24.11.2009

Sur le Masters de tennis...

Lendl recordman Masters.jpgsampras recordman Masters.jpgLe tournoi des Masters est en train de devenir une institution du tennis, mais le mérite-t-il vraiment ? Certes il réunit chaque année, depuis 1970, les huit meilleurs joueurs de l’année, mais cette épreuve ne désigne pas nécessairement le meilleur joueur de la saison. En fait, pour être franc, je considère comme presque tout le monde que le meilleur joueur de l’année est celui qui a remporté le plus de tournois du grand chelem. L’an passé c’était Nadal, vainqueur à Roland-Garros (pour la 4è fois consécutive) et à Wimbledon, à l’issue  d’une finale à couper le souffle contre Federer. Cette année c’est Federer qui a réussi un an après Nadal le doublé Roland-Garros-Wimbledon, plus deux finales dans les autres tournois du grand-chelem (Melbourne et Flushing-Meadow).

On pourra toujours objecter que Murray (4è au classement ATP) a remporté 6 titres, contre 4 à Federer, mais personne ne nous empêchera de penser que ce dernier a réussi une année extraordinaire, et ce quelque soit le résultat du Masters. Et puis ce tournoi pour prestigieux qu’il soit vient trop tard dans la saison, une saison au demeurant beaucoup trop longue, puisque celle-ci commence au tout début de l’année pour s’achever fin novembre. Certes les meilleurs joueurs s’octroient des plages de repos, ce qui laisse la possibilité à ceux qui sont juste en dessous de remporter çà et là quelques tournois, mais le tennis perd en crédibilité à multiplier les tournois de janvier à novembre. En fait la vraie saison s’arrête à l’US Open (début septembre), et il serait logique que le Masters soit disputé dans les deux ou trois semaines qui suivent la finale du dernier tournoi du grand chelem.

Cela étant  il y a aussi une autre solution, à savoir faire disputer le Masters au tout début de l’année suivante comme ce fut le cas pendant quelques années à partir de 1978. Cependant il faut ajouter pour être juste, qu’à cette époque les Internationaux d’Australie étaient loin de jouir du même prestige qu’aujourd’hui, ce qui incitait les meilleurs joueurs, donc les qualifiés pour le Masters,  à se préparer pour cette épreuve au détriment du tournoi australien disputé sur herbe…qui n’intéressait plus personne ou presque.  D’ailleurs la simple lecture du palmarès des deux tournois entre 1978 et 1980 donne une idée de l’intérêt manifesté par les meilleurs joueurs.

En effet en janvier 1978, donc comptant comme Masters 1977, c’est Jimmy Connors qui l’emporta, puis en janvier 1979, ce fut John Mac Enroe, avant que Bjorn Borg ne l’emporte en janvier 1980 et en janvier 1981. En revanche pendant la même période (entre 1977 et 1980), les champions d’Australie ont été l’Américain Vitas Gerulaitis (son seul titre du grand chelem), puis l’Argentin Vilas en 1978 et 1979 alors qu’il n’était pas du tout un joueur de gazon…et un autre Américain, Brian Teacher  en 1980, dont ce fut le seul grand succès. Dommage que Borg n’ait pas gagné pendant cette période l’US Open, ce qui l’aurait obligé à aller en Australie pour conquérir le grand chelem !

Comme ce ne fut point le cas, nombre de personnes  se sont interrogées  à l’époque pour savoir s’il ne fallait pas remplacer les Internationaux d’Australie par le tournoi des Masters pour le grand chelem. La question s’est aussi posée chez les féminines puisqu’entre 77 et 80, le Masters féminin a été remporté par Chris Evert (1977 et 1978), puis Martina Navratilova (1979) et Tracy Austin en 1980, alors que les gagnantes à Melbourne ont été respectivement Evone Goolagong (qui était en fin de carrière) en 1977, puis Christine O’Neil en 1978, Kathy Jordan en 1979 et Hanna Mandlikova en 1980.

