04.07.2009

Deux médailles sur 3000 m steeple à Berlin ?

tahri.jpgAujourd’hui je voudrais parler de quelques athlètes qui sont loin de faire la une des journaux sportifs, et qui pourtant méritent toute notre considération : les coureurs de 3000 m steeple. C’est une spécialité moins prestigieuse sans doute que le 100m ou le 1500m, mais elle reste une très belle course, ne serait-ce qu’en raison des obstacles à franchir qui la rendent passionnante jusqu’à la ligne d’arrivée. En plus elle a valu à notre athlétisme national quelques unes de ses plus belles joies. Déjà hier soir, puisque Bob Tahri a battu le record d’Europe en réalisant une performance de tout premier plan en 8mn2s19, améliorant le record du Néerlandais Vroemen qui datait de 4 ans.

 

C’est la juste récompense pour un athlète de 30 ans qui a, hélas, l’habitude des 4 ou 5è places dans les grands championnats, alors qu’il mérite beaucoup mieux que sa seule médaille de bronze obtenue aux championnats d’Europe 2006. En outre Bob Tahri est un tahlète professionnel qui n’hésite pas à aller s’entraîner avec les Kenyans sur les hauts plateaux pour améliorer encore davantage son endurance. Enfin c’est un coureur qui mérite vraiment notre admiration parce qu’il est toujours disponible pour l’Equipe de France, ce qui n’est pas forcément le cas des autres vedettes de l’athlétisme national. Et puis qui sait si cette «  perf' qu’il devait faire au moins une fois », pour parler comme son entraîneur J.M. Dirringer, ne va pas être le détonateur pour qu’il décroche enfin aux prochains championnats du monde cette médaille planétaire qui le fuit depuis si longtemps.

 

Il lui faut d’ailleurs se dépêcher à la conquérir, car notre athlétisme national s’est découvert l’an passé un excellent coureur de steeple avec Mahiedine Mekhissi-Benabbad, 24 ans, qui a remporté à la surprise générale l’an passé la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Pékin. C’est un athlète qui a toutes les qualités pour faire une grande carrière, comme il l’a encore démontré la semaine dernière en dominant au meeting de Villeneuve d’Asq sur 1500m Bob Tahri lui-même. Les Kényans en tout cas commencent à avoir peur de lui, et ils n’ont pas tort car le jeune homme a l’air vraiment doué. Alors un podium avec deux Français au championnat du monde à Berlin dans quelques semaines ? Pourquoi pas.

 

Après avoir parlé de Tahri et Mekhissi, je voudrais aussi ne pas oublier Jospeh Mahmoud qui fut sans doute à ce jour le meilleur coureur français sur le 3000m steeple. Lui aussi ne faisait pas beaucoup la une des journaux, mais il fut à la fois en 1984 médaillé d’argent aux Jeux olympiques et recordman d’Europe (8mn 07s 62), record qu'il détint pendant 18 ans (jusqu’en 2002). Et puis en remontant un peu plus loin, il faut aussi se rappeler de Jean-Paul Villain, le Dieppois, qui fut champion d’Europe en 1971 et qui fut meilleur performeur mondial en 1970. S’il y avait eu des championnats du monde comme de nos jours ( les premiers eurent lieu en 1983), nul doute qu’il aurait pu ambitionner le titre.

 

Parmi les étrangers j’ai le souvenir de 3 grands champions qui m’ont impressionné alors que j’étais très jeune, et que je commençais à m’intéresser au sport en général et à l’athlétisme en particulier. Le premier d’entre eux était un Polonais, du nom de Chromik. Il avait été, je m’en souviens très bien, champion d’Europe du 3000m steeple en 1958 à Stockholm, premiers championnats pour lesquels je m’étais passionné, même si les Français n’y avaient pas été très brillants avec une seule médaille de bronze obtenue par Delecour sur 200m. Cela dit comme j’ai toujours été un fan du sprint, y compris en tant que pratiquant (50m, puis 60m, et 80m), j’étais heureux quand même.

