14.08.2008
Les belles matinées de Pékin

Décidément les matinées sont belles aux Jeux Olympiques pour les Français, avec chaque jour une médaille d’or, dont une en lutte qui est une discipline que la plupart des Français ne connaissent pas, moi y compris, et qui pourtant figure parmi les sports les plus anciens qui puissent exister. C’est cela la magie des Jeux, et c’est bien ainsi. Et puis, entre hier et aujourd’hui, on a un peu moins parlé de Phelps car, s’il est le plus complet des nageurs de la planète, il n’est pas le plus rapide. Celui-ci en effet est français, et il s’appelle Alain Bernard.
C’est évidemment un exploit retentissant qu’a réalisé Bernard, car d’une part le 100 m est la distance reine de la natation, comme en athlétisme, mais aussi parce qu’après sa déconvenue en finale du relais 4X100 m, il a su se remobiliser pour remporter le titre olympique sur 100 m nage libre. Il a aussi démontré que si les Français savent être des perdants magnifiques, ils peuvent aussi répondre présent le jour J, celui où ils sont attendus. Peu de compétiteurs français ont dans l’histoire réussi ce type de performance. En tout cas en natation ce fut rarement le cas.
On a plusieurs fois connu des Français, recordmen du monde, se présenter en favoris aux Jeux Olympiques et échouer en finale. En remontant très loin, il y a eu Jean Taris en 1932 à Los Angeles qui était le favori du 400 m et qui termina 2è, puis ensuite Alex Jany, multiple recordman du monde du 100 m et du 200 m, qui ne fut même pas médaillé en individuel en 1948 à Londres, tout comme Alain Gottvalles qui termina 5è du 100 m à Tokyo en 1964, alors qu’il détenait lui aussi le record du monde. C’est pour cette raison qu’on avait peur que le syndrome de la peur fasse de nouveau ses effets, même si au vu des séries et des demi-finales on se doutait que Bernard était costaud dans sa tête.
En fait son parcours olympique ressemble beaucoup à celui de Jean Boiteux, champion olympique du 400m en 1952 à Helsinki. Comme Boiteux, Bernard figurait parmi les grands favoris. Comme Boiteux, il a pulvérisé en demi-finale le record olympique. Comme Boiteux enfin, c’est dans les 20 derniers mètres qu’il arracha la victoire pour l’emporter d’extrême justesse (6/10è pour Boiteux et 11 centièmes pour Bernard). Enfin comme Boiteux, cette médaille d’or est une première pour la natation française car, si Boiteux fut le premier nageur français champion olympique, Bernard sera pour l’éternité le premier français champion olympique du 100m.
En fait la seule réelle différence entre les deux nageurs se situe au niveau de l’âge. Boiteux avait 19 ans quand il fut champion olympique, alors que Bernard a 25 ans. Cela étant, à l’époque un nageur de 25 ans était considéré comme vieux, alors qu’aujourd’hui au même âge il a encore un bel avenir devant lui. L’immense Popov, pour ne citer que lui, était encore champion du monde du 50 m et du 100 m en 2003, à 32 ans. En parlant du titre de champion du monde, c’est à présent le seul qui manque à la panoplie d’Alain Bernard. Nul doute qu’il va réparer tout cela très vite.
Un dernier mot enfin à propos d’Alain Bernard, et je le consacrerai à son second, l’Australien Eamon Sullivan. C’est un beau perdant, car il a déclaré tout de suite après la course : « Alain mérite son titre ». Compte tenu de son parcours tout au long des Jeux cela mérite un coup de chapeau, car n’oublions pas qu’il a déjà battu deux fois le record du monde pendant les compétitions. En tout cas le 50 m qui reste à disputer, et où les deux hommes vont de nouveau s’affronter, s’annonce passionnant. Les records vont sans doute valser dans les heures qui viennent.
Espérons enfin que ce titre va permettre à Laure Manaudou de retrouver un peu de sa superbe. Sans connaître la natation, on peut quand même affirmer que même si elle a perdu beaucoup de temps dans les changements qui ont touché sa vie, elle n’a pas perdu sa classe. Alors pourquoi pas un déclic ? C’est ce que nous lui souhaitons, d’autant que c’est quand même elle qui a déclenché cette vague qui porte de nos jours la natation française.
Michel Escatafal
08:25 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

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