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01.07.2008

Vérité en deça des Pyrénées ou des Alpes...

aragones.jpgIl n’est peut-être pas trop tard pour revenir sur le Championnat d’Europe des Nations qui a vu la victoire méritée de l’équipe d’Espagne. Voilà au moins une compétition où, pour une fois, on n’aura fait que parler football et où le grand gagnant aura été justement le football. Cela démontre à l’envie que finalement, arbitrage vidéo ou pas, quand une équipe domine les autres,  elle gagne sans aucune contestation possible.

Le parcours de l’Espagne au cours de ce Championnat d’Europe, me fait penser à celui de l’Equipe de France en 1984, Michel Platini en moins. Si j’évoque le nom de l’actuel président de l’UEFA, c’est parce qu’à l’époque il avait archi dominé la compétition par sa classe, au point qu’on était convaincu une fois pour toutes qu’on ne peut remporter une compétition planétaire ou continentale qu’avec la présence d’un joueur au dessus du lot. Platini était celui-là en 1984, comme Zidane l’a été en 1998 et 2000 lors des victoires en Coupe du Monde et au Championnat d’Europe, pour ne citer que des exemples français.

En revanche, cette année l’équipe d’Espagne formait un tout avec, certes, quelques joueurs de très grande classe dans ses rangs, comme Torrès, Villa, Senna ou le gardien Iker Casillas, mais il n’y avait pas "la star" comme on dit, c’est-à-dire un Cristiano Ronaldo ou un Messi. Cela étant, même sans un joueur de ce calibre, l’Espagne était de loin la plus forte, car elle n’avait pratiquement pas de faiblesses dans toutes ses lignes, pour parler comme les techniciens. Ceux-là d’ailleurs n’ont pas de mots assez élogieux pour le sélectionneur espagnol, bien connu en Espagne car il a entraîné avec succès de nombreux clubs.

Luis Aragonés, que pour ma part j’ai beaucoup villipendé quand il a tenu des propos racistes scandaleux vis-à-vis de Thierry Henry, pour soi-disant motiver l’équipier de ce dernier à Arsenal, Reyes, a su transformer au fil des ans son équipe au point d’en faire une belle machine à gagner. Mieux même il a su exorciser, si j’ose dire, le syndrome espagnol qui consistait à gagner tous les matches amicaux, de qualification ou de poule, mais à butter au dernier moment dans les phases finales.

Il a su aussi résister à la pression populaire en se privant délibérément des services de Raul, la star du Real Madrid et de la sélection espagnole jusque là, pour laquelle il a marqué plus de 40 buts. Seul un entraîneur sûr de sa force (champion d’Espagne, 4 Coupes d’Espagne et une Coupe Intercontinentale), et  des forces à sa disposition pouvait faire cela, rappelant ce qu’avait fait Aimé Jacquet en 1996 au Championnat d'Europe des Nations, qui avait préféré sélectionner  un Zidane blessé plutôt qu’un Cantona ou un Ginola, l’un et l’autre au sommet de leur popularité. Les évènements ont failli lui donner raison tout de suite puisque les Français ont été éliminés en ½ finale aux tirs au but par la République Tchèque, après que Djorkaeff en fin de match eût tiré sur la barre.

En faisant cela Aimé jacquet avait préparé les années 98-2000, comme Luis Aragones a préparé avec son groupe, encore jeune, l’Euro 2008 et la Coupe du Monde 2010. Gageons que l’Espagne sera très difficile à battre en Afrique du Sud, si elle conserve l’état d’esprit qui est le sien, et si elle a la chance d’être épargnée par les blessures, ce qui est toujours un risque quand une sélection est construite avec des joueurs appartenant à quelques uns des meilleurs clubs européens.

Et pendant ce temps, la France s’apprête à repartir avec Domenech… pour, dans un premier temps,  se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde 2010. Espérons simplement que Domenech saura mieux faire l’amalgame, entre les anciens qui vont rester et les jeunes qui vont arriver, qu'il ne l'a fait jusqu'à présent. Souhaitons surtout qu’il retrouve un peu plus de créativité, à défaut d’humilité, pour faire ce que Jacquet, Aragones ou Lippi ont fait avant leurs victoires mondiales ou européennes, à savoir donner une âme à leur équipe. Au fait, à propos de Lippi, rappelons que la fédération italienne n’a pas hésité à se séparer d’un sélectionneur (Donadoni) au palmarès certes aussi vierge que celui de Domenech, mais qui a échoué en ¼ de finale de l’Euro… aux tirs aux buts. On est vraiment cruel dans la Péninsule, en comparaison avec la France.

Michel Escatafal

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