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02.05.2008

La formation à la française ne doit pas avoir pour seul but de vendre nos meilleurs joueurs

15164422.jpgEn regardant les matches de Ligue des Champions, je me suis aperçu que la formation à la française avait réellement été une des grandes réussites de nos clubs. Ceux-ci en effet ne gagnent jamais rien sur le plan européen, mais en contre partie ils fournissent en joueurs de talent les plus grands clubs qu’ils soient espagnols, allemands, italiens ou anglais. En quelques décennies notre football est devenu, plus que le Brésil et l’Argentine, le plus grand réservoir de valeurs sûres dans le monde, alors que jusque dans les années 90, la quasi-totalité de nos footballeurs restaient en France.

Faisons un peu d’histoire et remontons le temps jusqu'en 1950. Quels sont les joueurs français qui se sont expatriés après la 2è guerre mondiale ?  Antoine Bonifaci qui, après des débuts prometteurs à Nice, partit très vite en Italie où il joua dans quelques clubs prestigieux comme l’Inter, Bologne ou le Torino. Il fit donc une belle carrière à l’étranger mais, curieusement, cela  ne lui permit pas de jouer très souvent en Equipe de France. Il est vrai qu’en France à cette époque, entre Penverne, Marcel et Leblond, nous étions bien fournis en milieu de terrain, comme nous disons aujourd’hui.

Ensuite il y eut Raymond Kopa bien sûr, au Real Madrid entre 1956 et 1959. Nous n’insisterons pas à son propos, sachant qu’il était à son époque un des deux meilleurs joueurs de la planète, avec Di Stefano. Ensuite, au Real, puis à Barcelone, il y eut Lucien Muller en provenance de Reims. Pour ce milieu de terrain offensif (on disait à l’époque inter), ce fut aussi une totale réussite, à l’inverse de Wisnieski qui ne réussit pas très bien en Italie, à Gênes, bien qu’il fût un joueur emblématique de l’Equipe de France en Suède en 1958. Enfin, il y a le cas du franco-argentin Nestor Combin, qui joua un an à la Juventus et  3 ans au Milan AC après avoir débuté en France à Lyon. Son passage outre-Alpes laissa une impression mitigée, car il ne fut pas toujours titulaire dans les clubs où il est passé.

Et puis plus rien ou presque  jusque dans les années 90, à la notable exception de Michel Platini (1982-1987) qui est encore considéré aujourd’hui comme le joueur du siècle de la Juventus. Ensuite ce fut la révolution avec l’éclosion de multiples talents formés dans nos clubs, résultats d’une politique dessinée dans les années 70 par un des sélectionneurs les plus décriés que l’on ait connu, Georges Boulogne. Les clubs français se mirent à faire de la prospection et misèrent tout sur la formation. Bien leur en a pris, puisque nos joueurs ont joué ou jouent dans les plus grands clubs…pour le grand profit de notre Equipe de France qui compte, au moins pour celle de1998-2000, parmi les plus grandes équipes nationales de tous les temps,  au même titre que le Brésil 1958 ou 1970 ou la Hongrie 1952-1956.

Le seul problème hélas est que nos clubs forment des joueurs… qu’ils sont incapables de garder, faute nous dit-on de moyens. Cela est vrai, mais si nos clubs ont moins de moyens, c’est tout simplement parce que l’engouement des Français pour le football est moins grand qu’à l’étranger. On va moins au stade, on achète moins de produits dérivés et, il faut le reconnaître, il y a la DNCG (Direction Nationale de Contrôle de Gestion) qui empêche les clubs de faire n’importe quoi sur le plan financier. Quand on compare les dettes de nos clubs avec celle de quelques grands clubs européens, il y a un gouffre parce que les clubs français n’ont pas la possibilité de faire des folies comme en Angleterre, en Espagne ou en Italie. En France on n’accepte pas que les charges sociales ne soient pas payées pendant des années.

Mais comme je l’ai déjà dit ici-même, l’argent n’est pas tout. Le Zénith de Saint-Petersbourg est-il beaucoup plus riche que Lyon ou Marseille ? Sûrement pas, ce qui ne l’a pas empêché d’éliminer en Coupe de l’UEFA l’OM, mais aussi le Bayern de Munich hier soir. Il y a aussi l’attitude frileuse des dirigeants de nos clubs les plus importants. On n’ose pas, on a peur. On voudrait, mais il y a toujours quelque chose qui nous empêche de faire. On vit au jour le jour et même nos entraîneurs, y compris ceux qui ont joué à l’étranger, ont cette attitude. Il suffit de voir comment Laurent Blanc a sacrifié la Coupe de l’UEFA pour, dit-il, se consacrer au championnat. Certes, son équipe est qualifiée pour la Ligue des Champions, mais elle aurait pu gagner la Coupe de l’UEFA, car les Girondins ne sont pas en valeur absolue inférieurs aux Glasgow Rangers ou au Zénith.

Alors que faut-il faire pour que nous gagnions enfin des trophées européens ?  Aller de l’avant avec les joueurs dont nous disposons, les garder aussi longtemps que possible, faire du spectacle comme en Angleterre, et offrir des places abordables pour les spectateurs. On gagnera un peu moins au guichet, mais on vendra davantage de produits dérivés et…on attirera davantage les investisseurs. C’est quand même triste de penser que Didier Drogba, pur produit de la formation à la française, qui voulait rester à Marseille est parti jouer à Chelsea, uniquement parce que  l’OM souhaitait encaisser un gros chèque. C’est triste aussi de se dire qu’en plus de Drogba, il y aura au moins 4 ou 5 joueurs français le 21 mai en finale de la Ligue des Champions (Makelele, Malouda, Anelka, Evra, Silvestre).

Si vraiment on avait réellement voulu les garder, seraient-ils tous partis, surtout si Lyon, Marseille ou Bordeaux disputaient des finales européennes ? De plus, est-ce que les joueurs anglais, mais aussi espagnols ou italiens, s’expatrient facilement? Voilà le type de question que devraient se poser nos dirigeants au lieu de pleurer sans cesse sur le sort de leurs clubs, mal aimés des médias ou des instances, ou de vouloir faire rejouer des matches parce qu’un arbitre s’est trompé. N’est-ce pas Messieurs  Aulas et Rousselot ?

Michel Escatafal