 

Pour revenir au 3000 m steeple, le second champion qui m’a impressionné est un autre Polonais, du nom de Krzyszkowiak. Ce dernier a commencé par être double champion d’Europe du 5000 et du 10000 m en 1958, avant de battre le record du monde et de gagner la  médaille d’or du 3000 m steeple en 1960 à Rome aux Jeux Olympiques, où là aussi nous n’avions obtenu qu’une médaille de bronze sur 200m avec Abdou Seye. Enfin comment ne pas parler de Gaston Roelants qui a été longtemps le roi des Belges en athlétisme, au point d’être anobli et de devenir baron. Il a été recordman du monde, champion d’Europe et champion olympique du 3000 m steeple à Tokyo en 1964, qui rappelle aux Français un si mauvais souvenir avec la défaite de Jazy sur 5000m. En outre Roelants était un coureur hors norme car en plus d’être un remarquable crossman, il fut aussi recordman du monde des 20 km et de l’heure.

 

Voilà quelques noms qui me viennent à l’esprit à une époque où les meilleurs coureurs sur les distances allant du 1500m au 10000m et de steeple étaient quasiment tous européens. Avec l’arrivée des Kenyans au plus haut niveau, à partir de 1965 (Keino), une révolution va s’opérer dans l’athlétisme au point que le 3000 m steeple soit devenu une spécialité kenyane. En effet depuis 1968 et la victoire de Biwott, les Kenyans ont raflé 8 médailles d’or et 18 médailles en tout aux J.O., s’offrant même à 6 reprises un doublé et réalisant le triplé en 2004 et en 1992. Rien qu’à cette évocation on mesure l’exploit de Mekhissi l’an passé à Pékin.

 

Michel Escatafal

 

01.07.2009

De l'art de la diplomatie dans le monde du vélo...

Le Tour de France a ceci de particulier qu’il est à lui seule toute une histoire. Cette épreuve a tout connu depuis 1903, avec des grands vainqueurs, des vaincus magnifiques et des gagnants qu’on n’attendait pas. Qui aurait imaginé voir un Walkowiak ou un Aimar sur la plus haute marche du podium ? Personne. Qui aurait pu penser qu’un Raymond Poulidor ne gagnerait jamais le Tour ? Personne. Cela dit il  arrive aussi, et c’est le cas le plus fréquent, que le favori, le grand favori s’impose. Ce fut le cas depuis 1947 avec Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond, Indurain ou Armstrong. Et tous, sauf Koblet, gagnèrent le Tour plusieurs fois au point parfois d’enlever tout suspens…parce qu’on savait d’avance qu’ils allaient gagner. C’est ce qui s’est passé en 1949, il y a 60 ans.

 

Ce Tour de France, qui  se courait à l’époque par équipes nationales, avait vu arriver une formidable équipe italienne avec 3 fuoriclasse, comme disent nos amis transalpins, dans leurs rangs, Coppi, Bartali et Magni. Cela fait un peu penser à l’équipe Astana de cette année avec Contador, seul vainqueur en activité des 3 grands tours, Armstrong 7 fois vainqueur du Tour et Leipheimer qui collectionne les podiums dans les grandes épreuves par étapes. Cela étant il fallait faire cohabiter tout ce beau monde en 1949, ce à quoi s’employa le directeur technique de la Squadra Azzura, l’ancien grand champion Alfredo Binda. Et il a réussi le tour de force d’obliger ses super cracks, par ailleurs ennemis jurés, à faire cause commune dans ce Tour. C’était déjà le premier exploit réalisé avant même que ne commence l’épreuve, au nom de l’intérêt supérieur de la nation italienne.

 

Il est vrai que les tifosi, qui avaient encore en mémoire le souvenir ô combien douloureux pour eux du championnat du monde 1948 à Valkenburg, où les deux campionissimi s’étaient stupidement neutralisés avant de décider ensemble d’abandonner, ne leur auraient pas pardonné de perdre ce Tour de France qui leur était promis. Et de fait on a assisté à un Tour de France où la logique n’a jamais été aussi bien respectée. Tout d’abord il faut rappeler que le vainqueur l’année précédente avait été Bartali, qui avait écrasé ses rivaux (Schotte, Lapébie et le tout jeune Louison Bobet). Ensuite Coppi venait de gagner le Giro en campionissimo qu’il était, et tout le monde le voyait réussir pour la première fois le doublé Giro-Tour. Rien qu’à cette évocation on comprend tout de suite qu’Alfredo Binda était un sacré diplomate, pour faire en sorte que Bartali et Coppi unissent leurs forces face à tous les autres. Il est vrai que les deux cracks étaient sous la surveillance de leur fédération qui menaçait de les disqualifier s’ils faisaient les imbéciles comme à Valkenburg, ce qui leur avait d’ailleurs valu 6 mois de suspension.