Heureusement cette idée de changer les épreuves comptant pour le grand chelem fut abandonnée, et quelques années plus tard le tournoi australien retrouva tout son lustre en changeant de date, passant de la période des fêtes de fin d’année à la fin janvier, et de surface puisqu’on remplaça le  gazon par le rebound ace (surface synthétique). Du coup plus personne de nos jours ne s’imagine vouloir inclure le Masters dans le grand chelem d’autant, comme je l’ai dit précédemment, que les joueurs arrivent éreintés à ce tournoi, alors que la participation aux Internationaux d’Australie est identique à celle des 3 autres tournois majeurs. Quant au tournoi des Masters, il n’est ni plus ni moins que la Super finale des tournois appelés Masters 1000.

Pour autant cette année la participation au tournoi des Masters est exceptionnelle puisqu’ à part Roddick, remplacé par le finaliste de Roland-Garros, Soderling, tous les meilleurs sont à Londres cette semaine (Federer, Nadal, Djokovic, Murray, Del Potro le vainqueur de l’US Open, Verdasco, Davydenko et Soderling). On notera au passage qu’il n’y a pas de Français, mais ce n’est pas vraiment une surprise même si la France compte plusieurs joueurs dans les 15 premiers mondiaux (Tsonga, Monfils, Simon). En outre contrairement aux années précédentes (depuis 2003), le Masters 2009 va servir à désigner le numéro un de l’année au classement officiel. 

Certes Federer semble le mieux placé, car il faudrait un extraordinaire concours de circonstances pour qu’il ne reste pas numéro un, mais il y a quand même un peu de suspens. Tant mieux pour le sport, mais j’ai quand même envie de dire tant pis pour les joueurs, dont deux d’entre eux au moins (Nadal et Verdasco) ne seront pas encore en vacances pour cause de finale de Coupe Davis. Décidément  en tennis, comme dans beaucoup d’autres sports, les saisons n’en finissent pas…au détriment de la santé des joueurs et des joueuses. Est-ce bien raisonnable ?

Michel Escatafal

21.11.2009

Affaire Henry : Cantona et les autres

Encore une fois je vais me mettre en colère contre mon pays, mais je crois qu’il le mérite bien.  Bien entendu je vais parler de l’affaire Thierry Henry, puisque c’est le mot qu’il faut employer. Pourquoi faut-il donc que les Français se comportent une fois de plus en stupides donneurs de leçons ? En outre cela touche un joueur qui a porté très haut nos couleurs depuis une douzaine d’années, et surtout qui a toujours honoré le maillot bleu, qu’il a porté 117 fois, et pour lequel il éprouve un amour immodéré. Il l’aime tellement ce maillot qu’il a souvent joué blessé avec l’équipe de France, ne calculant jamais les efforts à consentir pour emmener son équipe vers le succès.

Et bien parce qu’il a aidé à marquer un but en faisant un contrôle de la main, le voilà voué aux gémonies par ceux-là mêmes qui n’auraient pas eu de mots assez durs pour lui et ses coéquipiers,  si l’équipe de France ne s’était pas qualifiée pour la phase finale de la Coupe du Monde, en juin prochain en Afrique du Sud. D’ailleurs dans quelques semaines, et  plus encore au moment où la Coupe du Monde démarrera, plus personne ne pensera à cet  épisode. Tout juste si nous l’évoquerons à l’occasion, un peu comme la « main de Dieu » de Maradonna lors de la Coupe du Monde 1986…que l’Argentine a remportée.

Alors quand j’entends toutes les âneries qui sont proférées à propos de ce match France-Irlande, cela me révolte. Cela me révolte d’autant plus que certains anciens joueurs s’y mettent eux-aussi, le dernier en date s’appelant Cantona même s'il nuance son propos en disant "passe pour la main", ce qui ne l'empêche pas d'employer le mot "niquer" en parlant de l'équipe d'Irlande. Mais au fait qu’a-t-il gagné avec l’équipe de France ce joueur qui se prend pour ce qu’il n’a jamais été ?  Rien, je dis bien rien. Il a même fait partie de cette équipe de France qui a trouvé le moyen de ne pas participer à la Coupe du Monde 1994, pour n’avoir pas su battre Israël et la Bulgarie chez elle.

