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17.01.2008

Un beau sport en perdition

Je n’ai jamais boxé de ma vie, mais j’ai toujours été fasciné par les boxeurs, du moins les grands champions. Mes premiers émois pour ce sport (j’avais moins de 10 ans) l’ont été pour Ray Sugar Robinson, extraordinaire poids moyen, dont  certains disent qu’il fut le plus grand de tous parce qu’il a rencontré et battu beaucoup de monstres sacrés qui ont laissé une trace dans l’histoire de la boxe (La Motta, Turpin, Graziano, Basilio, Fullmer etc.). Chez les Français à l’époque, la vedette s’appelait Charles Humez parce qu’il était champion d’Europe des poids moyens. J’avais été très triste quand il avait perdu son titre contre un Allemand (Scholz) en 1958.

Ce qu’il faut préciser c’est que dans les années 50 et même 60 il n’y avait pas cette ridicule litanie de champions du monde avec 17 catégories, et 4 ou 5 fédérations différentes. De plus, les combats pour un titre mondial ou continental se faisaient en 15 reprises et non 12 comme aujourd’hui. Dans ces conditions, quel boxeur de nos jours aurait une chance contre les grands anciens ? Sans doute aucun, car les meilleurs n’affrontent jamais d’adversaires de haut calibre. Et même s’ils battent des boxeurs invaincus, ceux-ci le sont après 15 ou 20 combats professionnels, alors qu’autrefois il fallait généralement avoir rencontré 40 ou 50 adversaires avant d’avoir une chance mondiale.

J’ai parlé auparavant de Charles Humez, mais dans les années 50 la France a compté 2 vrais champions du monde en 1954 et 57 à savoir Robert Cohen en poids coq (que je n’ai pas connu) et ensuite Alphonse Halimi dans la même catégorie. Ce dernier se rendra très célèbre grâce à la télévision quand, après avoir gagné un combat pour le titre européen contre un britannique au début des années 60, il s’écrira « j’ai vengé Jeanne d’Arc ». Cela dit, cette notoriété ne l’empêchera pas de finir sa vie dans le dénuement malgré des sommes importantes amassées sur les rings américains, européens ou français.

Un autre boxeur m’a beaucoup fasciné, mais cette fois un peu plus tard. Il s’appelait aussi Ray Sugar, et son nom était Léonard. Comme Ray Sugar Robinson, Ray Léonard était un prodige de vitesse et d’adresse. C’est lui qui mit fin à la carrière de Marvin Marvelous Hagler en 1987, un des deux ou trois plus grands poids moyens, à l’issue d’un combat très crispant et  indécis jusqu’à la fin, mais le verdict fut pour celui qui s’était avéré le plus malin. Pourtant Hagler avait beaucoup d’atouts avant le combat,  et notamment celui d’avoir disputé auparavant une douzaine de championnats du monde, tous conclus par des victoires. Le malheur pour lui est qu’il a affronté un extraordinaire surdoué qui avait arrêté sa carrière en 1982 en raison d’un décollement de la rétine mais qui, ayant été opéré avec succès, a repris sa carrière en 1987 pour rencontrer Hagler.

Ceux qui me font le plaisir de me lire vont être surpris que je ne parle pas de Cassius Clay devenu par la suite Mohammed Ali, mais aussi de certains boxeurs français comme Bouttier ou Menetrey qui furent d’excellents champions d’Europe. Cela dit, il y a eu tellement de grands champions dans ce sport qu’il faudrait des pages pour faire le résumé de leurs combats. Il reste à souhaiter, ce qui sera sans doute un vœu pieux, que ce sport très populaire dans la première moitié du 20è siècle retrouve une certaine crédibilité.

Pour cela il faudrait évidemment que les 4 ou 5 fédérations qui distribuent des ceintures mondiales décident de s’unifier pour n’attribuer qu’un seul titre par catégorie. Il faudrait aussi qu’il y ait, comme autrefois, une véritable hiérarchie pour arriver à combattre pour un vrai titre. Aujourd’hui on voit des boxeurs de 23 ou 25 ans qui n’ont été ni champion de France, ni champion d’Europe, disputer un titre mondial ce qui leur vaut parfois de mettre un terme prématuré à leur carrière. D’autres au contraire, ayant chanté pendant leurs belles années, se trouvent fort dépourvus quand l’heure de la retraite a sonné. Alors, ils font ce que l’on appelle le combat de trop. Puisse ce beau sport nous réserver à l’avenir beaucoup de moments merveilleux comme nous en avons connu tellement par le passé.

Michel Escatafal

Commentaires

C'est un sport que je trouve trop dur. Il faut connaitre pour apprécier et j'ai du mal à vous croire quand vous dites que vous n'avez jamais boxé parce que vous parlez de ces choses avec compétence et facilité.

Ecrit par : Freddy | 17.01.2008

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