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02.03.2008
Quel est le meilleur pilote de l'histoire de la F1?
J’avais déjà essayé l’exercice avec le vélo et ce n’était pas facile, mais la difficulté ne me rebute pas. Alors je vais recommencer avec la Formule 1, discipline reine du sport automobile, et essayer de voir quels sont les plus grands champions depuis que la F1 existe, c’est-à-dire depuis 1950. J’ai utilisé pour cela un peu la même méthode que pour le cyclisme, à savoir m’appuyer en priorité sur les palmarès, corrigés toutefois par quelques ratios sans doute beaucoup plus pertinents.
Pourquoi ne pas se contenter des palmarès ? Tout d’abord à la différence du vélo, les épreuves aujourd’hui sont très différentes de celles de la décennie 1950. Il est clair que le nombre de grands prix disputés, par exemple, est beaucoup plus important dans les années 2000 qu’il ne l’était dans les années 50 ou 60. De plus, les circuits sont eux aussi très différents.
On ne peut pas comparer le Nurburgring ou Spa Francorchamps tels qu’ils étaient il y a 30 ans avec les circuits sur lesquels se déroulent à présent les grands prix, quand ils ont lieu. En fait, il n’y a guère que Monaco qui n’ait pas beaucoup évolué et pour cause, le circuit est en ville. Peut-être d’ailleurs est-ce une des raisons pour lesquelles ce grand prix est considéré comme celui qu’il faut absolument gagner dans la saison, même s’il vaut 10 points au vainqueur, comme tous les autres.
Il a donc fallu déterminer les paramètres les plus indiscutables, et ne pas se contenter des courses gagnées ou des titres de champions du monde remportés, auquel cas le grand vainqueur serait Michael Schumacher. Ce dernier en effet possède tous les records de la discipline ou presque. En fait, il n’y en a qu’un qui lui échappe, le nombre de grands prix disputés, qui est évidemment le moins important pour déterminer un classement objectif.
Qui oserait prétendre que Patrese, actuel recordman avec 256 départs, ou Barrichello qui va lui succéder bientôt, sont du calibre de Schumacher qui ne compte que 249 départs ? Personne bien sûr, et si quelqu’un en doutait il suffirait qu’il regarde les statistiques de Schumacher et Barrichello à l’époque où ils étaient équipiers chez Ferrari. Manifestement les deux hommes ne tirent pas dans la même catégorie. L’Allemand est un pur crack, alors que le Brésilien est un très bon pilote.
Alors quels sont les résultats de ces cogitations, sachant que nous avons pris pour critères majeurs les ratios victoires/sur grands prix disputés et pole positions/sur grands prix disputés. Cela donne une idée assez exacte de la réalité. Certes cela favorise les pilotes des années 50 ou 60 qui ne disputaient que quelques grands prix chaque année (7 ou 8 dans les années 50, 10 à 12 dans les années 60) contre 18 maintenant. En revanche, avec 18 grands prix dans une saison, un pilote disposant de la meilleure machine peut très bien en remporter 11 ou 13, ce qui a été le cas de Michael Schumacher en 2002 et 2004.
Il est donc normal que le premier de ce classement soit celui qui a longtemps été le symbole de la F1, Juan-Manuel Fangio, 5 fois champion du monde entre 1951 et 1957. Celui-ci avec 24 victoires pour 51 grands prix disputés (47,1%) est aussi en tête en ce qui concerne les pole positions, 29 pour 51 grands prix ce qui fait un ratio extraordinaire de 56,8%. Il devance Alberto Ascari, champion du monde en 1952 et 1953 avec un ratio de victoires de 40,6% (13 victoires pour 32 grands prix) et de 43,8% pour les pole positions. Michael Schumacher arrive en 3è position avec un ratio de victoires de 36,5 et 27,3% pour les pole positions.
Ensuite à la 4è place vient Jim Clark avec un ratio de victoires de 34,7% (72 grands prix) et de 45,8% pour la pole position ce qui le place en deuxième position sur ce plan. En 5è position, nous trouvons Jacky Stewart avec un ratio de victoires de 27,2% (99 grands prix) et 17,2% pour les pole positions. Après nous retrouvons les inséparables Prost et Senna qui ont un ratio de victoires très proche, respectivement 25,6% et 25,5%, mais Senna a un coefficient de pole position nettement supérieur avec 40,3% contre 16,5% à Prost.
En 8è position apparaît un pilote, Stirling Moss, qui a pour particularité d’avoir été un des plus grands, mais qui n’a jamais été champion du monde en raison d’une part d’une certaine malchance, mais aussi du règlement de l’époque qui contrairement à aujourd’hui ne tenait pas suffisamment compte des victoires. Avec le nombre de points attribués actuellement, Moss aurait été au moins une fois champion du monde. D’ailleurs son ratio de victoires et de pole position de 24,2% lui permet de soutenir la comparaison avec les meilleurs.
A la 9è place, nous enregistrons une nouvelle surprise avec un pilote extrêmement méconnu, Damon Hill, qui a eu la particularité d’avoir pour équipiers deux des monstres sacrés de la discipline, Prost et Senna. Le ratio de victoires de Damon Hill est de 19,1% et celui des pole positions de 17,4%. Enfin, en 10è position seulement, vient Alonso le double champion du monde des années 2005 et 2006 avec respectivement 18,1% pour son ratio de victoires et 16,2% pour celui des pole positions. Quant au champion du monde en titre, Raikkonen, ses ratios sont respectivement de 12,3% pour les victoires, malgré ses 6 succès en 2007, et de 11,4% pour les pole positions.