En outre  Cantona  est aussi ce joueur  ayant  longtemps opéré à Manchester Utd,  où il a fait la preuve de son talent, mais qui s’est battu à coups de pied avec un supporter en sautant par-dessus une barrière. C’est aussi ce joueur qui, alors qu’il jouait à Marseille (en 1989), a jeté par terre son maillot parce qu’il  estimait que son entraîneur,  Gili, avait tort de le remplacer  en cours de match. A cela s’ajoute le fait qu’il ait jeté de dépit un ballon sur l’arbitre, quand il jouait à Nîmes (en 1991), parce que celui-ci avait pris des décisions qui ne lui convenaient pas.  Alors quand on voit des bonnes consciences comme Cantona juger avec sévérité Thierry Henry, tout cela n’est pas très crédible. Je dirais même que c’est pitoyable.

En revanche j’ai beaucoup apprécié la mesure de Laurent Blanc, qui a demandé aux journalistes s’ils n’étaient pas contents que la France aille en Afrique du Sud. Décidément on a la classe ou on ne l’a pas. Il est vrai que le palmarès de Laurent Blanc n’a guère à envier à celui de Thierry Henry, contrairement à celui de Cantona, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’était pas un excellent joueur. Malgré tout dans 50 ans, on se rappellera en France et ailleurs de Thierry Henry, champion du monde et d’Europe,  vainqueur de la Coupe des Confédérations, vainqueur de la Ligue des Champions, 51 buts en équipe de France (au minimum), et certainement le meilleur joueur français de tous les temps avec Kopa, Platini et Zidane.

Rien que pour cela Thierry Henry mérite le respect de tous ceux qui aiment le football, et rien ne justifie l’opprobre et les moqueries dont il est victime. Après tout combien de victoires ont été remportées grâce à une erreur d’arbitrage, sans que cela n’ait suscité pareille polémique. Vouloir en faire une énumération serait beaucoup trop fastidieux. Alors sachons raison garder, en se rappelant ce que disait Lucien Mias, l’emblématique capitaine de l’équipe de France de rugby 1958 et 1959 : « l’arbitre fait partie du jeu au même titre que le vent et les poteaux ». Au fait n’y avait-il pas en avant de Rodriguez dans l’essai de la dernière minute du mythique Australie-France en demi-finale de la Coupe du Monde de rugby en 1987 ? Qui s’en est plaint à l’époque, et surtout qui s’en souvient ?

Michel Escatafal

18.11.2009

Le record de l'heure a besoin d'un rafraîchissement

francis faure.jpgrivière.jpgGraeme_Obree.jpgPour tout amateur de cyclisme, le record du monde de l’heure reste un de ces monuments qui ont fait la grandeur de ce sport. D’ailleurs quand on regarde le palmarès de ce record on s’aperçoit qu’il comporte quelques uns des plus grands noms de l’histoire du vélo. Parmi ceux-ci je citerais le Français Lucien Petit-Breton en 1905 (41,110 km) qui remporta le Tour de France en 1907 et 1908, Maurice Archambaud, autre Français, en 1937 (45,817 km), Fausto Coppi en 1942 (45,848 km), Jacques Anquetil (46,159 km) en 1956, l’Italien Baldini (46,393 km)en 1956 également, Roger Rivière qui le battit à deux reprises (1957 et 1958), et le porta à sa deuxième tentative à 47,346 km en dépit d’une crevaison, ce qui en fait sans doute en valeur absolue la plus belle performance, et Eddy Merckx en 1972 (49,431 km à Mexico, en altitude).