 

Tout était donc réuni pour que le Tour se joue « à la pédale » entre les deux campionissimi, c’est-à-dire dans les contre-la-montre et en montagne. Autant dire que sauf improbable scénario on connaissait d’avance le nom du vainqueur, car si Gino Bartali pouvait rivaliser avec Fausto Coppi dans la montagne, ce dernier était meilleur rouleur. Cela dit le vélo est un sport où les impondérables sont nombreux, notamment avec les crevaisons et les chutes. Et c’est ce qui arriva avec Fausto Coppi, au cours de la 5è étape amenant les coureurs de Rouen à Saint-Malo. En effet au cours de cette étape, Coppi avait réussi à s’échapper avec notamment Kubler, qui gagnera le Tour l’année suivante, et le maillot jaune porté par un jeune coureur de l’équipe régionale Paris-Ile de France, Jacques Marinelli, qui finira 3è à Paris. Problème, à un certain moment Marinelli fait un écart en voulant prendre une carafe d’eau que lui tendait un spectateur, chute et entraîne dans sa chute Coppi lui-même.

 

Celui-ci se relève sans gravité, mais il va se produire un de ces épisodes qui ont nourri la légende du Tour de France et du vélo. Pourquoi ? Tout simplement parce que Coppi dont le vélo avait souffert dans sa chute a refusé de prendre le vélo de secours sur la voiture de liaison qui le suivait. Lui voulait absolument repartir avec son vélo de secours personnel qui était sur la voiture de Binda arrêtée au ravitaillement de Caen. Du coup Coppi a dû attendre de longues minutes l’arrivée de son directeur sportif pour pouvoir être dépanné. Résultat Coppi, furieux auprès de Binda à qui il a reproché de ne pas rouler derrière lui ce qui était une preuve qu’il ne lui faisait pas confiance, a perdu 6 minutes de plus dans l’affaire et voulait abandonner. De nouveau il fallut que Binda fasse assaut de diplomatie pour que le campionissimo accepte de repartir le lendemain.

 

Heureusement pour lui et pour le Tour, Coppi va entreprendre une fantastique remontée, dès le surlendemain en écrasant l’étape contre-la-montre Les Sables-La Rochelle, puis en dominant l’épreuve dans les Pyrénées et les Alpes au point qu’il avait rattrapé à Briançon tout son retard depuis l’étape de Saint-Malo (plus d’une demi-heure), et qu’il se trouva juste derrière Bartali au classement général avec 1mn22 de retard. Le lendemain il remporta l’étape d’Aoste, prit le maillot jaune qu’il conforta dans l’étape contre-la-montre Colmar-Nancy, et remporta le tour avec près de 2 mn d’avance sur Bartali. Toute l’Italie était en liesse. Coppi avait réussi son doublé Giro-Tour historique (le premier), Bartali avait prouvé qu’il était encore le meilleur derrière le meilleur à 34 ans. Tout s’était bien passé même si Bartali, avec sa langue trop bien pendue, avait quand même trouvé le moyen à plusieurs reprises de dénigrer Coppi auprès de ses adversaires, chose que Coppi ne faisait jamais. Preuve absolue qu’il était le plus fort.

 

Michel Escatafal

30.06.2009

Oh les filles, on veut du spectacle !

mauresmo.jpgJe ne sais pas qui gagnera le tournoi féminin de Wimbledon cette année mais une chose est sûre : celle qui gagnera ne sera pas une joueuse dominatrice comme peuvent l’être chez les hommes un Federer ou un Nadal, ou comme ont pu l’être Chris Evert, Martina Navratilova, ou plus près de nous Steffi Graf. En fait, sur le circuit WTA (féminin) il n’y a pas de véritable numéro une depuis le retraite de Justine Hénin, puisque la tête du classement a été occupée par 4 joueuses en 18 mois, dont deux sans aucune victoire en tournoi du grand chelem, comme c’est le cas avec Dinara Safina ou peu avant avec Jelena Jankovic, chose extrêmement rare chez les messieurs (je ne connais que le Chilien Rios).  En tout cas cela dénote l’impossibilité de dégager une vraie hiérarchie dans les grands tournois féminins, où on a l’impression que tout le monde peut battre tout le monde. En fait les deux meilleures sont tout simplement les sœurs Williams qui, à elles deux, ont remporté 17 tournois du grand chelem au cours des dernières annnées (10 pour Serena et 7 pour Venus).

