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02.04.2008
Les pistards sont les aristocrates du vélo
Les championnats du monde sur piste sont terminés et c’est maintenant l’heure de faire les bilans. Tout d’abord, comme chacun sait, il faut saluer le triomphe britannique avec 9 médailles d’or sur 18 épreuves, ce qui fait beaucoup. Surtout les Britanniques l’ont emporté dans les spécialités reines de la piste, à savoir la vitesse et la poursuite, plus la poursuite dite olympique. Seule la vitesse par équipes, qui prend de plus en plus d’importance au fil des années, leur a échappé au bénéfice de l’équipe de France.
L’équipe de France justement, parlons-en. La France a connu dans la décennie 90, quelques triomphes comparables à celui des Britanniques cette année à Manchester. Elle dominait le sprint avec Rousseau, Gané, Tournant et Frédéric Magné. Elle avait également une remarquable équipe en poursuite avec deux coureurs, Moreau et Ermenault, qui ont remporté le titre individuel respectivement en 1991 et 1997-1998, réalisant même le doublé cette dernière année. Ces deux coureurs avaient aussi permis à l’équipe de France de remporter la médaille d’or olympique en 1996.
Si l’on remonte plus loin dans l’histoire, les Français ont eu la chance d’avoir à peu près à toutes les époques de très grands champions, surtout en vitesse. Parmi les champions les plus titrés dans cette discipline, on trouve en effet plusieurs Français dont Lucien Michard dans les années 20 (4 fois champion du monde), Daniel Morelon (8 fois dans les années 60 et 70 en tant qu’amateur), mais aussi plus près de nous Florian Rousseau en 1996, 1997 et 1998. En revanche les Britanniques jusqu’à cette année avec Chris Hoy, n’ont compté dans la discipline qu’un seul champion du monde, mais quel champion, Reginald Harris titré à 4 reprises entre 1949 et 1954.
Quelques autres pays ont comme la France possédé des grands champions qui ont marqué l’histoire de la vitesse. La Hollande avec Moeskops au début des années 20 qui fut 5 fois champion du monde, puis avec Derksen et VanVliet dans les années 40 et 50 (5 titres à eux deux) et dernièrement avec Théo Bos qui remporta le titre en 2004 et 2006. L’Italie en revanche, grande nation cycliste, connut sa période de gloire uniquement entre 1955 et 1968 avec deux grands champions, Beghetto (3 titres) et surtout avant lui Maspès (7 titres). Depuis, plus rien. Enfin, l’Allemagne doit beaucoup à la RDA d’avoir marqué la discipline, grâce aux 6 titres d’Hesslich ou aux 3 d’Huebner entre 1979 et 1992.
1992 est d’ailleurs une année qui fait date, parce que pour la première fois les championnats du monde se sont déroulés sous la formule dite open, ouverte à la fois aux amateurs et aux professionnels. Il est clair qu’entre 1965 et 1992 les meilleurs sprinters, appelés aussi les aristocrates de la piste, se trouvaient dans les rangs dits amateurs et non en professionnels. C’est la raison pour laquelle on a du mal à situer le Japonais Nakano, roi du keirin dans son pays, qui fut 10 fois de suite champion du monde professionnel entre 1977 et 1986. Qu’aurait-il fait face à Daniel Morelon au sommet de sa forme, ou face à Lutz Hesslich, dont Morelon lui-même dit qu’il fut le plus grand ? A vrai dire personne ne sait, même s’il est vraisemblable qu’il aurait été battu plus souvent qu’il n’aurait gagné. Cela dit ses temps sur 200m étaient excellents.
Cette réunification profita aussi à la poursuite surtout à partir de 1980. En effet dans cette décennie, il est vraisemblable que les poursuiteurs qui couraient en amateur étaient meilleurs que les professionnels. D’ailleurs Alain Bondue, médaille d’argent en amateur en 1980, fut deux fois de suite champion du monde professionnel en 1981 et 1982, en battant Oersted qui avait eu la médaille de bronze en 1980, les deux hommes dominant le Hollandais Oosterbosch, champion du monde professionnel en 1979.
De plus chez les professionnels, nombre de grands routiers avaient choisi de délaisser la discipline, contrairement à ce qui se passait dans les années 40 et 50 où les meilleurs rouleurs participaient au championnat du monde de poursuite. Ainsi à côté de noms comme ceux de Gerrit Peters, le premier champion du monde en 1946, Gerrit Schulte (1948) et Antonio Bevilacqua (1950-1951), on trouve aussi dans le palmarès du championnat du monde Fausto Coppi (1947-1949), Roger Rivière (1957-1958-1959) et Rudi Altig en 1961. A propos de Roger Rivière, au risque de me répéter, rappelons que pour tout le monde il fut certainement le plus grand poursuiteur de tous les temps, battant et rebattant tous les records entre 5Km (distance à cette époque de la poursuite professionnelle) et l’heure.
En conclusion, nous dirons que la tradition de la piste demeure en France. Et dans les années à venir, les promesses sont tout à fait exaltantes, avec de nombreux jeunes qui apparaissent au firmament des épreuves de vitesse, notamment Kevin Sireau (2è de la vitesse cette année à 20 ans), Baugé (2è de la vitesse l’an passé) lui aussi très jeune puisqu’il n’a que 23 ans, sans oublier d’Almeida (19 ans) et Pervis guère plus âgé (24 ans). Et puis n’oublions pas aussi Bourgain qui fait figure de vétéran avec ses 27 ans. Alors réjouissons-nous car l’avenir est assuré, ce qui malheureusement n’est pas le cas en poursuite où la relève n’est pas prête.
Michel Escatafal
14:01 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
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