Aujourd’hui le record est détenu depuis 2005 par un inconnu tchèque, Ondrej  Sosenka, avec 49,700 km réalisés à Moscou sur le vélodrome olympique, lequel jouit d’une réputation de rapidité extraordinaire puisque de nombreux records sur piste y ont été battus. Il le faut d’ailleurs, car on se demande comment ce coureur, au palmarès quasiment vierge sur la route comme sur la piste, et qui ne s’est jamais plus signalé à l’attention du grand public depuis son record, sauf pour un contrôle positif lors d’un test antidopage en 2008 aux championnats tchèques, a pu s’approprier un record aussi prestigieux, succédant au palmarès à Boardman et Merckx.

Cela dit, il faut préciser que le record d’Eddy Merckx, qui datait de 1972, avait été battu à plusieurs reprises depuis cette date, par Francesco Moser en 1984, le premier homme à avoir dépassé les 50 km (50,808 km puis 51,151 km à Mexico), puis par l’inconnu britannique Obree à trois reprises, la dernière en 1994 (52,713 km), par Indurain en 1994 avec 53,040 km, par Rominger à deux reprises qui porta ce record à 55,291 km, et par Chris Boardman qui réussit 56,375 km lors de sa deuxième réussite.

Toutes ces performances, plus ahurissantes les unes que les autres, ne sont plus considérées aujourd’hui comme des records de l’heure… parce que réalisées sur des machines qui s’éloignaient de plus en plus des vélos traditionnels. Elles ne sont plus considérées aujourd’hui que comme des « meilleures performances dans l’heure » par l’UCI, ce qui n’est pas une première dans l’histoire du vélo, puisqu’un certain Francis Faure sur un vélo dit « couché » avait réalisé 45,055 km dans l’heure en 1933, performance qui n’a pas été homologuée, supérieure aux deux records officiels du Néerlandais Van Hout (44,588 km) et du Français Maurice Richard (44,777km), battus en août 1933.

En fait l’Union Cycliste Internationale (UCI) veut que ce record soit battu uniquement grâce à la performance physique, et non par  la technologie. Un Graham Obree, avec ses machines improbables, avait en effet parcouru en 1993 la distance de 51,596, puis de 52,713 km en 1994, sans parler de ses deux titres mondiaux en poursuite en 1993 et 1995, juché sur un vélo surréaliste et dans une position invraisemblable à l’avant de sa machine. D’ailleurs s’il fallait une preuve de l’avantage que procuraient les vélos non traditionnels, il suffit de se rappeler que le Britannique Boardman avait parcouru en 1996 la distance de 56,375 km à Manchester, alors que son record (officiel) sur une machine conventionnelle était de 49,441 km, réalisés en 2000 sur le même vélodrome de Manchester.

A présent le record de l’heure a absolument besoin d’être rafraîchi, et c’est pour cela que je suis heureux de voir qu’un coureur comme le Suisse Cancellara, champion olympique et triple champion du monde du contre-la-montre, veut s’y attaquer. Il devrait pouvoir réaliser sans trop de problèmes plus de 50 km. Il n’est sans doute pas le seul à avoir cette performance dans les jambes. Alberto Contador, par exemple, à la sortie du Tour de France et après un minimum de préparation, pourrait lui aussi battre la barrière des 50 km, tout comme le Britannique Wiggins, double champion olympique et triple champion du monde de poursuite individuelle.

Cela redonnerait du lustre à ce record mythique dans le cyclisme sur piste que tout superchampion se doit de battre, même si tous les superchampions ne l’ont pas battu, faute d’avoir voulu s’y attaquer. Hugo Koblet, par exemple, qui était un remarquable pistard aurait dû être recordman du monde de l’heure, tout comme Bernard Hinault à qui rien ne paraissait impossible dans ses plus belles années. Alors attendons encore un peu, sans doute l’an prochain sur le nouveau vélodrome (piste de 250 m en bois) de Montichiari (Brescia), lequel doit ouvrir ses portes en mai et qui semble le mieux placé pour accueillir Cancellara .

Michel Escatafal