Cela dit les sœurs Williams sont loin d’avoir la constance de celles qui les ont précédées dans les palmarès des tournois du grand chelem, que ce soit Margaret Court avec 24 victoires en 14 ans, Steffi Graf avec 22 victoires en 13 ans, Chris Evert et Martina Navratilova avec 18 victoires en 13 ans l’une et l’autre, sans oublier Billie Jean King qui outre ses 12 victoires en tournois majeurs  entre 1966 et 1972 eut le grand mérite de donner une réelle impulsion au tennis féminin professionnel. Si aujourd’hui les féminines touchent des sommes quasiment équivalentes aux hommes dans les grands tournois, elles le doivent pour une bonne part à Billie Jean King. Cela dit combien de temps cela durera-t-il, si toutes les filles jouent de la même manière en tapant de toutes leurs forces et sans la moindre fantaisie mis à part,  si j’ose dire, les couinements plus ou moins stridents de ces demoiselles à chaque frappe de balle.

Force est de reconnaître que depuis 10 ans, mis à part Martina Hingis, Amélie Mauresmo et Justine Hénin, toutes ces joueuses donnent l’impression aux spectateurs et téléspectateurs de jouer exactement de la même façon, avec une sorte de désarroi pathétique quand elles tombent sur une adversaire qui leur pose quelques problèmes. Résultat, il y a de plus en plus de gens à regretter le bon vieux temps où l’on donnait en exemple à ceux qui s’initiaient au tennis…les joueuses plutôt que les joueurs. Je puis en témoigner à titre personnel car ayant appris à jouer sur le tard, mon professeur de tennis me conseillait d’aller à Roland-Garros voir jouer Chris Evert parce que c’était la perfection sur le plan technique. De nos jours au contraire, on a l’impression que toutes les meilleures ont tendance à jouer comme les anciens « crocodiles » de la terre battue, à savoir les Vilas, Solomon, Dibbs ou Higueras, ce qui explique pourquoi Wilander parle tout simplement de « filles élevées en batterie », d’autant qu’elles sont toutes ou presque issues des mêmes académies.

En outre ces demoiselles programmées très tôt pour cogner et gagner, arrivant sur le circuit très jeunes dans les bagages de leurs parents, et plus particulièrement de quelques pères que Cathy Tanvier a qualifiés « d’immondes » dans un livre souvenir, ont une carrière qui le plus souvent ne dure que quelques années, sous le poids des efforts faits dès le plus jeune âge et des blessures y afférents. Combien de ces jeunes filles gagnent quelques tournois, montent dans le classement, et ensuite disparaissent aussi vite qu’elles sont venues…comme Cathy Tanvier dont j’ai évoqué le nom, et qui fut hélas une sorte de précurseur à ce niveau. En effet, après des débuts prometteurs à 16 ans, dans les années 80, Cathy Tanvier n’a jamais confirmé et a fini sa carrière dans des conditions indignes de son talent. La « borguette », en référence à Bjorn Borg dont elle avait imité tous les tics y compris le bandeau et les boucles blondes, comme la chèvre de Monsieur Seguin s’était bien battu pendant quelque temps…avant de succomber sous de multiples pressions, sans avoir profité des avantages financiers que procure la peopolisation, au contraire de certaines de ses collègues qui pourtant ont un palmarès quasiment identique au sien.

Tout cela pour dire que les vrais amateurs de tennis regrettent des filles comme Martina Navratilova ou Jana Novotna, qui battit Nathalie Tauziat dans une finale de Wimbledon, qui étaient l’équivalent chez les hommes d’un Stefan Edberg, véritable référence sur le plan de la beauté du jeu. Du coup, de nouveau on ne parle que du tennis masculin avec les duels au sommet  qui sont nombreux entre, non seulement Nadal et Federer, mais aussi Djokovik, Murray et quelques autres comme Tsonga et Monfils dont la « folie » ravit les fans de ce sport. Avec tous ces joueurs le spectacle est garanti, et c’est pour cela que les gens aiment le tennis. Peu importe ensuite que ce soit toujours le même qui gagne ou qui se retrouve en finale comme Federer, l’essentiel c’est d’avoir droit à des finales comme celles qui ont opposé Nadal à Federer à Wimbledon l’an passé et à Melbourne cette année, où les joueurs pratiquent un super tennis pendant 3 ou 4 h. Alors attendons que la relève chez les féminines voit l’émergence d’une nouvelle Martina Hingis, en espérant que cela arrive le plus rapidement possible sous peine de voir le fossé se creuser définitivement entre les circuits féminin et masculin.

Michel Escatafal