« Si c'est la vérité c'est très grave... | Page d'accueil | La saison cycliste est bien lancée... »
24.04.2008
Ou va le rugby?
Ceux qui ont plus de 40, 50 ou 60 ans se souviennent évidemment du rugby tel qu’on le pratiquait à une époque où il était encore profondément amateur, même si certains bénéficiaient de quelques avantages en nature ou en rémunérations occultes. Il est donc normal que ce sport, devenu professionnel depuis une quinzaine d’années, ait beaucoup évolué à tous points de vue. Tout a changé d’ailleurs dans le rugby, y compris les règles, au point de donner au rugby une ressemblance frappante avec le Jeu à XIII, comme on disait autrefois. En disant cela j’exagère à peine, car il y quand même les touches et les mêlées ordonnées dans le rugby actuel, et il y a n’y pas le tenu comme chez le cousin treiziste.
Toutefois, ce n’est pas cela qui me gêne dans l’évolution de ce sport que nous sommes de plus en plus nombreux à apprécier et à aimer. Ce n’est pas non plus le fait que le professionnalisme ait impliqué la création d’un vrai championnat à 14 clubs formant l’élite, avec évidemment de grosses différences de moyens entre les clubs des villes et ceux des champs, ceci sans connotation péjorative. J’ai été trop longtemps un admirateur du grand F.C. de Lourdes, celui des frères Prat, Martine, Rancoule, Barthe, Domec, Lacaze et quelques années après de Crauste, Gachassin, Campaes, Mir, Dunet et Hauser, pour ne pas aimer les clubs des petites villes.
Non ce qui me dérange dans l’évolution du rugby c’est plutôt que l’on veuille en faire un copier-coller du football, avec tout ce que cela comporte de négatif. Passe encore qu’il faille gagner, toujours gagner, pour vivre ou survivre. Après tout c’est la loi du sport, y compris amateur. Seuls ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de sport peuvent dire que la défaite importe peu. Je n’ai d’ailleurs jamais cru à la devise de Pierre de Courbetin : « l’essentiel c’est de participer ». Cependant c’est une chose de vouloir gagner, et c’en est une autre de vouloir gagner à tout prix, y compris au moyen de produits ou procédés illicites. J’aime trop le rugby pour le voir arriver à ces extrémités.
Cela veut dire que, plus que jamais, il faut être vigilant et d’abord sur l’intégrité physique des joueurs. Quelle est la différence entre un joueur de rugby type années 60 et type année 2008 ? Il est plus grand, il saute plus haut, il est plus fort et…il est beaucoup plus souvent blessé. Le corps du joueur de la décennie 60 supportait parfaitement les charges d’entraînement parce qu’il s’entraînait peu, et ceux qui s’entraînaient davantage le faisaient à travers les travaux des champs. Qui ne se rappelle d’un pilier comme Alfred Roques qui était capable, nous disait-on, de soulever une batteuse d’une seule main. C’était de la force brute et pure à l’époque, qui s’était développée à force de porter des sacs de blé.
En parlant d’Alfred Roques (plus de 30 fois international à la fin des années 50 et au début des années 60), je pense aussi à ce que l’on disait de Bernard Momméjat, son copain 2è ligne de Cahors et du Quinze de France, à savoir que c’était un géant parce qu’il mesurait 1,92 m. Aujourd’hui des géants comme Momméjat, il y en a partout dans les lignes de trois-quarts. Et bien entendu quand à longueur de matches et d’entraînements on prend sans arrêt des coups venant de tels « monstres », cela devient difficile de résister, surtout si la saison dure 10 ou 11 mois. Là cela devient démentiel, surtout pour les meilleurs qui sont naturellement beaucoup plus sollicités que les autres, moins doués. Mais ceux-là aussi se blessent parce que leur régime est presque le même, avec les oppositions à l’entraînement et aussi, parce que les meilleurs étant souvent blessés ou pris par les sélections nationales, ils jouent presque autant.
Alors que fait-on pour résister et tenir ces cadences infernales ? On s’entraîne, on se muscle et bien entendu on fait davantage attention à son hygiène de vie. Mais toutes ces séances de musculation, si elles donnent aux joueurs des corps d’athlète au point d’en faire des icônes de calendriers en tenue d’Adam, procurent une puissance incompatible avec la morphologie d’origine du joueur. Un rugbyman qui mesure 1,75 ou 1,80 m n’est pas nécessairement fait pour peser 90 kg. Parfois il n’atteindra ces mensurations qu’au prix de séances de musculation intenses et répétées plusieurs fois par semaine. Et que se passera-t-il un jour ? Et bien les tendons ou les ligaments casseront parce que les charges qui leur sont infligées sont trop élevées.
C’est cela le principal avatar du rugby professionnel et il est la résultante de tous les autres, notamment le poids de l’argent. Cela je ne peux pas l’accepter. Michel Crauste au milieu des années 60, grand capitaine de Lourdes et de l’Equipe de France avait coutume de dire : « on va faire de vilains vieux ». Moi ce que je voudrais, c’est que les joueurs que j’admire aujourd’hui soient d’aussi vilains vieux que celui que l’on a appelé le Mongol. Je souhaite donc que l’on pense un peu plus à la santé des joueurs, et que ceux qui dirigent le rugby de nos jours, pour la plupart d’entre eux des anciens grands joueurs, essaient de garder à ce merveilleux sport de combat les vertus qui sont les siennes depuis plus de 100 ans. Le rugby appartient à tous, aux joueurs d’abord, aux dirigeants, mais aussi à ceux qui l'aiment. Bon courage à Vincent Clerc!
Michel Escatafal
12:45 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, débats de société
Ecrire un commentaire