des épreuves de sélection obligatoires quelques semaines ou quelques mois avant les grandes compétitions, et seuls sont qualifiés ceux qui ont satisfait aux critères liés au temps et à la place. C’est douloureux pour certains, car avec les performances qu’ils ont réalisées ils pouvaient postuler à un podium olympique. De plus, malheur à ceux qui sont malades ou blessés au moment des sélections, car il n’y a pas de repêchage possible. Dura lex, sed lex ! On a ainsi vu aux Etats-Unis, pour ne citer qu’eux, des athlètes ou des nageurs dominer leur spécialité pendant plusieurs années, et ne pas aller aux J.O. parce qu’ils ne s’étaient pas qualifiés.
Certains vont me dire que vu le niveau de notre athlétisme, ces critères ne sont pas pertinents car nous n’avons évidemment pas la même densité que les Américains. Je répondrais qu’en France, c’étaient les mêmes reproches qui étaient faits à propos de la natation pour les sélections aux championnats du monde ou aux J.O., au point qu’on a éliminé de la sélection pour les J.O. en 2004 Roxana Maracineanu, alors qu’elle avait été championne du monde (200m dos) et médaillée d’argent aux J.O. de 2000. Cela dit les résultats ont donné raison au Directeur Technique National qui avait pris la décision d’imposer ces normes très dures, et je suis convaincu que c’est ce que nous devrions faire en athlétisme.
De toute façon, on ne risque rien en prenant une telle décision car les résultats sont désastreux. Depuis 1948 (16 J.O.), nous avons eu en tout et pour tout 10 médailles d’or avec 7 athlètes différents, car Micheline Ostermeyer a gagné le disque et le poids en 1948, et Marie-José Pérec a remporté deux fois le 400m, en 1992 et 1996, et le 200 m en 1996. Pire encore, en dehors des 8 médailles obtenues en 1948, nous n’avons jamais dépassé le total de 4 médailles, en 1984 (année du boycott des pays de l’Est) à Los Angeles et en 1996 à Atlanta. Sinon le chiffre se situait entre une et deux médailles…comme cette année.
A propos de cette année, comment aurait-il pu en être autrement ? On a sélectionné des athlètes hors de forme, sans performance en 2008, et aux championnats de France on a laissé certains de nos meilleurs espoirs de médaille faire l’impasse sur cette compétition…pour continuer à s’entraîner. Et pendant ce temps dans nombre d’autres pays, les championnats nationaux servaient d’épreuves de sélection. Résultat, nous figurons parmi les derniers en Europe et dans le monde quant au nombre de médailles, et la seule que nous ayons eue est venue d’un athlète qui, pour sa part, a participé aux championnats de France et à la Coupe d’Europe, snobée elle aussi par nombre d’athlètes. Espérons que cela servira de leçon pour l’avenir, et qu’avant de faire la révolution dans les instances, on mette en place un système où ceux qui n’ont aucune chance de briller resteront chez eux. Une seule médaille pour 60 athlètes, c’est vraiment trop peu et on ne peut pas faire plus mal !
Michel Escatafal
10:20 Publié dans athlétisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sport

Commentaires
l'athlé doit se mettre au boulot et gagner en rigueur.
Ne pas envoyer les athlètes en "vacances" à l'étranger en est le début.
Rapelons-nous que la DTN de natation a choisi en 2000 de n'envoyer aux Championnats que des finalistes potentiels (temps parmi les 8 meilleurs du monde). Avec les résultats que l'on connait depuis. Mais en 2001, il y avait 5 nageurs au Championnat du Monde à Fukuoka....
Qui osera-t-on envoyer à Berlin l'an prochain ? Des athlètes médaillables ou des touristes se baladant sous la porte de Brandebourg ou sur Unter den Linden ?
Ecrit par : Florian | 25.08.2008
quelle surprise de voir si peu dze commentaires sur tin billet ! :)
Ecrit par : laure manaudou | 04.12.2008
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