Enfin, compte tenu du fait qu’il n’a disputé que 17 grands prix, nous donnerons simplement pour information les ratios, au demeurant excellents, de Lewis Hamilton qui sont de 23,5% pour les victoires et de 35,2% pour les pole positions. Ses 4 victoires et ses 6 pole positions lui ont valu la 2è place au championnat du monde, réussissant l’exploit de devancer son équipier Alonso pour sa première année en F1. C’est bien un surdoué qui vient d’arriver dans la discipline, et Alonso ou Raikkonen n’ont qu’à bien se tenir dans les années à venir d’autant qu’il disposera d’une Mac Laren.
Et cela m’amène à dire qu’en F1 c’est quand même la voiture qui fait la différence, même si le pilote a largement sa part dans la performance de celle-ci. Pour pouvoir comparer deux pilotes entre eux, il n’y a qu’un moyen : disposer à égalité de la même machine. Ce fut le cas pour Fangio et Moss chez Mercédès en 1955, puis pour Clark et Graham Hill en 1967-68 chez Lotus, puis pour Prost et Lauda en 1984-1985 chez Mac Laren, puis Prost et Senna chez Mac Laren aussi en 1988-1989 pour ne citer que les plus fameux tandems. Dans tous les cas, il y en a fatalement un qui finit par prendre le dessus (Fangio, Clark, Prost et Senna), même si dans la confrontation entre Prost et Senna ce fut très serré, le Brésilien l’emportant en qualification, mais en course l’écart était extrêmement réduit, sauf sous la pluie.
Alors quel a été le meilleur pilote ? Difficile à dire, car si les ratios disent Fangio, si les statistiques disent Schumacher, si les confrontations entre équipiers champions du monde diraient aussi Clark, Stewart ou Senna, nul ne peut dire avec certitude qui aurait gagné s’ils avaient tous couru en même temps, chacun au sommet de sa forme. Schumacher aurait-il été aussi impérial s’il avait eu dans son écurie un pilote capable de le pousser dans ses derniers retranchements, ce qui ne lui est jamais arrivé ? Y-a-t-il eu un pilote aussi doué qu’Ayrton Senna sous la pluie ? Quel était le plus rapide sur un tour en qualifications entre Fangio, Clark et Senna ? Y-a-t-il eu un meilleur metteur au point que Prost ? Autant de questions qui resteront sans réponse parce qu’il ne peut pas y en avoir.
Cela dit je vais quand même me mouiller, non pas que je sois un technicien, mais en me basant sur ce qu’ont dit les meilleurs observateurs ou les pilotes eux-mêmes depuis que la F1 existe. Le premier doit être Fangio, suivi d’Ayrton Senna qui n’a pas disposé d’une voiture compétitive pendant les deux premières années de sa carrière, et de Jim Clark. Ensuite Stewart, Schumacher et Prost dans n’importe quel ordre. En récapitulant, Fangio ce sont les années 50, Clark les années 60, Stewart les années 60 et 70, Prost et Senna les années 80 et 90 et Schumacher les années 90 et 2000. La boucle est bouclée, ce sont bien eux les meilleurs de leur époque. Comment s’appellera leur successeur ? Raikkonen, Alonso, Hamilton, et pourquoi pas Bourdais ? L’avenir le dira.
| Nom des | Champion | Nombre | Nombre de | Nombre de | Ratio% victoires/ | Ratio% pole/ |
| pilotes | du monde | de victoires | pole positions | grands prix | gd prix disputés | gd prix disputés |
| J.M. Fangio | oui 5 | 24 | 29 | 51 | 47.1 | 56.8 |
| A. Ascari | oui 2 | 13 | 14 | 32 | 40.6 | 43.8 |
| M. Schumacher | oui 7 | 91 | 68 | 249 | 36.5 | 27.3 |
| J. Clark | oui 2 | 25 | 33 | 72 | 34.7 | 45.8 |
| J. Stewart | oui 3 | 27 | 17 | 99 | 27.2 | 17.2 |
| A. Prost | oui 4 | 51 | 33 | 199 | 25.6 | 16.5 |
| A. Senna | oui 3 | 41 | 65 | 161 | 25.5 | 40.3 |
| S. Moss | non | 16 | 16 | 66 | 24.2 | 24.2 |
| D. Hill | oui 1 | 22 | 20 | 115 | 19.1 | 17.4 |
| F. Alonso | oui 2 | 19 | 17 | 105 | 18.1 | 16.2 |
| N. Mansell | oui 1 | 31 | 32 | 187 | 16.5 | 17.1 |
| G. Farina | oui 1 | 5 | 5 | 33 | 15.1 | 15.1 |
| N. Lauda | oui 3 | 25 | 24 | 171 | 14.6 | 14.0 |
| Hakkinen | oui 2 | 20 | 26 | 162 | 12.3 | 16.0 |
| Raikkonen | oui 1 | 15 | 14 | 122 | 12.3 | 11.4 |
| Piquet | oui 3 | 23 | 24 | 204 | 11.2 | 11.7 |
| Brabham | oui 3 | 14 | 13 | 126 | 11.1 | 10.3 |
| Hamilton | non | 4 | 6 | 17 | 23.5 | 35.2 |
Michel Escatafal
08:46 Publié dans automobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sports
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